Cocorico de Patrice Thibaud
Par Catherine Gendre • ven 21 nov 2008 • Categorie: ThéâtreDu 13 novembre au 10 décembre
Rares sont les spectacles sans paroles, plus rares encore sont ceux qui nous offrent, avec une telle poésie drolatique, l’observation minutieuse et terriblement concrète des comportements de nos contemporains et autres mammifères. Cocorico est de ceux-là, né de la complicité féconde de Patrice Thibaud, grand enfant tendre et facétieux, débordant d’inventivité, et de Philippe Leygnac, musicien multi-instrumentiste, acrobate et comédien, dans le rôle du pianiste au visage impassible.

L’époustouflante précision du geste du premier et l’inventivité mélodique et rythmique du second se rencontrent pour écrire une partition commune où rythme, musicalité et jeu nous livrent un feu d’artifice de situations cocasses et émouvantes. Esquisse d’un vol de vautours, grincement d’une porte de saloon, cowboys, chevaux, indiens tour à tour à la fois, Patrice Thibaud, campe un univers de western à la Sergio Leone pour rebondir immédiatement après sur une proposition rythmique ou mélodique et devenir porte-drapeaux lors d’une journée commémorative. Saisissant au vol la note que son complice lui glisse, l’homme se fait chat, lion, dresseur de fauves, apprenti mélomane. Agile et prompt à la métamorphose, il se démultiplie, et chaque évocation, tel un trait de crayon, fait jaillir le personnage, l’animal, l’univers, mais aussi extrait de son essence même l’évocation suivante.
Ce dialogue incessant entre rythme et jeu, entre jeu et musique tisse une invention à plusieurs voix où les lignes mélodiques se croisent, jouent du contrepoint, se retrouvent à l’unisson, se fragmentent : la puissance d’évocation de Patrice Thibaud crée une multiplicité de mondes et de types humains. En d’autres termes, il y a une vérité de l’homme à saisir dans le comportement du chat ou de l’otarie, une énergie commune entre le morceau de ragtime et le coureur cycliste.
Il s’agit bien de correspondances entre les sons, les formes, et le spectateur a le plaisir de voir naître les situations, de deviner les évocations, et d’y projeter son imaginaire. L’art de ces deux acteurs mélomanes consiste à suggérer, sans rien imposer, art du croquis dans lequel nous est livré une sorte d’essence du jeu, dépouillé de toute psychologie, de tout artifice superflu, du grand art, quoi !
La référence aux acteurs burlesques des films muets, où un piano dans la salle soutenait l’action, se glisse en filigrane, discret hommage. Elle inscrit le couple dans une filiation, celle des génies burlesques : on pense à Keaton, à Chaplin, à Tati, à de Funès… Mais l’inventivité scénique de ce duo exceptionnel dépasse un héritage qu’il ne renie pas dans une singularité absolument inédite.
Un aperçu d’un de leurs spectacles en cliquant ici.
Cocorico, un spectacle de Patrice Thibaud, mis en scène par Michèle Guigon, Susy Firth, Patrice Thibaud, avec Patrice Thibaud, Philippe Leygnac.
Du 13 novembre et 9 décembre 2008 au Théâtre de Chaillot
Crédit photo: Céline Aubertin
Catherine Gendre est une des rédactrices Théâtre du magazine.
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Wouah ! On est désolés et frustrés quand cette vidéo s’arrête ! Quelle performance !
Christine,
Effectivement. Petite astuce: il y en a une deuxième sur Dailymotion
Sinon, tout pareil que dans l’article, ce spectacle est hilarant.
Ilyas
D’ailleurs ils ont aussi quelques vidéos du côté de télérama
http://www.telerama.fr/tag/cocorico/
Excellent en effet et nous nous en voulons d’autant + de l’avoir raté. Il jouait dans la ‘cour des grands’ et il est vraiment extraordinaire. Qui sait où et quand il repasse avec ce spectacle en Ile de France ou à Paris ?
Merci d’avance