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Princesse T de Cyril Drouet et Sander Cohen

Par Delphine Kilhoffer • ven 21 nov 2008 • Categorie: Théâtre

Jusqu’au 11 janvier 2009

Appréciation de Delphine niveau 1

Princesse T est une création de la compagnie Plume à l’oreille, dont presque tous les membres sont issus du cours Florent. La pièce a pour ambition d’apporter une réflexion sur le jugement que l’on porte sur autrui, et c’est dans cette logique que les auteurs, Cyril Drouet et Sander Cohen, ont choisi pour personnage central un avocat, Martin, qui de par sa profession est au cœur même du système judiciaire. Cet homme qui semble avoir une vie bien rangée, avec sa femme, ses deux filles, ses succès professionnels, est-il celui qu’il paraît être ? Pourquoi va-t-il se retrouver en prison et essayer de se donner la mort à la veille de sa libération ? La pièce est conçue comme une déconstruction temporelle qui va nous permettre de comprendre la chute de Martin et les conséquences de ses actes sur son entourage.

Princesse T ne manque pas de bonnes intentions et n’hésite pas à se confronter à des thèmes délicats à traiter tels que le viol, l’identité sexuelle ou l’inceste. C’est courageux, il y a de bonnes idées, mais les jeunes auteurs n’ont pas su éviter tous les écueils de l’écriture théâtrale : les dialogues sont parfois trop explicatifs et quelques scènes n’évitent pas les clichés, notamment quand la fille aînée répète encore et encore son prénom, face public, pour se raccrocher à son identité… un peu plus de subtilité n’aurait pas été désagréable.

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La mise en scène est certainement l’aspect le plus passionnant de ce spectacle. Fortement influencé par le 7e art, Cyril Drouet n’hésite pas à faire un découpage cinématographique pour nous raconter cette histoire. Les superpositions de scènes fonctionnent bien : deux actions, pourtant dissociées, se déroulent en même temps, comme lorsque les cinéastes utilisent l’effet split screen. Ce découpage, aussi bien spatial que temporel, est malin et permet de garder un suspens narratif jusqu’à la dernière minute. Un bémol pourtant : à un moment, l’utilisation prolongée d’un stroboscope rend le passage difficile à regarder. Outre l’inconfort visuel, il est dommage qu’aucune mention de ce procédé ne soit faite sur le matériel publicitaire, afin de prévenir tout désagrément pour des personnes souffrant d’épilepsie.

Julie El Haïk est formidable en jeune sœur qui a besoin de séduire pour se sentir reconnue, Fabien Ara fait lui aussi une composition drôle et juste dans le personnage de Greg, étudiant pas très à l’aise avec les filles. On espère retrouver ces jeunes comédiens dans d’autres productions très bientôt. Géraldine Navel se sort bien d’un rôle assez ingrat, et Jeff Broussoux nous fait croire aux multiples personnages qu’il incarne, notamment dans le rôle très casse-gueule du travesti. Adrien Joly nous propose un Martin linéaire qui n’atteint a priori pas tout le potentiel du rôle, alors que Jehanne Gascoin et Julien Roussel, jouant respectivement sa femme et son associé, ne sont tout simplement pas crédibles. Est-ce un problème de direction d’acteur, de distribution, voire les deux ? En tout cas, on regrette ces différences de niveau de jeu, qui font perdre de la force à cette Princesse T.

Malgré ces maladresses, Princesse T est un spectacle attachant. Il est respectable et appréciable que cette jeune troupe ne fasse pas le choix de la facilité et propose une création engagée, aussi bien sur le fond que dans la forme. Ils en sont au début de leur parcours – on attend la suite avec une vraie curiosité.

Princesse T de Cyril Drouet et Sander Cohen, mise en scène de Cyril Drouet, A la folie théâtre
Avec : Adrien Joly (Martin), Jehanne Gascoin (Marie Eve), Julien Roussel (Jean-Charles), Julie El Haïk (Justine), Géraldine Navel (Théa), Fabien Ara (Greg), Jeff Broussoux (prisonnier, gardien, travesti…) .

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Delphine Kilhoffer est une des rédactrices Théâtre du magazine.
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