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Les fantômes de Sénomagus de Brigitte Allègre

Par Martine Galati • sam 29 nov 2008 • Categorie: Livres

Paru le 1er octobre 2008

Appréciation de Martine niveau 2

Brigitte Allègre enseigne l’anglais dans un lycée d’Aix-en-Provence. Les fantômes de Sénomagus paru aux éditions Actes Sud « un endroit où aller » est son premier roman. Et quel roman ! En quelques 155 pages, la romancière peint une galerie de portraits tous plus savoureux les uns que les autres. Délicats, émouvants, étranges, sournois, voire même délicieusement diaboliques pour certains, tous ces personnages, vivants ou fantômes, nous enchantent et nous entraînent à leur suite dans une folle farandole où le réel n’a de cesse de le disputer au plus bel imaginaire.

couverture Les fantômes de Sénomagus

Au centre de ce roman étrange, il y a Flore Duseuil, jeune femme à l’histoire pathétique qui vient juste de décéder d’une rupture d’anévrisme. Autour d’elle, alors que son âme vient juste de quitter son corps terrestre, gravitent aussi bien des êtres humains vivants que les fantômes des habitants de Sénomagus qui hantent les terres et les jardins de ce village au caractère bien trempé.
De Madeleine Angelin, institutrice à la retraite dont le jardin donne de si belles plantes grâce ou à cause de l’engrais particulier qu’elle y enfouit, à Cécile Auzias sur qui le démon Sirrah a jeté son dévolu et lui fait imaginer le crime parfait pour mieux disposer ensuite de son si beau corps, en passant par Noémie Carbonel petite fille pas si modèle que ça qui envisage avec cynisme toutes les solutions possibles et imaginables pour se débarrasser de ce petit frère qu’elle n’a pas souhaité, sans oublier Constance, la mère de Flore, qui a fui Sénomagus à la naissance de sa fille pour ne plus remettre les pieds dans ce village tellement ennuyeux et qui est bien contrainte d’y revenir au moment où sa fille décède, ne serait-ce que pour s’occuper, à son tour, de sa propre mère, tous ces personnages, tous, ont quelque chose à se reprocher ou à cacher.
Dans le calme apparent des jardins de Sénomagus, les secrets se dévoilent, les esprits s’éveillent, les histoires se murmurent, les sens s’emballent ! On ne sait plus vraiment qui est vivant, qui est mort. Mais est-ce tellement important ? Dans cette danse alerte et entraînante, est-il bien utile de savoir qui a raison ou a tort ? Si tel dessein guidé par un instinct pas forcément bien intentionné a eu raison de s’accomplir ?
Peu nous importe au fond. Ce qui compte dans ce roman étrange et agréable, ce n’est pas de faire la part des choses de façon raisonnable. Ici, de raison, il n’y a pas. Pour une fois, laissons-nous emporter dans le rêve, dans cet orchestre où chaque protagoniste a sa partition à jouer, dans un conte tout simplement.
En dix-sept chroniques tendres et malicieuses, Brigitte Allègre invite ses lecteurs à prendre place à ses côtés et leur confie la plus merveilleuse des histoires. Les récits se mêlent, se rencontrent, s’affrontent parfois mais se complètent en une douce harmonie où la quiétude s’impose et se rapproche au plus près de la paix éternelle jusqu’à l’épilogue des plus surprenants.
Un texte magnifique à l’écriture douce et sensuelle pour le plus majestueux des effets…

Les fantômes de Sénomagus de Brigitte Allègre
155 pages. Editions Actes Sud
Crédit photographique : éditions Actes Sud

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Martine Galati est une des rédactrices Littérature du magazine.
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