Epanouie avec ou sans enfant d’Isabelle Tilmant
Par Martine Galati • sam 15 nov 2008 • Categorie: LivresParu le 24 septembre 2008

Isabelle Tilmant, quarante-trois ans, a exercé comme psychothérapeute familiale au sein d’un hôpital universitaire de Bruxelles. Elle travaille en tant que psychothérapeute clinicienne depuis plus de quinze ans.
Cet ouvrage Epanouie avec ou sans enfant paru aux éditions Anne Carrière s’adresse en priorité aux femmes, toutes les femmes, dans ce qui, de tout temps, a signifié leur identité propre : la maternité. Mais est-ce vraiment cela qui crée une personnalité féminine ? C’est ce que Isabelle Tilmant s’est attachée à démontrer à travers moult témoignages et une analyse qui, si elle n’est pas (volontairement sans doute) parfaite, a le mérite de pointer du doigt un sujet ô combien sensible et de vouloir remettre en questions quelques vérités ancrées dans notre inconscient depuis des millénaires. Et rien que pour cet aspect, cet ouvrage mérite d’être lu et étudié au plus près.
Pourquoi certaines femmes ne peuvent-elles envisager leur vie d’adulte sans passer par la case maternité ? Et pourquoi d’autres prennent-elles le risque de passer pour égoïstes et de devoir cent fois justifier leur décision de ne pas avoir d’enfant ? Une femme ne peut-elle s’épanouir qu’à travers sa maternité ? Une carrière professionnelle réussie, une passion vécue à deux cent pour cent ne peuvent-elles, elles aussi, être une forme d’épanouissement ?

Sans porter de jugement sur l’un ou l’autre de ces choix, l’auteur s’est mise à l’écoute des motivations conscientes (ou inconscientes) de ces femmes qui ont accepté de témoigner. A travers ces récits de vie, Isabelle Tilmant s’est efforcée de pointer tout ce qui peut prédisposer au désir d’enfanter, ou non. L’histoire familiale par exemple joue un rôle déterminant.
Pendant des siècles, les femmes ont été reconnues à travers leur capacité à procréer (et de préférence à donner naissance à des garçons). Cela semblait comme couler de source et n’a jamais été vraiment remis en cause. La vie d’une femme passait forcément par le mariage, la maternité, qu’elle le veuille ou non d’ailleurs. Son avis importait peu.
Mai 68 et la libération sexuelle qui a suivi étant passés par là, les femmes ont pu commencer à être maîtresse de leurs corps en même temps qu’elles devenaient maîtresses de leurs vies. Et pourtant !
Combien s’étonnent toujours lorsqu’une femme ose dire qu’elle ne veut pas d’enfant ! Attention ! Je ne parle pas ici de toutes celles qui éprouvent un désir vital de maternité et qui ne peuvent l’assouvir pour X ou Y raisons, ni de ces autres qui, ayant voulu privilégier certain domaine de leur vie, se retrouve à l’âge de la ménopause avec le besoin essentiel de procréer quand leur corps ne le peut plus. Je parle bien ici d’une décision mûrement réfléchie et acceptée par l’intéressée seulement.
Cette maternité, Isabelle Tilmant ne la remet nullement en cause. Au contraire elle l’explique, l’analyse, l’étudie avec minutie à travers chaque témoignage mais aussi en y ajoutant certaines notions théoriques qui nous permettent d’y poser un regard différent et de tenter de comprendre certains raisonnements.
Ce livre qui se lit aisément n’est pas là pour nous juger (de quelque côté que l’on se positionne) mais plutôt pour nous ouvrir à d’autres perspectives et à une certaine tolérance qui nous fait bien (trop ?) souvent défaut. C’est la perception que j’en ai ressenti. Peut-être (sans doute) que ce ne sera pas le cas pour tous ses lecteurs.
Epanouie avec ou sans enfant, Isabelle Tilmant, 426 pages.
Crédit photographique : Editions Anne Carrière.
Martine Galati est une des rédactrices Littérature du magazine.
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J’ai été particulièrement touchée par ce livre et par son auteur.
Tout d’abord, ils ont permis d’élargir mon champ de compréhension quant au désir d’avoir ou non un ou plusieurs enfants. La réponse me paraissait simple dans un premier temps, avant que l’auteur ne m’emmène dans des endroits inconnus ou occultés pour étaler une réalité bien plus complexe : l’inconscient collectif, les messages éducationnels, le désir d’appartenance, le désir de toute-puissance, le désir narcissique, le désir fusionnel, la volonté de donner de l’amour, la notion d’envahissement, etc. Tous ces termes deviennent accessibles au fil de multiples exemples. On peut ainsi facilement se les approprier et composer avec eux pour éclaircir notre vécu et dessiner plus consciemment notre futur.
J’ai été également heureuse, à la lecture de ce livre, d’entrer dans la complexité de la notion d’ambivalence.
« L’ambivalence qui, dans un premier temps, amène une forme de paralysie – on est dans l’incapacité de faire un choix – engendre dans un second temps un terreau fertile ». Cela m’a permis d’y voir une réalité moins déchirante et plus acceptable. J’utilise à présent cette notion comme cadre d’analyse pour m’aider à penser différents questionnements autres que celui d’avoir ou non un enfant.
Ce livre m’a aussi apaisée quant à la difficulté réelle, et pas assez souvent reconnue, d’être mère. L’auteur, là aussi, ne manque pas de détails. Oui, c’est normal si on ne peut plus tout assumer : le travail à temps plein, le travail après le travail, la vie sociale, la vie de couple, le temps libre,…nous ne sommes pas des robots. Un tableau réaliste sans toutefois être écoeurant, qui ne décourage pas les femmes prêtes à assumer leur désir d’enfant. Car du bonheur à être mère, il y en a aussi ! Et l’auteur ne le cache pas non plus.
Enfin, l’apport essentiel de ce livre est qu’il m’a permis de mieux comprendre la femme sans enfant. Des questions maladroites ne seront plus posées. Mon champ de vision s’est élargi et j’en ressors avec une plus grande ouverture d’esprit face à la complexité révélée de cette question.
Pour terminer, je dirais que ce qui m’impressionne surtout dans ce livre c’est l’Amour ou le modèle de mère intérieure que peint l’auteur, entre autres dans la relation à ses « patientes ». C’est vraiment beau, çà me réconforte et me donne un modèle sur lequel je peux m’appuyer.