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The Virgins : un vin bien trop léger !

Par Thierry The Civil Servant • jeu 6 nov 2008 • Categorie: Musique

Sortie le 17 septembre 2008

Il sont précédés d’une réputation déjà protéiforme, qui les dit arrogants et peu diserts en interview, comme de vagues branleurs new-yorkais. Mais, par ailleurs, sans doute en mal de référence pour les classifier, cette même réputation évoque avec insistance le nom des Strokes ainsi que celui des Talking Heads, et en outre insiste lourdement sur leur background arty. Les Virgins , puisque c’est d’eux qu’il s’agit, viennent donc de mettre dans les bacs il y a quelques semaines leur premier effort idéalement appelé « The Virgins ». Le délai idéal pour laisser décanter la mauvaise lie des commentaires prémâchés et goûter à une liqueur ainsi débarrassée de ses impuretés (que ceux qui les premiers ont écrit sur The Virgins m’excusent de cette comparaison).

Mais d’abord qui sont The Virgins ? Quatre petits blancs new-yorkais dont on sait peu de choses lorsqu’on patrouille le net à la recherche de renseignements un tant soit peu croustillants à leur sujet. Que ce soit sur leur site officiel ou leur page Myspace aucune mention n’est faite au sujet de leur biographie. Tout au plus consentent-ils à définir, très largement, leur musique en indiquant dans un petit coin de leur Myspace « New Wave, Soul, Rythm and Blues » : on a connu des définitions plus pointues. Quatre garçons sans histoire apparemment donc, Donald Cumming, Nick Zarin-Ackerman, Wade Oates et Eric Ratensperger, qui se sont fait connaître via Internet et ont vendu leur premier EP1 uniquement sur leur site. Autoproduction et web : un air qui commence à être connu ! Sur la lancée de ce succès d’estime grandissant et du buzz autour de leur nom, ils se sont retrouvés à ouvrir pour Sonic Youth ou Patti Smith.

De jeunes branleurs new yorkais attendant le succès

Vous imaginez que sur des bases pareilles, il y avait lieu de l’attendre cet intrigant album et ce groupe énigmatique. Attente somme toute plutôt déçue dès lors que l’on se colle entre les oreilles leur rock mid tempo mâtiné de gentilles rythmiques funky disco qui parle de filles trop chères (She’s Expensive) ou trop riches (Rich Girls) et qui s’écoute distraitement sans se percer les oreilles ni s’affoler les neurones, un peu comme une musique de fond de bar (celle dont on ne veut surtout pas qu’elle soit forte, car va bientôt venir le moment de murmurer à l’oreille de sa/son partenaire). Oh, il y a bien ce titre en ouverture (She’s Expensive) qui porte en lui les appâts dont on fait les meilleurs pièges à dancefloors, ou Rich Girls avec sa ligne de guitare à la Chic et son refrain chanté par des pseudos CSS. Private Affairs aussi, bien construit, justement pop. Mais bien rapidement, les titres succèdent aux titres et à peine a-t-on eu le temps de capter le début d’une mélodie qu’on passe à la suivante. L’impression, pas désagréable en soi, juste frustrante, de boire un vin qui n’a pas suffisamment vieilli, ou un bourbon qu’on aurait allongé d’eau. Qui coule facilement, mais jamais ne râpe, ni n’accroche.

Pochette de ce premier album des Virgins

Aussi cette comparaison avec les Strokes, on se demande quelle mouche a pu piquer le premier à avoir sorti cette ânerie (la voix tout au plus admettons…). Là où Julian Casablancas et les siens triturent leurs instruments pour leur faire cracher du sang, nos Virgins se contentent de caresses vaguement langoureuses (plutôt de celles qu’on donne à un chat, en pensant à tout autre chose), et au fond inutiles. Mieux même, chaque fois qu’une chanson donne l’impression d’enfin décoller, un frein invisible retient alors le groupe qui s’empresse soit de baisser le ton, soit de ralentir le tempo, soit de boucler flemmardement le titre, pour s’empresser de passer à autre chose. Quand on pense au boucan que faisaient des Français avec un nom analogue.

Une certaine déception que ce premier album des Virgins. D’autant plus forte que l’on sent bien à son écoute que leur potentiel n’est pas nul, loin de là, qu’il faudrait juste qu’ils souffrent de bien vouloir martyriser un peu plus leurs instruments afin qu’enfin le jus gorgé de parfum s’en échappe ; parce que là, c’est un brouet très clair qu’ils nous donnent. Il y a, malheureusement pour eux, bien trop de choses qui sortent chaque semaine (tiens rien que les Vivian Girls dont Culturofil parlera très prochainement), pour qu’on s’attarde plus longtemps sur ce disque. Dommage, mais c’est ainsi !

The Virgins seront à Lille le 14 novembre, à Paris La Cigale le 15 novembre, à Nantes le 16 novembre et à Toulouse le 18 novembre.
The Virgins – album éponyme - Atlantic/WEA

  1. Qui est largement repris dans ce premier album[]
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Thierry The Civil Servant est un des rédacteurs Musique du magazine.
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