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Le Ventre de Shakespeare d’après William Shakespeare

Par Delphine Kilhoffer • ven 21 nov 2008 • Categorie: Théâtre

Jusqu’au 21 décembre 2008

Appréciation de Delphine niveau 1

D’abord il y a le lieu : le théâtre du Voyageur est un espace étonnant. Cet ancien bâtiment des voyageurs, en plein milieu de la gare d’Asnière-sur-Seine, semble sorti des aventures de Harry Potter : vous descendez d’un banal train de banlieue sur le quai B, vous faites le tour du bâtiment et, en vous glissant par une porte entrouverte, vous vous retrouvez dans un autre monde… Un petit bar aux fauteuils joyeusement dépareillés, avec en mur de fond une immense tenture rouge, qui plus tard s’ouvrira pour découvrir un bel espace scénique. Un lieu public abandonné est rendu à ce même public grâce à la culture : un joli tour de passe-passe.

Le Ventre de Shakespeare est un spectacle en deux parties (n’ayant à ce jour pu voir que la première partie, cette critique est à lire en ayant cette restriction à l’esprit) qui se complètent mais peuvent se voir indépendamment. En se basant sur plusieurs pièces de William Shakespeare (Henry IV / 1re et 2e parties, les Joyeuses Commères de Windsor et Henry V), l’adaptatrice et metteur en scène Chantal Melior centre son récit sur le personnage de Jean Falstaff, énorme bouffon trouillard, qui n’a que sa verve pour le sauver de tous les pièges du monde élisabéthain. Dans ce premier épisode, Falstaff est le compagnon de beuverie du futur roi d’Angleterre ; accompagnés d’une véritable cour des miracles, ils s’amusent, se moquent, volent, etc., or les conflits minent le royaume et l’Histoire ne va pas tarder à les rattraper.

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De par son ludisme, il y a une vraie fraîcheur dans la mise en scène proposée ici. Loin d’une reconstitution minutieuse, c’est à travers les excès de leurs costumes colorés de farce et des maquillages outranciers qui ne sont pas sans rappeler la commedia dell’arte, que les comédiens arrivent sans mal à nous transporter quelques siècles plus tôt. Tout semble fait de bric et de broc, et cela marche – peut-être car, au fond, cela reflète bien ces personnages qui font avec les moyens du bord pour survivre. Certaines scènes sont particulièrement réussies, telles que les quelques passages chantés (quel étonnement quand le procédé est utilisé pour la première fois sur un monologue du prince !) ou toute la partie des batailles, chorégraphiée avec beaucoup d’humour.

Malgré toute la belle énergie qui se déploie sur scène, il y a pourtant un problème dans le spectacle tel qu’il est présenté aujourd’hui : le texte ne passe pas toujours, et cela à deux niveaux. A quelques reprises, on n’entend pas les comédiens, notamment lorsqu’ils sont au fond de ce grand plateau qui demande une bonne projection de la voix. Ensuite, comme trop emportés par leur propre jeu, à certains moments les acteurs ne semblent plus se préoccuper du sens du texte et oublient de le rendre compréhensible pour les spectateurs. Des défauts que l’on regrette d’autant plus que l’esprit shakespearien est pourtant bel et bien présent dans la troupe. On touche ici à de la technique de jeu et non à l’inspiration, ce qui veut aussi dire que ces soucis peuvent être réglés avec du travail, et rendre ainsi à ce spectacle tout son potentiel.

Le Ventre de Shakespeare d’après William Shakespeare, mise en scène de Chantal Melior, théâtre du Voyageur
Avec : Sandrine Baumajs, Véronique Blasek, Arnaud Cottereau, Gautier Gaye, Ariane Lacquement, Carole Lipkind, François Louis, Matthieu Mottet, Siva Nagapattinam Kasi, Florian Pellissier, Tom Sandrin

Trois questions pour vous présenter…
Chantal Melior, metteur en scène et adaptatrice

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler autour du personnage de Falstaff ?

Chantal Melior : Ce personnage, c’est un bouffon, et puis on dit que Falstaff c’est le représentant de la nature humaine avec son ventre qui est une mappemonde. C’est aussi un discours sur l’existence que j’ai envie de transmettre, de partager, car c’est à la fois très joyeux, et à la fois il y a une dimension tragique. On y dit les choses les plus graves avec le plus de légèreté possible. On parle souvent de légèreté pour Falstaff, car il a l’esprit aussi léger et agile que son corps est lourd et massif.
Dans le spectacle précédent, on parlait des nomades, on pourrait ne pas forcément voir tout de suite le rapport qu’il y a entre les deux, mais ce sont des espèces de communauté de vie. Falstaff, il est avec sa bande de joyeux drilles, ils forment une sorte de petite communauté, comme des Bédouins qui traverseraient le désert, comme des nomades. Ce sont des personnages un peu marginaux, mais qui semblent agir pour notre sauvegarde, en quelque sorte.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour créer cet univers avec des costumes très colorés et ses maquillages prononcés ?

C.M. : En fait, j’avais fait un stage pour des comédiens sur Shakespeare et puis je suis partie après à Londres pour voir le Globe, dans la foulée de cette ambiance-là. Et puis j’y ai vu des tableaux de Brower qui est un peintre d’à peu près la même époque que Shakespeare, qui n’est pas très connu. C’est d’une telle vie ces portraits, il y a beaucoup de scènes d’auberge : j’ai été fascinée et cela a déterminé une partie du décor qui sont presque des morceaux agrandis de tout petit tableaux de Brower, des tableaux très prenants.
Le spectacle autour de Falstaff a l’ambition d’être assez élisabéthain, dans le sens où c’est une époque où la vie est dangereuse, ardente, colorée justement, on brûle la chandelle par les deux bouts. Et puis il y a le plaisir du verbe, puisque pour Falstaff, le verbe, c’est sa survie. C’est comme une leçon de comment savoir survivre par le langage, et je trouve que l’on a besoin de ne pas perdre les mots, car les mots c’est vraiment précieux pour résister.

Vous pouvez nous parler de ce lieu assez exceptionnel, le théâtre du Voyageur ?

C.M. : Nous nous y sommes établis en 2002. On est une compagnie de théâtre et nous cherchions un lieu de répétitions – un lieu pour travailler tous les jours. Et on a trouvé ce lieu qui est extraordinaire, en forme de trapèze, ce qui fait que l’acoustique est très bonne, plus de six mètres de hauteur de plafond… C’est très vaste et en même temps très accueillant.
Quand nous sommes arrivés, c’était à l’abandon, c’était une cave et puis on a envahi les lieux au fur et à mesure.
Nous sommes un peu dans un statut alternatif, donc on peut présenter nos travaux, mais on ne peut pas vraiment faire de programmation avec des compagnies extérieures. On a des échanges avec des équipes avec lesquelles on joue, mais on ne fait pas une programmation de saison. Cela viendra peut-être !

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Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
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4 Réponses »

  1. J’ai vu ce spectacle deux fois. La première fois, le soir de la première, et je suis d’accord avec vous sur la précipitation qu’ont mis ce soir là les acteurs à débiter leur texte, sans doute le stress de la première…Mais j’y suis retourné vendredi dernier. La salle était comble et tout le monde a été enchanté de ce spectacle…Ca a bien muri, et les acteurs étaient vraiment au top! Belle énergie, et cette fois plus posée à certain moments, ce qui a donné un rythme plus harmonieux à l’ensemble…Retournez-y et vous verrez la différence, j’en suis sure. Et surtout, allez voir l’épisode 2…indispensable, vous verrez, c’est autre chose, plus dans la farce.
    Bien chaleureusement
    Isabelle

  2. Merci pour ce témoignage, Isabelle. Je suis heureuse que vous confirmiez ce que j’espèrais à la fin de l’article, c’est-à-dire que ce qui posait problème lors de la représentation à laquelle j’ai pu assister soit résolu au fil du temps. Tant mieux, car ce spectacle a beaucoup de choses à offrir.

  3. J’ai 12 ans et ce spectacle m’a beaucoup plu, la mise en scène était interessante et les acteurs formidables.
    A voir absolument!!!!!!!!!!!

  4. Cela fait plaisir de lire un tel enthousiasme de la part d’un jeune spectateur ! Pierre Charles, heureuse de te compter parmi les afficionados du théâtre :-)

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