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A cross the Universe – Justice, Romain Gavras & So Me

Par Labosonic • jeu 18 déc 2008 • Categorie: Musique

Publié le 24 novembre 2008

Appréciation de Labosonic niveau 0

Quand, en 2007, Justice sortait son premier album, marqué d’une croix, il était facile de ne lui trouver que des qualités : une production particulièrement soignée, des mélodies efficaces et un succès commercial à la hauteur de ces exigences. Trop parfait pour être honnête, l’album laissait quand même planer un doute sur le talent de Justice. Le duo n’était-il pas aux Daft Punk ce que le Canada Dry est à la bière ? Il en avait incontestablement la saveur et la couleur mais ne manquait-il pas de l’originalité nécessaire pour causer l’ivresse ?

A ceux qui se posent cette question, l’album A cross the universe n’apportera certainement pas de réponse. Version live de l’album monogrammé, il est l’équivalent artistique de ce que leurs ainés masqués ont réalisé avec Alive 1997 : une nouvelle version, simplement plus brute de décoffrage du précédent opus, un album live qui ajoute de l’énergie à la version studio. Ni plus, ni moins et certainement pas assez significatif pour faire avancer le vrai problème : savoir si Justice a d’autres talents que celui de faussaire.

Across the universe de Justice

Cependant, A cross the universe, le disque, est accompagné d’un DVD éponyme réalisé par la hypissime bande de réalisateurs de Kourtrajmé, en particulier Romain Gavras, déjà responsable du plus que controversé1 clip de Stress. Le film de tournée est un genre bien particulier, qui permet souvent de meux comprendre à qui l’on a affaire, à quel genre d’artiste on est confronté lors que ceux-ci sont emportés dans la spirale quotidienne d’une routine pas forcément conforme à l’image que l’on se fait du sex and drugs and roll2. Un cercle infernal assez éprouvant pour les nerfs : la route, la ville, le show, puis une autre route, une autre ville, etc …

Dès le début de ce qu’il convient d’appeler le film, le ton est donné : l’objet filmique est avant tout un publi-reportage à la gloire du groupe. Le premier micro-trottoir, réalisé à la sortie d’un concert, ne se prive pas d’enfoncer le clou avec autant d’aplomb qu’une publicité lessivielle : « I think theses guys are the new rock’n'roll ». Si les fans le disent devant la caméra après le concert, c’est que c’est vrai !!! Cinq minutes sont écoulées et le message du film est déjà passé.

Le montage, assez convenu dans le genre épileptique et cradingue, alterne ensuite les scènes de la vie quotidienne du groupe durant la tournée : concert (un peu), autobus (trop), séquences backstage (très peu), tourisme (beaucoup), fête (beaucoup). Le déséquilibre des différentes parties parle de lui-même : A Cross The Universe tient plus du film de vacances que du documentaire sur un quelconque processus artistique.

Justice

Et, en toute honnêteté, le tourisme avec Justice n’est à conseiller à personne. L’Amérique que Justice visite dans une sorte de colonie de vacances n’a rien d’attirant et se situe à des années lumières de ce qu’elle est en réalité : hamburgers3, Hooters4, armes à feu et stands de tir5, mariage à Las Vegas d’un des membres du groupe avec une demoiselle dont on se demande légitiment si elle est jockey-slut ou street hooker6, villas avec piscine que le groupe visite avec des intentions d’achat, fêtes aussi somptueuses que décadentes. On ne s’attendait pas un film de Michael Moore, certes. Mais, quand même ! L’obscènité déborde de chaque plan : Le fric, le sexe, l’alcool sont systématiquement exhibés. Tous les clips de gangsta rap7 à côté d’A cross the universe ressemblent à un dessin animé familial de Walt Disney.

Mieux qu’un commentaire global, un morceau choisi synthétise le néant de l’ensemble. L’une des séquences « obligatoires » pour un film de tournée est celle de l’interview, où le groupe se regroupe confronté à des journalistes, pas toujours bien informés, qui réalisent un entretien. Le traitement « Kourtrajmé » de l’ensemble est édifiant : une journaliste québécoise pose une question, on ne verra jamais son visage. Le cadre alterne les gros plans volés sur sa poitrine et ses fesses. Rien de plus. On aurait presque pitié de cette dame qui essaye simplement de faire son travail. Hélas, on serait plutôt envahi de ce même sentiment à propos de celui qui tient la caméra : passées les premières poussées hormonales de l’adolescence, on ne considère plus tout membre du sexe opposé uniquement comme du gibier.

Pour résumer la vacuité d’A cross the universe, il suffit de dire qu’il se passe sur l’écran autant de choses que dans les toilettes d’une boîte de nuit à la mode : name-dropping futile, conversations affligeantes teintées de machisme et de stéréotypes, attitudes branchées de poseurs qui dissimulent mal derrière une excentricité de façade leur inculture crasse. Ce soit-disant documentaire n’est que le spectacle pitoyable de la médiocrité humaine et il ne réussira qu’une performance : vous dégoûter de vos congénères plus efficacement que le plus mauvais des programmes de télé-réalité.

A cross the universe, le disque ne nous a pas appris forcément appris grand-chose sur Justice. Par contre, le DVD qui le complète nous apporte, en plus de la nausée, une information : Daft Punk avaient réussi à accorder son univers musical avec des gens aussi talentueux que Blanca Li, Michel Gondry, Spike Jonze, Kazuhisa Takenouchi. Justice, eux, travaillent avec Romain Gavras.

A cross the universe, Justice, DVD réalisé par Romain Gavras & So Me et publié chez Warner.

Crédit photographique : Justice, Warner.

  1. Le clip est doublement sujet à polémiques. En effet, non seulement, son propos était ultra-violent, mais, sur le plan formel, il s’inspirait énormément, doux euphémisme, du travail de Chris Cunningham pour le clip de Come to Daddy d’Aphex Twin. []
  2. A ce sujet, The Year Punk Broke de Dave Markey constitue un chef d’œuvre du genre qui permet de mieux cerner les personnalités aussi diverses qu’attendrissantes de Sonic Youth et Kurt Cobain. []
  3. On notera d’ailleurs, pour l’anecdote, que le groupe dispose d’une telle maîtrise de la langue de Shakespeare qu’il peine à commander une boisson. []
  4. Cette chaîne de restauration est surtout connue pour la qualité de son service qu’autre chose. On y embauche exclusivement de jeunes filles aux décolletés plongeants. []
  5. La séquence d’initiation quasi mystique aux armes à feu : « Quand tu tires, tu regroupes les cinq éléments » est digne des meilleurs aphorismes de Jean-Claude Vandamne. []
  6. Dans un souci de bonne tenue de Culturofil, l’auteur de l’article vous invite à consulter l’Urban Dictionary pour y découvrir de nouvelles grossièretés dans une langue étrangère. []
  7. Ceux-ci sont pourtant parfois borderlines. []
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2 Réponses »

  1. [...] – A cross the Universe : pour la deuxième année consécutive, Justice fait faire la grimace à l’heure des bilans. [...]

  2. D’accord avec toi, si on veut voir Justice en live et les apprécier pour leur musique c’est pas avec le documentaire qu’on va y arriver!!

    Ma critique est ici: http://www.eclectic-touch.fr/2009/01/06/sex-drugs-electro-a-cross-the-universe/

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