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Slumdog Millionaire de Danny Boyle

Par Cédric Le Men • mer 7 jan 2009 • Categorie: Cinéma

Sortie prévue le 14 janvier 2009

Appréciation de Cedric niveau 2

Difficile de comprendre quoi que ce soit à la filmographie du réalisateur anglais Danny Boyle… Après un début de carrière au théâtre, le jeune artiste, aujourd’hui quinquagénaire, s’est plongé dans le milieu de la télévision en tournant notamment quelques épisodes d’Inspecteur Morse entre 1990 et 1992, avant de tourner son premier long-métrage en 1994, une comédie noire intitulée chez nous Petits Meurtres entre amis1. Fort du succès rencontré par ce film de petite envergure, il tourne ensuite le film qui aura marqué toute une génération : Trainspotting2. Film maussade, à mi-chemin entre la comédie lugubre et le drame franchement glauque, Trainspotting confère à son réalisateur le statut d’artiste culte du jour au lendemain. Statut qui s’effondrera peu après avec Une vie moins ordinaire, comédie sentimentale loufoque qui ne rencontre jamais son public – et encore moins ses objectifs. La Plage, en 2000, marque le retour de l’Anglais trois ans plus tard dans un film ni fait, ni à faire, mais une fois encore, Danny Boyle change de registre. Son film suivant – ou plutôt le film suivant à nous parvenir, puisque deux de ses films resteront inédits chez nous3 – est encore une fois une nouveauté, puisqu’il s’agit du très bon 28 Jours plus tard, film d’horreur mettant en scène des humains infectés par un virus, aux allures de zombies dopés aux anabolisants. Après Millions, sorti plus que confidentiellement chez nous en 2005 et Ponte Tower, toujours inédit, Boyle revient en 2007 avec son plus grand film, et de loin, Sunshine. Et c’est après cette magnifique fresque épique, colossal film de science-fiction – encore que… – teinté de mysticisme et de métaphysique que Danny Boyle vient encore nous prendre à contre pied avec Slumdog Mlllionaire, tiré du livre de Vikas Swarup, Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devient milliardaire.

Ce film, contre toute attente, nous narre les aventures incroyables d’un petit garçon des bidonvilles de Mumbai – alors encore appelée Bombay – et de son frère, et leur lutte pour la survie, dans un milieu plus qu’hostile. Dans leur périple, Jamal et Salim rencontreront la petite Latika, et un jeu de chassé-croisé entre les trois protagonistes ne tardera pas à s’installer, Jamal s’étant éperdument épris de Latika, et Salim ayant choisi une voie pour le moins discutable. Rien de bien original me direz-vous, si ce n’est que tout ce beau monde et cette belle histoire prendront leurs marques autour d’un épisode de la version indienne de Qui veut gagner des millions ?, la célèbre émission d’envergure internationale. À la place de notre bon vieux Jean-Pierre Foucault, le célèbre Anil Kapoor4 et face à lui, le jeune Dev Patel dans le rôle d’un Jamal qui devra aller chercher dans les tréfonds de sa mémoire afin de trouver les réponses aux questions qu’on lui posera. Soupçonné de tricherie alors qu’il atteint la coquette somme de dix millions de roupies5, il sera arrêté par la police et questionné afin de justifier ses réponses.

C’est donc d’une mise en abyme qu’il s’agit, une histoire dans l’histoire, qui n’aura pour but que de permettre à Jamal de raconter sa vie, son amour pour Latika et son besoin de la retrouver. Le film s’articule donc exclusivement autour de son ressenti, de sa façon – plutôt naïve – de voir le monde. Un regard qui nous permet de mieux découvrir l’Inde, loin du cliché touristique, mais encore plus loin du cliché misérabiliste et sensationnel qui ne nous montre qu’une Inde pauvre et vouée à l’échec. Là encore, se posait la question de la crédibilité de Danny Boyle, réalisateur occidental s’il en est, et à la vision forcément biaisée par l’impact des médias sur notre appréhension du monde. C’est en cela que l’artiste est une première fois inspiré, en faisant appel à Loveleen Tandan comme co-réalisatrice et directrice de casting, qui se chargera d’une grande partie de tout ce qui est montré de l’Inde, à savoir un pays en voie d’expansion, qui cherche avant tout à se réhabiliter, à l’instar de son voisin chinois.

Autre bon point, la narration, qui comme je le disais plus tôt, rend original un récit qui ne l’est pas vraiment. Mais les personnages sont à ce point touchants et très bien interprétés qu’il est difficile de ne pas s’y attacher. Malgré sa naïveté (ou peut être à cause de celle-ci), le personnage de Jamal est troublant de justesse, vibrant d’humanité et de tendresse, et ça fait du bien au cœur. Le film est par ailleurs à l’image du personnage principal, une petite douceur qui s’avale avec plaisir, malgré certains passages plus durs car inscrits dans une réalité historique qui, bien que lointaine pour nous autres occidentaux, ne peut pas – et ne doit pas – non plus nous laisser totalement indifférent. On remarquera aussi la performance étonnamment juste de l’ensemble des enfants du film, qui parviennent à conférer une certaine épaisseur à leur personnage tout en semant les prémices de ce qu’ils sont finalement « destinés » à devenir par la suite. Quand on connaît les difficultés à tourner avec des enfants, on ne peut que féliciter le travail de Danny Boyle et surtout Loveleen Tandan, qui est pour beaucoup dans la direction des jeunes acteurs, qui s’expriment naturellement en hindî.

Techniquement parlant, le film ne s’encombre pas d’artifices, la photographie de Anthony Dod Mantle est à mi-chemin entre l’Inde de carte postale et celle, plus sombre, que l’on a coutume de voir. Une vision qui cherche manifestement à traduire un certain réalisme, à l’image de ce qu’Anthony Dod Mantle avait déjà fait en 2007 sur Le Dernier roi d’Écosse de Kevin Macdonald. On ne verse donc jamais dans la sur-esthétisation caractéristique d’un certain cinéma Indien, le film n’étant finalement que le reflet des souvenirs de Jamal qui sont, par définition, ancrés dans la réalité de son douloureux passé.

Un film qu’il fait bon voir et qui remue un peu le cœur. Danny Boyle nous surprend une fois de plus en allant faire un film là où on ne l’attendait pas – au sens figuré comme au sens propre – et en se permettant le luxe de nous offrir au passage un petit aperçu de ce que l’Inde signifie véritablement aujourd’hui.

Une sacré surprise, donc. Et ça sera mon dernier mot !

Slumdog Millionaire, un film de Danny Boyle, scénario de Simon Beaufoy d’après le roman Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devient milliardaire de Vikas Swarup.
Avec : Dev Patel (Jamal Malik), Anil Kapoor (Prem Kumar), Irrfan Khan (L’inspecteur), Madhur Mittal (Salim) et Freida Pinto (Latika).
Musique : A. R. Rahman.
Photographie : Anthony Dod Mantle.
Durée : 120 minutes.
Crédit photographique : Pathe Distribution.

  1. Notons que la fantaisie des distributeurs aura encore frappé, puisque le titre original, Shallow Grave, signifie littéralement « Tombe peu profonde ».[]
  2. Et pour cette fois-ci, nous pouvons remercier les distributeurs de ne pas avoir cherché à traduire ce titre…[]
  3. Vacuuming Completely Nude in Paradise en 2001 et Alien Love Triangle en 2002.[]
  4. L’acteur, peu connu par nos contrées, a tourné en Inde dans plus d’une centaine de productions.[]
  5. Presque cent cinquante mille euros tout de même…[]
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Cédric Le Men est un des rédacteurs Cinéma du magazine.
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