Othello de William Shakespeare
Par Delphine Kilhoffer • ven 14 nov 2008 • Categorie: ThéâtreJusqu’au 7 décembre 2008 à Paris, puis en tournée

Othello est une des plus célèbres tragédies de William Shakespeare, un drame où sont déclinés les élans sombres du cœur humain : la jalousie – aussi bien amoureuse que sociale –, la traîtrise, l’appât du gain, le mensonge, le racisme, etc. Armé du seul venin de sa langue, on assiste au jeu cruel de Iago qui va réussir à pourrir un amour pur, abuser d’honnêtes hommes et la bonne volonté de sa propre femme. Son aigreur est comme une bile acide qu’il voudrait déverser sur le reste du monde. Les mécanismes de destruction mis en place dans ce texte sont implacables, magnifiquement écrits, pointant un à un tous les rouages des passions qui peuvent voiler le regard des meilleurs.

C’est donc à juste titre, en venant assister à Othello, que l’on s’attend à voir se déployer sur scène émotions et folie. Autant le dire tout de suite, elles ne seront pas au rendez-vous dans cette mise en scène d’Eric Vigner. Il fait déclamer le texte à ses comédiens sur un rythme dénué de sens, et confond allègrement cris avec colères et emportements. Avec ce traitement, les mots perdent leur sens, les scènes se vident de toute substance et W. Shakespeare pourrait passer pour un mauvais auteur. Les acteurs semblent être les marionnettes d’un destin qui leur échappe : pourquoi pas s’ils arrivaient à garder leur touchante humanité, mais non, guindés dans une diction creuse, plus rien ne passe. Ils semblent jouer à jouer plutôt qu’interpréter leurs rôles.
Ce qui semble primer ici, c’est l’esthétisme. Le décor est constitué de deux escaliers métalliques, l’un blanc, l’autre noir et de panneaux modulables, d’un côté blanc, d’un côté noir. Les costumes sont eux aussi intégralement en noir et blanc. Nous sommes donc dans un univers codé et fortement stylisé : cela ne serait pas un problème, au contraire, si l’interprétation était réussie. Là, on ressort avec l’impression que ce sont ces codes qui sont censés nous faire passer le sens de la pièce, seulement, le manque d’émotions fait que cela tombe à plat.

Une partie de la scène théâtrale française actuelle semble penser qu’il est novateur et passionnant de monter des tragédies classiques de cette façon ; Eric Vigner est loin d’être seul dans ce cas. Mais qu’est-ce que ces metteurs en scène cherchent vraiment à nous dire ? En quoi ce type de parti pris apporte-t-il quelque chose au texte ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit, de nous raconter une histoire forte, une histoire humaine qui va nous émouvoir et nous donner à réfléchir. Or, en désincarnant ainsi l’interprétation, le théâtre perd sa puissance. Un doute s’installe. En privilégiant un paraître factice, une recherche pseudo intellectuelle, n’est-ce pas finalement le choix de la facilité qui est fait là ? Oui, la question est dure, mais elle est aussi à la hauteur d’un public qui mérite mieux qu’un jeu de façade.
Othello de William Shakespeare, mise en scène de Eric Vigner, théâtre de l’Odéon, 11-12 décembre à Tarbes, 13 janvier à Saint-Brieuc, 17-20 février à Orléans
Avec : Samir Guesmi (Othello), Bénédicte Cerutti (Desdemone), Michel Fau (Iago), Thomas Scimeca (Cassio), Nicolas Marchand (Roderigo), Jutta Johanna Weiss (Emilia)
Crédit photographique : Alain Fonteray.
Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
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ne suis pas d’accord du tout avec vous
en quoi votre critique apporte quelque chose
vous auriez mieux fait d’ecouter le spectacle au lieu de la rediger pendant
Pitrousko – Vous avez tout a fait le droit de ne pas être d’accord avec ma critique. Je ne peux que regretter que vous n’ayez pas mis à profit cet espace de parole pour expliquer à nos lecteurs ce qui vous a tant plu dans cette réprésentation et qu’ils puissent ainsi comprendre pleinement votre point de vue sur ce spectacle.