culturofil_header.jpg

Jeux doubles de Cristina Comencini

Par Delphine Kilhoffer • ven 23 jan 2009 • Categorie: Théâtre

Jusqu’au 1er février 2009

Appréciation de Delphine niveau 1

Jeux doubles propose une affiche alléchante : quatre comédiennes de haut niveau dirigées par une metteuse en scène dont, la saison dernière, la version de La Femme d’avant de Roland Schimmelpfennig nous avait emballée. Cinq femmes de talent pour nous présenter un texte qui parle justement de l’identité féminine et de son évolution sur deux générations… On s’attendait au meilleur, mais ce n’est « que » bien, et ce à cause du texte justement.

Jeux doubles

L’idée de départ est pourtant bonne : dans les années 1960, quatre femmes se retrouvent une fois par semaine pour jouer aux cartes mais surtout se confier les joies et tristesses de leurs vies d’épouse et de mère. Une quarantaine d’années plus tard, ce sont leurs filles que l’on retrouve et qui, à leur tour, se racontent. Brillant concept que cette mise en perspective générationnelle, mais la vision de l’auteure italienne Cristina Comencini est bien limitée. En 2009, définir l’identité féminine par les questions de la maternité et du travail est pour le moins réducteur. On reste sur sa faim, on aurait souhaité que l’exploration du statut féminin aille plus loin, ose s’attaquer à des aspects moins évidents, voire plus polémiques, plutôt que de soulever des choses aussi attendues.

Jeux doubles - années 1960

La frustration est d’autant plus grande que, dirigées d’une main de maître par Claudia Stavisky, les comédiennes Ana Benito, Marie-Armelle Deguy, Corinne Jaber et Luce Mouchel nous offrent de superbes performances. On croit immédiatement à l’intimité de ces quatre femmes pourtant si différentes. Le ton est drôle, souvent émouvant. Ensuite, leur transformation dans le deuxième acte est tout simplement exemplaire. Chacune réussit à garder quelque chose de sa mère tout en donnant une véritable personnalité à la fille – un travail d’actrices tout en finesse psychologique qui est réjouissant pour les spectateurs.

L’autre thématique qui apparaît en filigrane est bien sûr celle de la descendance, ce que la fille d’une mère va prendre avec elle ou au contraire les limites contre lesquelles elle va venir se cogner. Par exemple, Sara, dont la mère avait abandonné le piano pour l’élever est devenue une concertiste mondialement reconnue qui préfère sa carrière à la possibilité de fonder une famille avec son mari. Claudia, elle, vivait entièrement pour ses enfants, et sa fille Cecilia est obsédée par sa difficulté à tomber enceinte… Si ses situations sont intéressantes, elles sont aussi écrasantes, car finalement la dramaturge ne laisse aucune porte de sortie à ses personnages, qui semblent coincés dans des schémas soit de reproduction, soit de rébellion, sans qu’aucune autre voie ne soit proposée.

Jeux doubles - années 2000

La mise en scène réussie et le quatuor d’interprètes valent le détour, mais sans la puissance d’un texte fort, il est à craindre que le souvenir de Jeux doubles ne nous reste pas très longtemps en mémoire. Ce type de spectacle vient nous rappeler que le message porté par une pièce fait partie intégrante de l’expérience théâtrale, qui pour être totalement réussie doit trouver le fragile et magique équilibre entre le fond, la forme et la justesse émotionnelle.

Jeux doubles de Cristina Comencini, mise en scène de Claudia Stavisky, théâtre de la Commune
Avec : Ana Benito (Beatrice, Giulia), Marie-Armelle Deguy (Gabriella, Sara), Corinne Jaber (Claudia, Cecilia), Luce Mouchel (Sofia, Rossana)

Tagué comme: , , , , , , , , , , , , ,

Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Delphine Kilhoffer

Une Réponse »

  1. [...] votre travail, que cela soit par exemple avec les avancées scéniques d’Oncle Vania, le cadre de Jeux doubles, ou les volumes changeant de La Femme [...]