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Mark Olson & Gary Louris - Touchés par la grâce

Par Thomas Sinaeve • jeu 20 nov 2008 • Categorie: Musique

Sortie le 22 Novembre 2008

Mark Olson et Gary Louris… enfin.

Tout portait à croire que nous causerions cette semaine de Cardinology, le nouvel album de Ryan Adams, qui tournait sur la platine depuis déjà quelques semaines. Le disque était très bon, sans doute le meilleur de son auteur depuis longtemps. Le calendrier était plutôt dégagé. De plus c’était le dixième album (officiel) du songwriter – soit donc l’occasion d’un retour sur discographie tout à fait de saison. D’ailleurs la prise de notes avait déjà commencé – le titre était même d’ores et déjà arrêté : Ryan Adams – Dix albums plus tard (ou presque).

Il aura suffi de quelques mots échangés avec Thierry, notre confrère et néanmoins ami de Jazz, Blues & Co., pour totalement ficher en l’air le planning des semaines à venir. Qu’avait à dire Thierry de si exceptionnel pour faire basculer un calendrier aussi serré1 ? En substance : que l’album commun de Mark Olson & Gary Louris était prêt à paraitre2.

Enfin.

Treize ans tout de même que les aficionados attendaient cela. Pas l’album, quoiqu’on l’ait attendu longtemps lui aussi. Les retrouvailles. Entre les deux membres fondateurs des Jayhawks, légendes folk initiatrices du courant alt-country, dont on ne lasse d’espérer le retour3. Treize années écoulées depuis le chef-d’œuvre Tomorrow the Green Grass… treize années depuis le départ de Mark Olson, chanteur à la voix de velours, pour de nouvelles aventures au succès variable4 tandis que Louris tenait la baraque du mieux possible et tentait d’enrayer l’inévitable déclin du groupe.

Mark Olson, Gary Louris

Treize années et voici Ready for the Flood. Quelque part, c’est encore mieux qu’une reformation : tout à la fois le retour du fils prodigue et un nouveau départ. Un projet à part entière, sublime comme du Jayhawks tout en évoluant dans un registre différent, plus vraiment alternatif mais heureusement toujours aussi country. Et si l’on dit souvent que c’est que dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes soyons honnêtes : même tourné comme un compliment l’adage sonne souvent péjoratif. Manière polie de dire que tel artiste n’apporte rien de bien original, litote visant à laisser comprendre qu’il ne faut pas s’attendre à être surpris, que cette musique-là se joue à un autre niveau… etc. Mais dans le fond le chroniqueur est comme tout le monde : il a tendance à attendre des artistes qu’il aime qu’ils le surprennent. Même d’AC/DC ! C’est tragiquement humain.

Avec Mark Olson et Gary Louris, l’expression revêt enfin tout son sens : Ready for the Flood a le classicisme discret et élégant, la simplicité noble… à vrai dire il transpire l’humilité – à des années lumières de la prétention d’un Conor Oberst dont on se demande par quel miracle il peut être plus populaire que ces deux orfèvres-ci. Désormais quinquas5 à la crédibilité indiscutable et indiscutée, les deux compères sont devenus écœurants d’aisance (Cf. la fuidité d’un Turn your Pretty Name Around qui par n’importe qui d’autre aurait viré guimauve pour auditeurs de RFM), laissent délibérément de côté les fantaisies jayhawksiennes et se contentent de faire ce qu’il savent faire de mieux : se poser là, jouer, chanter… et toucher l’auditeur en plein cœur. Et ça marche – plutôt deux fois qu’une ; si Vagabond, l’album solo de Louris paru il y a six mois, a tendance à se tasser un peu sur la durée… Ready for the Flood, à coup sûr, restera à n’en pas douter l’un des grands disques de cette année qui s’achève. Une performance notable venant de deux artistes ayant un peu moins la cote depuis quelques années, et une quasi prouesse au terme d’une saison qui de Campbell / Lanegan en Giant Sand, de Calexico en Dale Petty… ne manqua franchement pas de pointures folk.

Le fait est que vous n’aurez probablement pas souvent l’occasion (en tout cas sur des albums folks contemporains) d’écouter des choses aussi délicates et sensuelles que Saturday Morning on Sunday Street ou Black Eyes. Ce n’est pas sur le dernier Beck que vous trouverez une torch-song du niveau de Kick the Wood. Le nouveau Ryan Adams aussi bon soit-il ne recèle rien d’aussi sublime que My Gospel Song for You. Aucunes voix6 ne se marient aussi bien que celles d’Olson et Louris sur The Rose Society. Alliant à la maîtrise des vieux briscards qu’ils sont la fraîcheur et la spontanéité d’un premier album que Ready for the Flood est quasiment, le duo donne dès la première écoute l’impression de ne connaître dans le fond que deux états : la majesté et la grâce. Au gré d’un refrain imparable (Chamberlain S.D.), d’un Life Warm’s Sheet évoquant le meilleur Iron & Wine, ou d’une superbe envolée roots (Bloody Hands)… les deux songwriters communient comme s’ils n’avaient jamais cessé de jouer ensemble et font mentir tous les vieux adages sur les come-back albums et autres reformations. Comment ces deux-là ont-ils osé laisser passer treize ans avant de réenregistrer ensemble ? Surtout : combien de temps faudra-t-il attendre pour les retrouver à nouveau ?

En tout cas après avoir publié le meilleur album folk de l’année 1995, ils viennent assurément de publier le meilleur album folk de l’année 2008 – voire peut-être de la décennie.

Si nos estimations sont exactes ils devraient théoriquement publier d’ici 2014… le meilleur album folk de tous les temps.

Ready for the Flood, de Mark Olson & Gary Louris, édité chez New West
Crédit Photo : Olson & Louris.

  1. Pas moins de quatre albums en cours de décortiquage… et non des moindres puisqu’on y trouve la dernière merveille de Matt Elliott[]
  2. Information relativement imprécise, en fait : si les advances tournent déjà, l’album est indiqué à trois dates différentes selon les sources : septembre 2008 (hein ???), novembre 2008 (ok…)… voire carrément janvier 2009 (oh !!!)… autant le dire franchement : on n’y comprend goutte, donc tenez-le vous pour dit : il sort dans les dix semaines à venir… je crois.[]
  3. Rainy Day Music, leur dernier album en date, remonte à 2003[]
  4. En solo ou avec The Original Harmony Ridge Creekdippers[]
  5. Ou presque : Louris a dépasser la cinquantaine, Olson s’en approche[]
  6. En activité du moins : au temps de Whiskeytown Ryan Adams (justement) et son alter-ego Caitlin Cary étaient capables de ce genre de choses… autant dire que ça ne nous rajeunit pas – ni eux[]
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Thomas Sinaeve est un des rédacteurs Musique du magazine.
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9 Réponses »

  1. Je n’ai pas écouté ce disque et probabement que je ne le ferai pas ou peut être que oui mais je ne suis pas obligatoirement très fan de Mark Olson (et je ne l’ai jamais été des Jayhawks) mais peu importe mon avis.

    Ce type est extrêmemnet touchant de toute manière. Je l’ai vu sur scène il y a quelques années, on devait être 25 au café de la danse à Paris, il jouait avec Victoria Williams, sa femme atteinte de sclérose en plaque ce qui ne l’empêche pas ( trop) de jouer de la guitare et de chanter mais qui affecte parfois ses mouvements et Olson était tellement prévenant avec elle, tellement gentil, à l’encourager alors qu’on voyait bien que ce soir là devait être difficile pour elle. Malgré tout elle a gardé (et lui aussi) un sourire incroyable durant tout le concert. La musique était accessoire finalement (même si sympathique mais je n’ai pas trouvé plus que ça…).

    Alors peut être que finalement j’écouterai ou pas ce disque mais je ne peux pas oublier ce concert et je crois que ce type mérite le respect à tous égards.

    (non non je n’ai pas pris de drogue)
    (je peux toujours ajouter une mauvaise plaisanterie sur des jeunes filles à lunettes souffrant de surchage pondérale pour mettre un peu d’animation s’il y a besoin suffit de demander)

  2. En fait je ne suis non plus pas fana d’Olson sans les Jayhawks, en fait… mais effectivement, le personnage est particulièrement attachant.

  3. Ca vaudrait le coup de venir le voir en solo sur scène à l’occasion d’une de ses dates en France là en décembre, voir si on peut changer d’avis !

    Moi je dois dire que j’ai changé d’avis après l’avoir vu à Paris l’hiver dernier !

  4. les 1ers JAYHAWKS étaient,avec GREEN ON RED,le truc le mieux depuis la mort de Gram Parsons;je suis bien content que les deux compères soient à nouveau”together”!

  5. Marc >>> je découvre ton commentaire un peu tard… je vais jeter un œil aux dates, en espérant que je n’ai pas déjà tout loupé !

    Antoine >>> le premier n’est pas mon favori… mais de toute façon le retour de ces deux-là est FORCEMENT l’un des grands évènements musicaux de l’année… en espérant que cela durera plus d’un album !

  6. J’ai découvert ce midi à la FNAC 3 ou 4 morceaux de ce nouvel album en audition publique. Sans être accro au folk (plutôt blues, jazz et/ou rock progressif(s), j’avoue avoir une forte envie de me le procurer, tant voix et guitares sont limpides, un instant de paradis dans ce monde de brutes (et ce picking magistral)….

  7. Vous me faites très plaisir ! Car j’ai beau présenter ces deux-là comme des références, je ne me voile pas la face : comme tous les grands en matière de folk ou de rock, ils ne sont des références que pour une mince frange du public, alors même qu’ils ont tout pour cartonner. Dès lors… chaque nouveau converti me fait très plaisir !

    A bientôt !

  8. Je me suis depuis procuré l’album: RIEN A JETER, écoutez cet album devant un feu de bois, un dimanche après-midi par exemple, ou en voiture un lundi matin, ou alors un soir “câlin”, sur une peau de bête ou classiquement dans un lit douillet, ou quand vous voulez, c’est superbe !!!!!

  9. C’est très aimable d’être revenu nous donner vos impressions après écoute (surtout si elles sont aussi bonnes). Merci, Jean.

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