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Maison buissonnière d’Isabelle Minière

Par Christine Jeanney • sam 25 oct 2008 • Categorie: Littérature

Parution le 15 octobre 2008

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Maison buissonnière est un recueil de treize nouvelles, assez différentes les unes des autres, mais toutes sœurs par l’esprit.
Le style d’Isabelle Minière devrait s’oraliser. Un conteur, autour duquel nous serions réunis, mettrait facilement ces textes en valeur, par des mimiques, des pauses et des effets vocaux. Cette qualité est aussi un défaut. Il faut savoir accepter la voix, très présente, d’un auteur-narrateur-conteur. Une voix tellement prééminente que c’est une relation-duel avec elle qui nous attend.

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Pas question de se laisser immerger dans une ambiance faite d’impressions, pas de second rôle attachant, pas de petite touche légère, ni de détail infime qui viendraient planter un décor plus large. La « caméra » de l’auteur est centrée, bien droite, sur un personnage, puis un autre, et on ne peut pas manquer de le voir, tant le rond de lumière qui l’encercle est vif. Nous sommes donc dans un face à face, non pas avec le personnage lui-même, mais avec le narrateur.

Pourquoi n’ai-je pas éprouvé d’empathie pour Bérénice, l’adolescente de Bérénice dans son assiette ? Est-elle trop lucide ? Trop intelligente ? Trop décalée ? Trop… irréelle ? Dans la Maison buissonnière, nouvelle qui donne son titre au recueil, le héros garde sa transparence de papier. L’homme qui parle dans La date de ma mort ne nous donne pas de matière qui nous fasse croire en lui. La dernière nouvelle Des chiffres et des lettres est charmante, mais l’existence du couple dont il est question reste virtuelle, deux marionnettes construites, par goût du contraste, dans deux textures différentes. Qu’elles s’accordent ou se désaccordent étant improbable, il n’y a pas sollicitation de sentiment, et cette histoire légère ne laisse pas de marque.

Les émotions des personnages sont clairement dévoilées. Il manque la place pour deviner l’enjeu, pour réfléchir à ce qui se trame et à ce que cela signifie. Tout est immédiatement traduit. Dès lors qu’il s’agit de constater au lieu de ressentir, on a des difficultés à compatir, et c’est ce qui se passe avec les personnages de ce recueil. J’ai regretté que cette forme d’écriture installe une sorte d’estrade de théâtre, un vide entre soi et l’action. Ce style démonstratif qui fournit d’office le décryptage m’a changée en spectatrice inactive.

Dénonciatrice, Pépé mémé est un texte drolatique. On rit, un peu cruellement, à sa lecture, et on conçoit de l’aversion pour la famille décrite. C’est une nouvelle méchante et bien enlevée, quoique caricaturale.
Le fils du diable, huitième nouvelle du recueil, est extrêmement jouissive et très drôle. Caricaturale, elle l’est, mais ici c’est une qualité ! C’est à regretter que l’auteure s’arrête là et ne donne pas davantage dans cette veine de commedia dell’arte. Car, c’est peut-être contradictoire, mais lorsque le héros n’existe pas, nous y croyons ! Isabelle Minière se joue de la situation, se joue des mots avec tant de délectation et de brio que c’en est un plaisir. Elle tient là une marionnette spectaculaire, et l’on est emporté par cette extravagance.

« Je naquis donc dans le luxe et la luxure. La gestation fut une période bénie de ma vie. Le ventre de maman était d’une puanteur exquise. Tout son fiel se déversait dans ses entrailles, parfumait le liquide amniotique d’une saveur nauséabonde.
Je le tétais, m’en gavais comme un glouton. C’était si bon. C’était un concentré de méchanceté, le nectar idéal pour un fils de diable. D’y penser, je salive encore
. » (page 64)

On comprend vite, à travers la Maison buissonnière, de quoi est faite la nourriture d’Isabelle Minière : un plat de méchancetés, de médiocrité, petitesses, trahisons, fuites, de lâchetés et d’enfance innocente. Ces thèmes puissants, elle les garde entiers et les manipule à bras le corps. Sans s’adonner aux petits détails qui pourraient rendre véridique ; elle se place dans l’emblématique, le symbole. Et c’est pourquoi elle est si percutante dans une fable, un conte, une fantaisie, comme l’est Le fils du diable.
C’est cette nouvelle, finalement, qui donne, pour moi, une belle fenêtre, mais une seule, à la Maison buissonnière, une fenêtre ornée d’un rideau de castelet. Et c’est bien dommage que les autres textes m’aient laissée aussi indifférente.

Maison buissonnière d’Isabelle Minière
Editions Delphine Montalant
Crédit photographique : éditions Delphine Montalant

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Christine Jeanney est une des rédactrices Littérature du magazine.
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Une Réponse »

  1. En lisant ton intro, je me suis dit “chouette! un nouveau recueil de nouvelles et chez Delphine Montalant en plus!” et à ta lecture, je déchante un peu… Dommage! Du coup j’hésite! Pourtant j’ai pleinement apprécié “Elle fait des galettes, c’est toute sa vie” paru chez ce même éditeur. Peut-être vais-je quand même le lire… Bonne journée Christine!

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