Bilan littérature (forcément subjectif) de l’année 2008
Par Christine Jeanney • sam 3 jan 2009 • Categorie: Livres
Beaucoup de bonnes surprises cette année 2008, et pas forcément relayées par la presse spécialisée…
Cinq livres marquants de l’année 2008 :
Patrick Renou – Seuls les vivants meurent est un livre bouleversant dans la forme et le fond. Une écriture fine, un sens de la langue poussé, précis, poétique, cultivé, sans une once d’arrogance. Le lyrisme qui traverse cette écriture est loin du désuet, et le thème est d’une telle force qu’il est vraiment frustrant de ne pas avoir vu les critiques célébrer ce roman comme il le méritait. Une humanité profonde porte Seuls les vivants meurent. C’est rare.
Annie Dillard – L’amour des Maytree, une fois refermé, laisse des sensations, odeurs, couleurs de bord de mer. Dans le décor, la silhouette de Lou Maytree s’avance, un peu floue, mais reconnaissable entre mille, comme une amie perdue de vue il y a bien longtemps. Annie Dillard est une grande enchanteresse qui s’empare du minuscule pour nous montrer l’universel. De quoi attraper la nostalgie de Cape Cod, sans jamais y être allé.

Zoyâ Pirzâd – Un jour avant Pâques, un jour particulier, qui revient plusieurs fois dans une vie. L’air de rien, sans effet de manche, avec un style simple et un thème simple en apparence, par quel mystère Zoyâ Pirzâd arrive-t-elle à nous donner l’envie de rencontrer Edmond, de nous assoir à côté de lui, de boire du thé en sa compagnie en lui demandant des nouvelles de sa fille ? Une ambiance délicate et prégnante… Un régal !
Göran Sahlberg – Le jour où le temps s’est arrêté se trouve au centre : tout y mène et tout en découle. Derrière l’imagination drolatique, les enjeux sont réels, mais Sahlberg ne les montre jamais du doigt. Il fait confiance au lecteur et le laisse deviner ce qui plombe les épaules de son jeune héros. On reste saisi devant les images que ce livre a fait naître. Un premier roman à ne pas rater.
Nancy Huston – L’espèce fabulatrice n’est pas un roman, mais un essai. Nancy Huston s’arrête un instant pour disséquer la littérature, trouver le pourquoi du comment, et nous donner ses pistes, ses réponses, ses réflexions, ses conclusions. Et comme cette femme est diablement intelligente, et qu’elle manipule elle-même brillamment la matière première dont elle parle, on admire.


Rien de pire que la déception devant des promesses non tenues. Trois livres qui n’ont pas respecté le contrat tacite qui existe entre auteur et lecteur…
Trois flops de l’année :
Harriet Marin – Très à l’Ouest d’Eden, on pensait trouver du piquant, du drôle, de la répartie élégante, de la satyre pétillante et finaude… Et l’on s’est retrouvé dans un décor de carton-pâte, avec des marionnettes et des poncifs vaguement réactionnaires. Brrr…
Justine Augier – Son absence est celle de son personnage, Aria. Qui est-elle ?… Impalpable, Aria n’est faite que d’air, et les mots ne l’ont pas attrapée. Snif…
Nathalie Rheims – Le chemin des sortilèges devait avancer vers l’onirisme et longer les abords d’un château de la Belle et la Bête, filmé à la Cocteau. Mais il s’est enroulé sur lui-même, est devenu escargot ou nombril, et n’a pas mené à la destination annoncée sur le dépliant.

Ce dont on aurait bien voulu parler, mais les aléas de la vie étant, par nature, aléatoires…
Quatre absents de cette rubrique littérature :
Jean-Marie Blas de Roblès – Là où les tigres sont chez eux : parce que la démesure du projet et son ambition ne pouvait qu’allécher. Heureusement que ce livre n’a pas attendu une chronique sur Culturofil pour être récompensé (Prix Médicis, Prix du roman Fnac, Prix du Jury Jean Giono 2008).
Armistead Maupin – Chroniques de San Francisco Tome 7, Michael Tolliver est vivant : parce que même si l’attrait de la nouveauté qu’était le tome 1 de ces chroniques s’est un peu estompé, diable, c’est quand même quelque chose !
Amélie Nothomb – Le fait du prince : parce que les articles centrés sur son chapeau ou ses goûts qualifiés d’excentriques sont exaspérants (un écrivain qui porte des chemises à fleurs est-il plus pertinent ou moins percutant qu’un écrivain qui mange ses nouilles sans fromage râpé, hum ?). Parce que ses succès de vente ou ses apparitions médiatisées font qu’on oublie qu’elle a écrit des livres forts comme sa Biographie de la faim, par exemple. Parce que derrière l’écran de fumée de son vedettariat, il y a une auteure hors norme.
Mélanie Wallace – La Vigilante : parce que la façon dont parle cette écrivain discrète – trop discrète – de la littérature est inhabituelle et profonde, qu’elle vit au milieu d’un hameau perdu et se consacre à travailler les mots, sans fioritures, sans égoïsme, et les yeux tournés vers le monde.
Crédit photographique : les éditions Le Temps qu’il fait, Christian Bourgois, Zulma et Actes Sud
Christine Jeanney est une des rédactrices Littérature du magazine.
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Je mets aussi L’espèce fabulatrice de Nancy Huston dans mes lectures préférées de l’an 2008. Je suis une passionnée de Nancy Huston. Sans limite.
ficelle, toutes les admiratrices de Nancy Huston bénéficient de ma sympathie immédiate, ainsi que d’un abonnement gratuit et illimité à la totalité des pages de Culturofil (on travaille actuellement à les doter en prime de conditions météorologiques spécifiques et agréables. Mais c’est pas simple).
N’ayez pas de remords pour Le fait du Prince, ce roman a à peu près aussi peu d’intérêt qu’on a fait de tapage pour le vendre.