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Erik Nietzsche de Jacob Thuesen

Par Eva Markovits • mer 7 jan 2009 • Categorie: Cinéma

En salles en France à partir du 7 janvier 2009.

A priori, une école de cinéma est la meilleure formation à suivre pour devenir un professionnel. Sauf l’Ecole danoise du Cinéma selon Erik Nietzsche – aucun rapport avec le philosophe. Erik Nietzsche est un cinéaste danois peu connu qui a publié ses mémoires sous un pseudonyme. Lars Von Trier en a écrit le scénario et Jacob Thuesen s’est chargé de la réalisation. Jacob Thuesen est l’un des monteurs phares du cinéma danois et il a notamment monté pour Lars Von Trier. Il s’est fait remarquer en 2005 au festival de Berlin pour son premier film, Accused. Erik Nietzsche est le récit d’un jeune homme persuadé que le cinéma est son mode d’expression artistique de prédilection. Il postule à l’Ecole danoise du Cinéma, est accepté en 1979 et découvre un milieu très particulier. Timide et naïf, cette expérience le rend cynique et corrompu. Dans une interview, Erik Nietzsche déclare : « Cette histoire ne demandait qu’à sortir. On ne peut pas endurer éternellement l’injustice et la trahison. C’est une histoire qu’il fallait raconter. » A la question « Qu’est-ce que l’Ecole nationale de cinéma représente pour vous? », il répond : « Rien en termes de formation et d’inspiration artistique. En tant qu’institution, en revanche, l’école m’a dévasté sur le plan spirituel. » La rancœur semble ronger le cœur de cet artiste.

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Le film porte un discours effectivement assez violent sur l’inefficacité de l’enseignement que dispense l’Ecole mais sur un mode presque toujours comique. Un comique souvent grossier, parfois drôle. Ce demi-échec amoindrit la force du propos. La caricature est au rendez-vous et le film ne relevant pas souvent le défi, il tombe lui-même dans la caricature. Quelques moments poétiques parsèment ce film comme les très belles images en Super 8 qui sont l’œuvre de Lars Von Trier. Il s’est lui-même farouchement opposé à ses professeurs lorsqu’il était élève à l’Ecole danoise du cinéma ; ils sont d’ailleurs ici présentés comme des sadiques, des obsédés sexuels et des ratés frustrés.

Quelques scènes sont réellement drôles, comme le film que tourne un des élèves qui se prend pour Brian de Palma dont le résultat est lamentable. Notre héros, quant à lui, est déterminé à porter Sade à l’écran mais se heurte à la censure de ses professeurs. Erik va alors combattre la rigidité et l’hypocrisie de ses supérieurs hiérarchiques. Une bonne partie des situations sont authentiques, ce qui laisse quand même à réfléchir. Dénoncer le formatage et la médiocrité d’institutions nationales telles que celle-ci est une action importante et militante. Cela pose la question de la valeur et de la justification de l’existence d’un enseignement artistique dans le cadre d’une école et donc des règles et des limites qu’elle suppose. Surtout dans le pays de Carl Theodor Dreyer ou Gabriel Axel.

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Cette révolte fait sûrement partie des raisons pour lesquelles Lars Von Trier et Thomas Vinterberg se sont associés pour créer le mouvement cinématographique du Dogme95 qui est proclamé officiellement et publiquement le 20 mars 1995 au Théâtre de l’Odéon lors d’une rencontre sur le centenaire du cinéma. Et pourtant, il est impossible de ne pas commenter la rigidité de ces « dix commandements » cinématographiques, supposés s’opposer au formatage des superproductions anglosaxonnes et dont la rigidité y est mille fois supérieure ! Il a cependant pris fin en 2005, les deux réalisateurs se rétractant de cet engagement artistique. Le cinéma danois a donc une histoire compliquée.

Le propos du film est certes important mais le film lui-même ne l’est pas. L’acteur principal, Jonatan Spang, passe un peu trop de temps aux toilettes et le sourire s’efface lentement de nos visages, la patience prenant le relais. Pas sûr que ce film ait été approuvé par les professeurs de l’Ecole danoise du Cinéma.

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Erik Nietzsche, un film de Jacob Thuesen, un scénario de Lars Von Trier, d’après les mémoires de Erik Nietzsche.
Avec : Jonatan Spang (Erik Nietzsche), David Dencik (Zelko), Therese Damsgaard (Karine), Mile Hoffmeyer Lehfeldt (Margrethe).
Musique : Vincent D’Hondt.
Durée : 92 minutes.
Crédit photographique : Les Films du Losange.

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Eva Markovits est une des Rédactrices Cinéma du magazine.
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