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Le Porteur de bonnes nouvelles de Cathy Dutruch et Agnès Kellenberger Valeille

Par Christine Jeanney • dim 14 déc 2008 • Categorie: Jeunesse

Parution en novembre 2008

À partir de 9 ans

Appréciation de Christine niveau 1

« Autrefois, dans les rues de Constantinople, criait chaque matin, un homme replet et réjoui : “le Porteur de bonnes nouvelles” ! Ce conte philosophique nous montre que même lorsque le ciel s’assombrit, le bonheur n’est jamais loin. À condition de savoir le libérer et l’écouter… »

L’écriture de Cathy Dutruch est poétique et charme par certaines trouvailles (« Des chagrins furent abandonnés à la porte de villes. […] L’oubli rongeait déjà ses murs. »). Son style, littéraire et travaillé, joue sur l’exotisme d’un Proche Orient sorti tout droit d’un décor des Mille et unes nuits. Entre loukoum et narguilé, les chats se révèleront être les véritables héros de cette légende. Ils passeront de témoins à acteurs et, de leurs pattes griffues, pèseront sur le destin du Porteur de bonnes nouvelles.

couverture porteur de nouvelles

Les illustrations d’Agnès Kellenberger Valeille s’approchent de l’Art naïf par leur classicisme. Elles sont toutes en courbes et en rondeurs, des dômes du palais du sultan aux dos arrondis des félins. Il y a cohérence entre le texte et l’image qui servent l’un et l’autre à la narration.

Mais, car il y a un mais : si pour faire un bel album, il faut un beau style et un beau dessin, il faut aussi offrir une trame qui fasse sens. La faiblesse du Porteur de bonnes nouvelles est là : l’histoire ne nous laisse ni surpris, ni ému, ni même pensif, ce qui est bien dommage pour un conte qualifié de philosophique dans la 4e de couverture.
C’est que la structure elle-même est sans enjeu : un méchant quasi inexistant, un gentil uniquement victime, et une résolution de problème presque mécanique… Pas de quêtes, pas d’épreuves dans lesquelles se surpasser, pas de nécessité d’utiliser la créativité ou la ruse, pas de mécanismes qui donnent au jeune lecteur la place de s’investir, pas de progrès, pas d’évolution autre que vers un retour à la situation initiale, juste un aller simple en direction du point de départ.

La seconde histoire de cet album, Côté jour, côté nuit, offre à la fois les mêmes qualités et les mêmes défauts que la première. Doit-on choisir entre le jour et la nuit, le sucré et le salé, le noir et le blanc ? Ou peut-on tout aimer en même temps ? Si ce questionnement interpelle un très jeune public, un lecteur de plus de neuf ans aura peut-être besoin de davantage de substance et d’interactions.

Il s’agit donc d’histoires « décoratives », avec une attention portée plus à la forme qu’au fond. Les ressorts psychologiques manquent dans ce monde binaire. Il est préférable d’être joyeux plutôt que triste, d’aimer toutes les couleurs au lieu d’une, ces « morales » tenant finalement du constat, et pas d’une pensée autonome de la part du lecteur.

En poussant la réflexion « philosophique » jusqu’au bout, il y a même de quoi s’inquiéter. Car le Porteur de bonnes nouvelles ne nous demande pas d’agir sur les choses afin de les améliorer, seulement d’être sélectif et de préférer les bonnes nouvelles aux mauvaises, pour qu’elles fassent « tache d’huile ». Se boucher les oreilles, ne pas entendre ce qui est mauvais, est une façon de lutter contre la noirceur du monde. Mais n’y en a-t-il pas d’autres ?…

Le Porteur de bonnes nouvelles de Cathy Dutruch et Agnès Kellenberger Valeille
Aux éditions Alzabane
Crédit photographique : éditions Alzabane

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Christine Jeanney est une ancienne rédactrice Livre du magazine.
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Une Réponse »

  1. “Le porteur de bonnes nouvelles ” ressemble plus à une fable,une légende qu’à un roman.C’est ce qui en fait son charme et sa poésie.Le bonheur et la liberté sont sa portée philosophique.Les illustrations l’accompagnent avec force.Quant à “Côté jour ,côté nuit “,l’histoire est originale et rejoint les mêmes remarques que la précédente.
    Personnellement,j’ai beaucoup aimé cet ouvrage et je le recommande vivement .

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