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Beautiful Thing de Jonathan Harvey

Par Delphine Kilhoffer • ven 16 jan 2009 • Categorie: Théâtre

Jusqu’au 1er mars 2009

Appréciation de Delphine niveau 1

Comment peut-il naître « quelque chose de beau » dans cette entrée d’immeuble bétonnée de la banlieue de Londres ? Les familles qui y habitent respirent la pauvreté, la folie ou la violence : pas de quoi inspirer Jamie et Ste, deux adolescents de 16 ans qui essayent de survivre dans cet environnement guère idyllique. Et pourtant, l’amour – toujours lui – va venir teinter de rose la grisaille. La pièce de Jonathan Harvey, bien connue en Angleterre où Beautiful Thing se joue régulièrement depuis une vingtaine d’années, est ici présentée pour la première fois en version française.

Certains se souviennent peut-être de la très sympathique adaptation cinéma de Hettie MacDonald, sortie en 1996, qui avait fait traverser la Manche à cette histoire fort bien écrite, traitant avec tact de l’éveil au désir et de la découverte de l’homosexualité. L’auteur évoque la peur du regard de l’autre, du rejet, de la labellisation dont souffrent ceux qui ne font pas partie de la « norme », de toute la difficulté à s’accepter pour qui on est, avec ses contradictions et ses différences. C’est un récit d’initiation qui montre comment l’amour (au sens large) peut amener chaque personne à s’assumer.

Beautiful Thing (Ivan Cori et Matila Malliarakis)

Si elle illustre le propos, la mise en scène de Kester Lovelace ne sort pas des sentiers battus. L’ensemble reste assez sage, alors que le texte gouailleur de Jonathan Harvey a le potentiel pour libérer plus d’énergie créatrice. En cela, on apprécie le travail de traduction de Pascal Crantelle, qui a réussi à transposer de façon vivante le parlé de la banlieue londonienne et à rendre tout le mordant des dialogues originaux. Mais par exemple, sous la direction de Kester Lovelace, le truculent personnage de Leah (Aude-Laurence Clermont), une jeune fille fan de Mama Cass, à la langue digne de la Zazie de Raymond Queneau, devient agaçant à force de passer son temps à bouder. Or, il devrait y avoir en elle quelque chose d’attachant, ne serait-ce que par son énergie vitale détonnante qui ne ressort malheureusement pas assez dans cette version.

Beautiful Thing (Simon Hubert et Tadrina Hocking)

Quoique cela soit surtout flagrant vis-à-vis de Leah, dans l’ensemble, la direction d’acteurs pourrait donc aller plus loin. Matilla Malliarakis propose un Jamie très naturel, à l’adolescence à fleur de peau, alors qu’Ivan Cori amène une prestation plus poussive, ce qui atténue la crédibilité de Ste. Par contre, on peut difficilement rester insensible à l’abattage comique de Tadrina Hocking, qui compose une mère à la fois forte et touchante, dont la verve colorée lui sert à défier tous les problèmes qui se dressent sur son chemin. Il faut la voir dans ses joutes verbales avec Leah ou son fils Jamie, ou encore dans sa relation de femme dominante avec son jeune amant Tony. Ce dernier est interprété par Simon Hubert qui réussit ici une solide composition en mec « cool » qui n’a pas vraiment grandi et pense que se rapprocher du fils de sa petite amie veut dire partager un joint avec lui.

Bien qu’ici la pièce n’atteigne pas tout son potentiel émotionnel, c’est néanmoins une honnête adaptation de Beautiful Thing, qui devrait donner l’occasion de faire connaître le travail du dramaturge Jonathan Harvey en France. Tant mieux, car si l’on en juge par ce texte, son écriture en vaut la peine.

Beautiful Thing de Jonathan Harvey, mise en scène de Kester Lovelace, Vingtième Théâtre
Avec : Matilla Malliarakis (Jamie), Ivan Cori (Ste), Tadrina Hocking (Sandra), Simon Hubert (Tony), Aude-Laurence Clermont (Leah)
Crédit photos : Carole Desheulles

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Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
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4 Réponses »

  1. Bonjour Delphine Kilhoffer

    Je suis allé voire BEAUTIFUL THING le dimanche 11 janvier en tant que Photographe et je trouve votre critique sur l’interpretation de Leah (Aude Laurence Clermont) très sévère ! Vous devriez mieux observer et je vous conseille d’ apprendre à utliser une longue focale pour mieux critiquer ce qui vous ai offert !!!…..Pour ma part, j’ ai trouvé cette jeune Actrice brillante et pleine d’ énergie ! Bref :Une belle présence sur scéne .Si vous voulez des preuves , je peux vous envoyer (gracieusement) des images qui parlent mieux que vous !!!……
    Amicalement et bon couragel !!!……
    Serge Rivoallon

  2. Si vous lisez attentivement ma critique, vous noterez que si je suis “sévère” c’est vis-à-vis de la direction d’acteurs plutôt que par rapport à Aude-Laurence Clermont. Je pense que le metteur en scène l’a poussée dans une direction qui manque de subtilité, trop uniforme. Pour avoir vu la pièce dans deux autres versions, je peux vous assurer qu’il est possible de faire de Leah un personnage plus riche.

    Sur ce, une critique a toujours une part de subjectivité, et je comprends tout à fait que vous puissiez avoir un avis différent du mien. Au final, tant mieux si vous avez été touché et que votre expérience aie été si positive.

  3. Re bonjour Delphine
    Je n ai pas eu la chance de voire les ” autres versions ” comme la plus part des spectateurs !!!…
    J’ éspère que leurs avis ne se forgerons pas seulement sur des critiques de comparaison .
    Salutation à tous , aux jeunes Acteurs et au Théatre du Vingtiéme .
    Serge

  4. Je venais pourtant de passer une journée chargée en émotions au rythme de visites effrénées de galeries dans lesquelles exposaient des artistes que j’aime. Et me voici samedi soir dernier 21h35 devant Beautiful Thing, éreinter je pensais passer à côté de la pièce et en plus il me restais de vague souvenir du film.
    Mais naïf que j’étais, j’avais oublié à quel point un thème aussi fort que la découverte de son homosexualité tout comme celle de la sexualité dans l’univers macabre de la violence familiale et du regard des autres, allait m’émouvoir sans commune mesure.
    Du rire, aux larmes, de la tendresse à une sensualité émoustillant les sens. Voilà ce que je reconnais être une perfection en terme de sensibilité.
    Le sujet de cette pièce aussi percutant soit-il, serait loin de nous amener ” à prendre de plein fouet ” le désarroi, la crainte, l’exaltation, la joie, la fureur s’il n’y avait le jeu exceptionnel des acteurs.
    A tous je vous dis un grand merci pour m’avoir ainsi tirer vers des sentiments parfois oublié, ne serait ce que l’Amour ou encore la Tolérance.
    Je tiens à témoigner encore plus de reconnaissance à Mitala qui à fait chavirer mon coeur (tu es d’une beauté à faire pâlir d’envie tous les jeunes éphèbes qui ont inspirés tant de peintres ou encore sculpteurs) et à raviver en moi la flamme de l’espérance.
    Mon compagnon quant à lui aura été plus atteint par Ivan, tant par son interprétation que par son physique.
    Tous nous devrions trouver dans cette pièce et ses acteurs ce qui peut manquer à notre psychique pour enfin savourer les quelques minutes de bonheur qui nous sont octroyées et que souvent nous laissons passées sans nous en rendre compte.
    J’espère pouvoir encore m’exalter devant Beautiful Thing, Matila, Ivan, Aude-Laurence, Tadrina ou Delphine et Simon.

    A BIENTOT ET MERCI ENCORE…

    SAMUEL TOUGERON