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Hellboy 2 : Les légions d’or maudites de Guillermo Del Toro

Par Cédric Le Men • mer 22 oct 2008 • Categorie: Cinéma

Sortie prévue le 29 octobre 2008

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Il est des réalisateurs sur lesquels tout le monde s’accorde, à quelques rares exceptions près. En tout juste quinze ans de carrière et sept longs-métrages, le jovial et ventripotent Mexicain Guillermo del Toro s’est imposé comme un réalisateur incontournable. Déjà initié à l’adaptation de comic-books (dont il est friand) avec le second opus des aventures vampiriques de la figure Marvel Blade, il enchaîne deux ans plus tard avec un autre représentant des forces du mal sur support papier, cette fois-ci chez Dark Horse Comics : Hellboy. Film discuté – et discutable, nous y reviendrons – qui confirme cependant son statut de réalisateur culte et lui ouvre définitivement la voie des grands studios.

J'aime pôs discuter !

Quatre ans plus tard, le temps pour lui de nous mijoter le « chef-d’œuvresque » Laberinto del Fauno (Le Labyrinthe de Pan), Guillermo del Toro revient avec la suite des tribulations de notre rubicond garçon de l’enfer1, cette fois-ci confronté au vindicatif et misanthrope prince Nuada.

Il y a bien longtemps, au début des temps, une guerre explosa entre les humains et les créatures magiques. Afin de remporter la guerre, le roi Balor, père de Nuada, fit construire une armée indestructible par un horloger gobelin, qu’il contrôlait grâce à une couronne d’or. Réalisant son erreur, le roi décida d’enfermer la redoutable armée d’or et de convenir d’un pacte avec les humains, contre l’avis de son fils, qui se réfugia dans l’exil. La couronne fut divisée en trois parties, les humains envahirent la surface de la planète tandis que les créatures magiques furent condamnées à vivre sous terre… La trêve perdura jusqu’à ce qu’un des trois morceaux fît sa réapparition lors d’une vente aux enchères. Une vente que le prince, bien décidé à redonner aux créatures magiques leur place légitime au sein du monde, est déterminé à remporter, à n’importe quel prix. Le réveil des légions d’or est proche, mais Hellboy, protecteur de l’humanité, veille.

Liz Sherman n'est pas très maligne : elle ne regarde même pas là où sa lampe éclaire !

Comme à son habitude, c’est donc l’univers du conte qui prime chez Guillermo del Toro. Le réalisateur a fait de cette figure de style un sacerdoce et ponctue tous ses films d’éléments propres à ce genre narratif, allant même jusqu’à livrer une véritable réflexion de fond sur le statut du conte et son importance dans le développement de l’imaginaire dans son œuvre jumelle, diptyque composé de L’Échine du diable et du Labyrinthe de Pan ; film qui s’interprète de façons totalement différentes selon que le spectateur aura choisi, et « choisir » est véritablement le maître mot ici, de le voir sous un angle historique – documenté et réaliste – où à la façon d’un conte – onirique et fantastique.

Ce second opus de Hellboy de déroge donc pas à la règle et del Toro nous embarque cette fois encore dans une virée au cœur des ténèbres, consolidant encore, si besoin était, l’incroyable densité de son travail, la formidable cohérence visuelle de son œuvre dans son ensemble. On retrouve pêle-mêle tout ce qui fait l’identité, tant visuelle que narrative, de ses films : ses monstres légendaires2, son obsession pour la mécanique en général3 et l’horlogerie en particulier4, ses décors plongés dans une semi-pénombre permanente… Tous ces éléments ont leur place dans Hellboy II : les légions d’or maudites, et ce dès les premières secondes du générique.

Hellboy joue à saute mouton pour endormir bébé

Le film n’est toutefois pas exempt de défauts. Contrairement à ses films plus « intimistes », la narration de Hellboy est nettement plus décousue, n’ayant pas véritablement de structure « classique » de type exposition, problématique, climax et dénouement : il s’agit avant tout d’un film de personnages où l’intrigue n’est finalement qu’un prétexte à quelques scènes magnifiquement dirigées. Le premier film Hellboy avait donc surpris, et pas uniquement en bien, de par la particularité de son script, offrant notamment un dénouement expédié. Une des raisons évoquées alors : le bonhomme del Toro construit Hellboy sur la base d’une trilogie dont le premier opus ne serait que l’exposition, les deux autres épisodes s’annonçant dès lors comme le développement logique d’un arc dramatique tout ce qu’il y a de plus conventionnel.

Guillermo del Toro nous fait donc effectivement pénétrer plus avant dans l’intimité du couple Hellboy-Liz Sherman et parsème son intrigue d’indices supplémentaires sur la nature démoniaque de son personnage, lequel semble promis à une destinée aux conséquences quelque peu redoutables, pour ne pas dire infernales, pour l’humanité. Hellboy est donc ainsi confronté à plusieurs reprises à des choix importants, qui pourraient infléchir la balance : sa nature d’un côté, sa culture de l’autre. Une dichotomie longuement débattue par les philosophes, qui confère au personnage une véritable profondeur d’âme.

Il tombe des feuilles mortes dans le monde SOUTERRAIN... Cherchez l'erreur (mais c'est joli) !

Visuellement, le film est une fois de plus sublime, grâce au travail remarquable, comme à son habitude, de Guillermo Navarro, directeur de la photographie attitré de Guillermo del Toro5. Il joue ainsi à la perfection de ses ambiances lumineuses, souvent en clairs-obscurs, et toujours à propos. La scène pendant laquelle le prince Nuada vient réclamer le trône de son père est exemplaire : la lumière souligne à merveille toute la beauté et la tristesse du fils parricide, le déclin d’une culture et d’un peuple moribonds… A l’image de la lumière du Labyrinthe de Pan, pour laquelle il a gagné un Oscar en 2007, celle de Hellboy II : les légions d’or maudites est imprégnée de sens.

À l’affiche, les mêmes que précédemment : Ron Perlman traîne sa face burinée – et affublée de surcroît d’un incroyable maquillage prothétique – et joue de sa verve dans la peau rougeaude du demi-démon6, Selma Blair rempile dans le rôle de l’incendiaire Liz Sherman, et Doug Jones cumule les mandats avec pas moins de trois rôles qui le rendent tous plus méconnaissable les uns que les autres ! La relative nouveauté tient donc à la charismatique présence de Luke Goss7, qui incarne un méchant tout en mélancolie : il cherche avant tout à défendre la planète de l’action plus que néfaste de l’humanité à sa surface. Cette thématique, plutôt nouvelle dans le cinéma de Guillermo del Toro, se traduit notamment par une scène époustouflante de beauté quand Hellboy est forcé par le prince à affronter une entité élémentaire.

À la musique, encore une nouveauté, puisque c’est le célèbre Californien Danny Elfman, bien connu pour sa collaboration de longue date avec feu Tim Burton (comment ça il n’est pas mort ?) qui compose la partition de Hellboy II : les légions d’or maudites. A l’annonce de cette nouvelle, c’est une inquiétude légitime qui s’est emparée de la population « béophile » puisque de l’avis général, le compositeur n’était pas en grande forme artistique, au moins depuis le très beau score de Sleepy Hollow, malgré quelques tentatives intéressantes dans La Planète des singes et le thème correct du premier Spider-Man de Sam Raimi. Pour le reste, on ne peut pas dire qu’il ait fait éclat de son originalité, ressassant jusqu’à la nausée ses thèmes et orchestrations d’antan. Il faut croire que les grands réalisateurs savent tirer le meilleur de chacun, puisque Danny Elfman livre à l’occasion de ce film une partition très nuancée, chargée d’émotion, bien qu’il n’évite parfois pas de tomber dans les travers liés à son style très personnel en se répétant un peu à l’occasion de quelque envolée de violons un tantinet trop familière… Mais dans l’ensemble, cette bande originale marquera à n’en pas douter le retour de Danny Elfman au meilleur de sa forme !

Elle est loin l'époque ou Luke Goss ânonnait When Will I Be Famous avec son frangin...

Hellboy II : les légions d’or maudites est donc un film qui, s’il ne convaincra certainement pas complètement les spectateurs avides de grands divertissements, tient toutefois toutes ses promesses. Ceux qui aiment véritablement le cinéma du réalisateur norteño seront par contre comblés de le voir ainsi enrichir considérablement son univers déjà bien fourni. En attendant le troisième et dernier volet des aventures de Hellboy, les fans seront ravis d’apprendre qu’il dirigera l’adaptation en deux parties du préambule au Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien, j’ai nommé Bilbo le hobbit, prévue pour 2011.

Et franchement, connaissant le monsieur, on peut espérer voir un Smaug de toute beauté !

Hellboy 2 : les légions d’or maudites (Hellboy 2 : The Golden Army), un film de Guillermo del Toro, scénario de Guillermo del Toro tiré du comic book de Mike Mignolia.
Avec : Ron Perlman (Hellboy), Selma Blair (Liz Sherman), Doug Jones (Abe Sapien / le chambellan / l’ange de la mort), Luke Goss (prince Nuada) et John Hurt (Trevor « Broom » Buttenholm).
Musique : Danny Elfman.
Photographie : Guillermo Navarro.
Durée : 119 minutes.
Crédit photographique : Universal Pictures International France.

  1. Traduction littérale de l’anglais Hellboy.[]
  2. Insectes géants dans Mimic, vampires dans Cronos et Blade II, fantômes dans L’Échine du diable, crapaud magique et faune dans Le Labyrinthe de Pan… le bestiaire de Guillermo del Toro fait partie des plus complets ![]
  3. L’obus grinçant et cliquetant de L’Échine du diable…[]
  4. L’étrange dispositif rempli de rouages de Cronos.[]
  5. Il a signé la photographie de cinq des sept films du réalisateur : seuls Mimic, dont la photo a été composée par Dan Laustsen et Blade II, magnifiquement éclairé par Gabriel Beristain, ont échappé à l’œil en or du chef opérateur mexicain.[]
  6. Hellboy est à la base le rejeton d’un démon et d’une humaine.[]
  7. Ancien membre du groupe Bros et déjà employé par del Toro dans le rôle de la redoutable Némésis de Blade dans Blade II.[]
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Cédric Le Men est un des rédacteurs Cinéma du magazine.
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2 Réponses »

  1. Grand fan de HELLBOY, j’ai apprécié la première mouture de Del Toro, un réalisateur qui s’avérait un excellent choix de par son travail dans les visuels, sa symbolique forte… Bien plus libre et personnelle, ce deuxième volet ne m’a pas convaincu, à mon grand étonnement… les critiques américains ont loué cette GOLDEN ARMY, le considérant comme meilleur que le précédent. A mon sens, alors que le premier était correct, celui-ci accumule les erreurs : embrouillé du point de vue scénaristique, il est même parvenu à m’horripiler du point de vue esthétique (la scène des bestioles!!! Help!!!)

    La 2ème partie du film affichait un semblant d’amélioration, mais vraiment insuffisant… au final, HELLBOY 2 est l’un des plus mauvais film que j’ai vu cette année! Bizarre…

    SysTooL

    ma chronique en ligne : http://systool.over-blog.com/article-23878675.html

  2. [...] Hellboy 2 : Les légions d’or maudites de Guillermo Del Toro. Une fois encore, Guillermo Del Toro nous donne la preuve – inutile, donc indispensable – de son immense talent de réalisateur et de conteur. Magnifique œuvre gothique rappelant par certains aspects, notamment sa musique, les heures les plus inspirées de Tim Burton, le film développe des thématiques profondes et touchantes, tout en brillant par sa mise en scène, ses décors, sa lumière… [...]

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