L’Art du rire de Jos Houben
Par Delphine Kilhoffer • ven 12 déc 2008 • Categorie: ThéâtreJusqu’au 19 décembre 2008

D’entrée de jeu, Jos Houben, grand énergumène belge polyglotte, nous prévient : nous sommes ici pour un séminaire, un master class plus exactement. Du sérieux, du lourd, en somme. A quel sujet ? Sur le rire bien sûr ! Ce comédien chevronné, dont nous avions pu apprécier le talent en début d’année dans Fragments de Samuel Beckett, sur cette même scène des Bouffes du Nord, revient nous titiller les synapses et la bonne humeur dans un one-man-show décalé.
Pendant un peu moins d’une heure, J. Houben va donc décortiquer sous nos yeux les mécanismes du rire. D’abord, il commence par nous parler de ce qui nous fait homme – logique, puisque le rire lui est propre, même si l’habile comédien ne fait jamais ouvertement référence à la célèbre citation de Rabelais. Entre ses mains dégourdies, nous passons en deux minutes de l’état de larve aquatique à celui d’être humain, et ce dernier, fièrement dressé sur ses deux jambes, marche. Là, J. Houben nous tient déjà dans ces rets : à le regarder traverser encore et encore le plateau en mimant les différentes démarches de l’homme de la rue, on ne peut se retenir, on rit. Et ce n’est que le début.

Où les tours de passe-passe du bonhomme sont particulièrement malins, c’est que plus l’on avance avec lui, plus il nous explique pourquoi la scène à laquelle nous nous apprêtons à assister va nous faire rire. Un spectateur averti en vaut deux, ne peut-on s’empêcher de penser, nous allons bien voir s’il va parvenir à nous amuser si facilement ! Evidemment, c’est le professeur es rigolade qui a raison : nous nous esclaffons très exactement au moment où il avait prédit que nous le ferions. D’ailleurs il n’avait pas manqué de le souligner : avons-nous le choix de rire ? Soudain, cette question qui nous avait fait d’abord hausser les épaules avec désinvolture nous revient avec un tout autre poids.
Serions-nous si facilement manipulables ?
Avec un tel maître en face de nous, il semblerait bien que oui. Les talents de l’homme sont multiples, son sens du timing est parfait, il sait jouer de son corps comme de son visage en virtuose : un hochement de tête, un coup d’œil, des épaules qui changent de position, et voilà qu’il nous évoque quelqu’un ou quelque chose d’autre. Il a la capacité de se transformer à volonté, en poule, chien, vache ou poisson… un bestiaire qu’il va jusqu’à emmener dans une hilarante visite imaginaire au musée. Il est aussi parfaitement à l’aise dans un style du plus pur burlesque, lorsqu’il s’agit de s’empêtrer les pieds dans une chaise ou renverser tout ce qui se trouve à sa portée.

Le titre de son spectacle, l’Art du rire, donne toute la mesure d’une autre des grandes qualités de J. Houben, car à travers lui, c’est à nous, public, qu’il donne le beau rôle. C’est nous qui sommes là à pouffer sur nos sièges, alors que ce comique hors pair, lui, déploie tout son art de faire rire. Il y a une lueur espiègle au fond de son regard qui semble nous dire que tout son vrai plaisir est là, à nous regarder nous réjouir de ses trouvailles, de son bagout comme de ses pantalonnades. Un grand monsieur, vraiment, et pas simplement parce qu’il fait 1,82 m, précision qu’il nous a donné au début de son show.
Le seul petit reproche que nous pourrions lui faire, est qu’on regrette qu’il ne passe pas plus de temps avec nous. L’Art du rire est court, et J. Houben s’en explique, disant qu’il vaut mieux laisser le spectateur sur une petite frustration que sur une overdose. C’est vrai. Et après tout c’est lui le maître de conférence. Ne séchez donc pas son cours magistral, vous vous serez rarement autant réjoui d’un séminaire !
L’Art du rire de Jos Houben, mise en scène de Jos Houben, théâtre des Bouffes du Nord
Avec : Jos Houben
Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
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d’abord merci pour la qualité de cette article, qui nous fait vivre “in live” l’art de Jos Houben,
lorsque je vois ces photos, je ne peux m’empêcher de penser à une empreinte laissée par Mosché Feldenkrais , il y a bien longtemps lors de son passage au Bouffes du Nord avec Peter Brook…peut-être serait-il intéressant de questionner à partir de cette filiation, ce sens unique du corps en mouvement, c’est ce miroir si parfait qui se réfléchit qui déclenche le rire, là où l’automate déclenche l’angoisse de l’inquiétante étrangeté.