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Après la répétition de Ingmar Bergman

Par Delphine Kilhoffer • ven 28 nov 2008 • Categorie: Théâtre

Jusqu’au 6 décembre 2008

Appréciation de Delphine niveau 1

Si le texte d’Après la répétition a été écrit pour être filmé, ce huis clos entre metteur en scène et comédiennes supporte très bien une transposition théâtrale. On ne présente plus son auteur, Ingmar Bergman, immense réalisateur et metteur en scène suédois, dont le décès l’an passé a profondément endeuillé le monde du cinéma en particulier et le monde artistique en général. Son œuvre a été très marquée par sa vie et ses obsessions personnelles, Après la répétition n’y fait pas exception, puisqu’il y évoque le travail de mise en scène à travers les préparatifs du Songe de Strindberg (pièce que Bergman a lui-même montée à plusieurs reprises) et sa passion pour les actrices.

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La pièce se découpe en trois parties : un long échange entre Vogler, metteur en scène vieillissant qui monte pour la énième fois le Songe, et sa jeune interprète, Anna, qui sera coupé par un flash-back montrant Vogler travaillant une quinzaine d’années plus tôt avec la mère d’Anna, Rakel, qui était elle aussi comédienne. La première partie n’évite pas quelques longueurs. A cela, deux explications : à ce stade, les dialogues s’orientent autour du travail de création d’un rôle et sont parfois un peu trop théoriques. Ensuite, à force de la voir exposer ses doutes et questionnements sur ce qu’elle doit jouer, il est difficile de s’attacher au personnage d’Anna. Elle devient agaçante, alors qu’on aimerait voir ce que le metteur a vu en elle, la luminosité et la fraîcheur qui ont guidé son choix, mais Céline Sallette ne parvient pas à retranscrire cet aspect du personnage.

apres_la_repetition_fanny_cottencon

Mais passé ce premier cap, la pièce entame une montée en puissance qui ne se démentira pas jusqu’au final. En effet, à partir du flash-back, nous entrons pleinement dans le relationnel souvent ambiguë qui unit Vogler, Rakel et Anna, et forcément, plus c’est l’humain qui se dévoile, plus ce que nous voyons est touchant. Fanny Cottençon interprète une femme troublante par sa fragilité, qu’elle cache bien maladroitement derrière la provocation sexuelle et l’excès d’alcool. Elle avait le talent, mais un mariage et une enfant venue trop vite ont suspendu sa carrière en plein envol ; trop dramatique pour en rester là, elle préfère se détruire à petit feu. Vogler lui offre de revenir sur scène pour un petit rôle, mais l’amour propre blessé de l’ex-star a bien du mal à accepter ce compromis. La confrontation de ces deux êtres, c’est une joute qui renvoie aux occasions manquées et à leurs choix de vie : lui, il a réussi mais il a vu cette femme qu’il a aimée en choisir un autre ; elle, elle a une famille mais pleure sa vocation artistique. Chacun réveille en l’autre des relents d’amour et d’amertume.

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Quand nous revenons au présent, et à la conversation entre Vogler et Anna, cette fois le duo fonctionne beaucoup mieux, grâce à la mise en abîme générationnelle permise par la partie précédente, et à un échange beaucoup plus intime. Ils jouent à se raconter leur possible liaison, se tenant au bord du désir sans tout à fait s’y laisser tomber. C’est tout le trouble que peut inspirer une relation de travail très proche, particulièrement entre un metteur en scène et une actrice, qui est mis à jour. Didier Bezace, tout en ironie désabusée, est malicieusement bon.

Enfin, on pourra questionner l’utilisation permanente de la vidéo pendant la représentation. Si ce support peut être un complément intéressant au jeu théâtral, ici, il n’apporte pas grand-chose à ce qui se passe et se dit sur scène, rendant son omniprésence d’autant plus lourde. On retiendra donc surtout qu’Après la répétition est un spectacle qui laisse la part belle aux comédiens. Il devrait intéresser aussi bien les fans de I. Bergman que les amoureux du théâtre, curieux de voir se lever un peu le voile qui cache habituellement les coulisses et les enjeux relationnels entre professionnels.

Après la répétition de Ingmar Bergman, mise en scène de Laurent Laffargue, Athénée théâtre Louis-Jouvet
Avec : Didier Bezace (Vogler), Fanny Cottençon (Rakel), Céline Sallette (Anna)
Crédit photos : Eric Charbeau

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Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
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