Et si on partait ! de Clotilde Chevalier et Marie Le Guennic
Par Delphine Kilhoffer • ven 26 déc 2008 • Categorie: ThéâtreJusqu’au 31 janvier 2009
Critique suivie d’un entretien avec Clotilde Chevalier et Marie Le Guennic

Pas de doute, avec Et si on partait !, nous sommes bien dans le registre du café-théâtre, où l’histoire rebondit à coup de gags. Ségolène, jeune cadre parisienne, organise un dîner chez elle. Ils devaient être six, elle se retrouve en tête à tête avec sa copine Géraldine, une fille sympa mais gentiment nunuche. Ainsi abandonnées, on sent le vague à l’âme pointer en cette soirée d’août, sauf que les deux amies vont avoir un éclair de génie : il leur reste une semaine de congés – et si elles partaient dès demain loin de Paris se faire bronzer et s’aérer les neurones ? Une soirée devrait suffire à tout organiser, enfin… peut-être !

La bonne nouvelle, dans ce genre finalement assez casse-pipe, c’est que Clotilde Chevalier et Marie Le Guennic sont vraiment drôles et ne manquent pas d’idées. En caractérisant immédiatement leurs personnages, elles mettent en place la base classique mais imparable du duo que ses dissemblances rendent comique. Elles n’hésitent pas à utiliser tous les outils existant : jeux de mots, situations ridicules, détournements de publicités, clins d’œil à des références culturelles populaires, etc. L’autodérision ne leur fait pas peur non plus, ce qui rajoute au charme de l’ensemble.
Pendant un peu plus d’une heure, elles nous embarquent dans leur soirée et leurs plans foireux tambour battant. Si quelques piques sont un peu moins réussies, la plupart fonctionnent très bien. On doit d’ailleurs reconnaître aux deux jeunes femmes un bon sens de l’observation qui fait que bien des scènes vont vous rappeler des situations connues… Notamment, la prochaine fois que vous tomberez sur un service vocal de réservation, il y a fort à parier que vous repenserez aux deux compères et que vous allez regarder votre téléphone d’un autre œil.

La mise en scène est efficace. Une bonne utilisation des lumières, des musiques et des enregistrements sonores permet des changements d’ambiance réussis ainsi que l’ajout de personnages, ce qui évite d’enfermer les deux comédiennes dans leur tête à tête. Un des sommets du spectacle est d’ailleurs une épique conversation entre Ségolène et sa grand-mère qui n’a plus toute sa tête, la jeune femme désespérant de ne jamais arriver à lui faire comprendre quoi que ce soit.
Et si on partait ! ne révolutionne certes pas le genre, mais en a intégré avec intelligence tous les codes. Ceci, allié à la belle énergie de ses jeunes auteures et interprètes, a de quoi motiver le public pour être au rendez-vous. Les spectacles d’humour de bonne facture et tenant le rythme du début à la fin ne sont pas si nombreux, il serait donc dommage de passer à côté de celui-ci.
Et si on partait ! de Clotilde Chevalier et Marie Le Guennic, mise en scène de Clotilde Chevalier, Marie Le Guennic et David Ferreira, Bouffon théâtre
Avec : Clotilde Chevalier (Ségolène), Marie Le Guennic (Géraldine)
Trois questions (et demie !) pour vous présenter…
Clotilde Chevalier et Marie Le Guennic, auteures et interprètes
Comment vous êtes-vous rencontrées ?
Clotilde Chevalier : On est issue de la même école qui s’appelle Choreia, une école de comédie musicale, où on travaille la danse, le chant et le théâtre. On y était tous les trois, mais pas dans la même classe, enfin David (Ferreira, le metteur en scène) et Marie étaient ensembles et moi j’étais toute seule. On se connaissait sans vraiment être amis et après c’est…
C.C. et Marie Le Guennic (en choeur) : Un concours de circonstances !
C.C. : On avait une connaissance commune, Marie est partie dans une autre école. J’ai rencontré l’un de ses professeurs par un biais tout à fait hasardeux et après…
M.L.G. : Il nous a contacté pour faire une comédie musicale et c’est comme ça que nous nous sommes retrouvées.
C.C. : On a travaillé sept jours non-stop ensemble.
M.L.G. : Là, les liens, soit tu les créés, soit tu les créés pas !
C.C. : C’était dix heures de travail par jour, on ne dormait pas beaucoup… mais on s’amusait beaucoup, et du coup on a créé une vraie amitié. C’était en juillet 2007, et en août, on s’est demandé si l’on n’allait pas partir ensemble en vacances…
Est-ce que cela veut dire que vous avez eu l’idée du spectacle à partir d’un fait réel ?
C.C. : Le spectacle est né d’une vraie soirée qui s’est passée, comme nous le disons, le 6 août 2007. Tu serais surprise de savoir tout ce qui est vrai ! (Rires) Donc on devait être six, on se retrouve deux, on a envie de partir en vacances, mais on ne sais pas comment. Alors on se met un DVD qui s’appelle…
C.C. et M.L.G. (en chœur) : Gary et Linda !
C.C. : Avec Andy McDowell et Andy Garcia. J’étais sur internet et je disais qu’il fallait qu’on fasse quelque chose. On n’avait pas de sous à l’époque…
M.L.G. : On n’en a toujours pas…
C.C. : Oui, d’ailleurs, venez nombreux, car on n’en a toujours pas ! (Rires) Et puis voilà, on est parties, et après douze heures de trajet sur les nationales 6 et 7, on arrive à destination, on se pose sur une plage.
M.L.G. : Et là, on se dit, si on écrivait notre aventure ?
C.C. : C’était un peu en rigolant. Et puis il y a eu une énorme étoile filante qui a traversé le ciel pendant trois secondes…
M.L.G. : Avec en plus une lune rouge ! On est pas méga superstitieuses, mais là ça faisait beaucoup.
C.C. : On s’est dit, on a de la chance, faut qu’on fasse quelque chose. A la rentré nous avions toutes les deux nos propres projets, mais on a commencé la création de Et si on partait ! en janvier 2008.
Finalement, vos vraies vacances de rêve, ce serait quoi ?
C.C. : J’ai un rêve depuis très très longtemps, mais il est encore impossible à réaliser à cause de la technique, c’est de faire le tour du monde pendant un an en hélicoptère. En m’arrêtant dans tous les pays. Ce n’est pas possible car les hélicoptères ne peuvent pas encore traverser tous les océans. (Rires)
M.L.G. : Ce serait des vacances aventurières, en Egypte, en Inde ou au Tibet… Partir à l’aventure.
La version féminine d’Indiana Jones ?
M.L.G. : Exactement ! (Rires)
Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Delphine Kilhoffer


[...] Une interview des actrices sur ce site : Culturofil. [...]