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Les Sept Jours de Simon Labrosse de Carole Fréchette

Par Delphine Kilhoffer • ven 23 jan 2009 • Categorie: Théâtre

Jusqu’au 14 mars 2009

Critique suivie d’un entretien avec l’auteure, Carole Fréchette

Appréciation de Delphine niveau 2

Simon Labrosse est un jeune homme au chômage, épris d’une fille partie en Afrique pour aider les plus démunis. Une situation décourageante ? C’est mal connaître Simon, qui ne baisse pas les bras si facilement : chaque jour il se réinvente, trouvant des idées plus innovantes les unes que les autres pour gagner de l’argent. Des exemples ? Il est prêt à vivre pour vous les moments de votre quotidien qui vous pèsent, ou à devenir votre spectateur dévoué et attentif pour faire de vous une star permanente ! Pour nous raconter sa vie, Simon s’est entouré de Léo, son meilleur chum1 et Nathalie qu’il a recrutée par petite annonce pour jouer les rôles féminins de sa vie.

Affiche Les Sept Jours de Simon Labrosse

Les Sept Jours de Simon Labrosse navigue entre poésie et dénonciation sociale, un mélange a priori peu compatible, mais parfaitement réussi sous la plume fine et drôle de l’auteure québécoise Carole Fréchette. Elle joue des mots, n’hésitant pas à les prendre à leur sens le plus littéral pour créer des personnages jubilatoires. Lorsque Nathalie déclare que Simon devrait arrêter de chercher des solutions à l’extérieur, mais bien à l’intérieur de lui-même, c’est parce qu’elle est persuadée que l’épanouissement passe par l’harmonie des organes… Et si Léo voit tout en noir, c’est parce que suite à un accident, il n’est physiquement plus capable de prononcer aucun mot positif.

Les Septs Jours (Simon et Léo)

La mise en scène de Maxime Leroux vient habilement souligner tous les aspects du texte. Le décor, composé en fond d’une reproduction de la célèbre peinture de la chambre de Vincent Van Gogh, est une réussite : rapidement, ce n’est plus la toile du maître que l’on voit mais bel et bien la chambre de Simon Labrosse. Les accessoires, stylisés façon BD, s’intégrent à cet univers un peu décalé, dans lequel la naïveté du héros vient se frotter à la dureté de la réalité. Ajouté à des éléments de jeu qui reviennent avec de petites variations, le metteur en scène donne ainsi une vraie cohérence d’ensemble à une pièce composée de saynètes, qui pourrait entre d’autres mains avoir un aspect plus morcelé.

Servant avec fraîcheur le texte, les comédiens de la compagnie les Azurpateurs composent des rôles bien caractérisés sans tomber dans la caricature. François Frion est un Simon Labrosse à la fois amusant et tendre, un gars pas très mature dont les maladresses sincères ne peuvent qu’émouvoir grâce à l’intensité qu’apporte le comédien. Avec une présence scénique peu commune, Marie-Line Vernaux nous révèle un tempérament comique à ne pas manquer : elle joue de façon très physique tout en gardant toujours une grande justesse de ton, cette jeune femme est à suivre ! Quant à Ramdane Sadli, il est épatant dans un rôle qui demande beaucoup de subtilité pour ne pas verser dans les clichés et dont il se sort haut la main.

Les Sept Jours (Nathalie)

Les Sept Jours de Simon Labrosse aborde ainsi, mine de rien, des sujets graves mais avec un amour évident pour l’humain et ses ressources, ainsi qu’une bonne dose d’humour – les éléments qui font les bonnes comédies. Cette petite production inventive et vivante est un joli reflet de la pièce : la démonstration qu’il y a des jeunes compagnies qui ne manquent pas de créativité pour monter des spectacles divertissants, avec du sens à l’intérieur (que cela implique ou non des organes humains !).

Les Sept Jours de Simon Labrosse de Carole Fréchette, mise en scène de Maxime Leroux, Guichet Montparnasse
Avec : François Frion (Simon Labrosse), Ramdane Sadli (Léo), Marie-Line Vergnaux (Nathalie)

Trois questions à…
Carole Fréchette, dramaturge

Vous étiez comédienne avant de devenir dramaturge : qu’est-ce qui vous a amené vers l’écriture ?

Carole Fréchette : C’est venu doucement. Dans les années 1970, quand j’ai commencé à faire du théâtre, j’ai fait de la création collective. On écrivait ensemble nos spectacles, c’est ainsi que je me suis rendue compte que j’aimais bien écrire, je me suis aperçue que j’aimais les moments où je me retrouvais toute seule chez moi pour travailler. C’était les années où on faisait du théâtre « agit-prot », un théâtre engagé, plus didactique. Quand cette aventure collective a été terminée, il était clair pour moi que je voulais plutôt écrire que jouer. C’est comme ça que c’est venu.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour Les Sept Jours de Simon Labrosse ?

C.F. : C’est une pièce qui date d’une dizaine d’années, que j’ai écrite entre 95 et 97. C’était une époque où il y avait une récession très importante dans mon pays2, on parlait beaucoup de chômage, de nouveaux pauvres et de « il faut inventer son propre boulot ». C’était fini l’époque où l’on trouvait un boulot et on le gardait toute sa vie… et c’est justement l’époque où j’ai quitté mon travail pour devenir auteure à temps plein. C’était un risque incroyable : j’avais un emploi bien rémunéré au Conseil des arts du Canada, et j’ai pris cette décision. J’étais angoissée à mort de ne pas être capable de payer mon loyer !

Ces deux aspects, la situation économique de mon pays et ma propre angoisse ont fait que j’ai inventé ce personnage de Simon, dans lequel je pense avoir projeté toute ma peur et en même temps toute cette volonté que j’avais de faire ma place comme auteure. Derrière ce Simon qui dit : « Si vous voulez pas ce métier, je vais en trouver un autre, si vous voulez pas de celui-ci non plus, je vais en trouver un autre… », il y avait un peu moi comme auteure qui disait : « Si vous voulez pas cette pièce, je vais vous en écrire une autre ! Si vous ne voulez pas de celle-là, je vais vous en écrire une autre (rires), mais un jour ça va marcher ! »

Vous avez des projets en cours ?

C.F. : J’ai une autre pièce qui se joue au théâtre du Rond-Point en ce moment, La Petite Pièce en haut de l’escalier – c’est pour cela que je suis en ce moment à Paris. Et puis je suis en train d’écrire une autre pièce que j’espère terminer… je ne sais pas quand (rires). C’est ça que je fais dans la vie : quand j’ai fini d’écrire une pièce, j’en écris une autre !

  1. ami, en québecquois []
  2. Carole Fréchette est québécoise []
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Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
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