Entretien avec Sophie Hunger
Par Labosonic • jeu 5 fév 2009 • Categorie: MusiqueSi c’est le hasard d’un télescopage des plannings des différents mélomanes de Culturofil qui a amené entre mes mains Monday’s Ghost, ce n’est certainement pas une coincidence qui a guidé mes pas vers le bar d’un hôtel parisien pour y rencontrer Sophie Hunger. Studieux, j’ai écouté son album attentivement et je l’ai aimé immédiatement. Difficile donc de résister à la tentation de lui poser quelques questions.
Bonjour Sophie. Toutes les interviews comportent toujours une question idiote, celle qui t’a déjà été posée trop de fois et dont l’intervieweur connait déjà la réponse. Je vais donc la poser tout de suite, histoire de l’évacuer, et parce que, malgré tout, la manière dont tu vas y répondre m’intéresse d’un point de vue artistique. Comment définirais-tu le style de musique que tu fais ?
Sophie Hunger : Effectivement, ce n’est pas forcément la réponse la plus aisée pour moi parce que je ne revendique pas de style de musique particulier. Ce n’est pas qu’il soit difficile pour moi de mettre des mots sur ce que je fais, au contraire, c’est plutôt une volonté délibérée de ne pas m’enfermer moi-même dans un cadre. J’essaie vraiment de rester naïve et spontanée dans mon approche vis-à-vis de la musique.

Ce qui est réellement impressionnant à propos de Monday’s Ghost, c’est la maturité qui transparaît à l’écoute des chansons de l’album. Pour schématiser un peu, je dirais que, quand je l’ai découvert, j’ai eu l’impression d’écouter le disque de quelqu’un qui avait écouté énormément de disques, notamment tous les classiques, les avait assimilé et en avait tiré le meilleur pour créer sa propre petite musique.
S.H. : C’est amusant cette remarque parce que, contrairement aux gens que je fréquente, je n’écoute que très peu de musique, jamais plus d’un album à la fois et en général, je m’y consacre assez longtemps. Si je me compare à mes musiciens ou aux gens avec qui j’ai travaillé en studio qui, eux, ont toujours des écouteurs vissés sur les oreilles, pensent musique, dorment musique, mangent musique, respirent musique, on peut même dire que je n’en écoute que très peu, ou presque.
C’est quoi ton terroir musical, les choses qui t’ont vraiment marquée quand tu les a découvertes ?
S.H. : Si tu veux de l’anecdote, je peux te dire que, quand j’avais 12 ou 13 ans, j’ai été assez marquée par le hip-hop. (Rires) Mais, c’est vraiment accessoire, je crois que c’était histoire de me trouver un look et de mettre des vêtements qui ne me convenaient pas plutôt qu’autre chose. Sérieusement, je ne me suis vraiment décidée à écouter de la musique qu’aux abords de la vingtaine : Bob Dylan, Jeff Buckley, Radiohead. J’aime beaucoup Kashmeer de Led Zeppelin aussi. Et puis, surtout, j’aime les musiques noires, les grands classiques du jazz : Ray Charles, Billie Holiday, Nina Simone …

Comment s’est passé l’enregistrement de l’album en studio ?
S.H. : Très vite. L’enregistrement s’est passé vraiment rapidement, en partie parce que je connaissais déjà bien les musiciens qui m’accompagnaient : c’est mon groupe, ce sont des gens avec qui je joue souvent, je ne voulais pas enregistrer sans eux et avec des gens dont c’est le métier d’accompagner d’autres pour ce genre d’occasions. Marcello Giulliani1 n’a finalement eu qu’à capter l’humeur du moment et la complicité déjà bien établie entre nous. La majorité du travail de studio s’est résumée à essayer d’obtenir le son le plus naturel qui soit pour les instruments et à jouer, rien de plus.
Le succès aidant, tu vas peut-être avoir de nouvelles opportunités artistiques, est-ce qu’il y a un artiste avec lequel tu aimerais collaborer ?
S.H. : Pas du tout, désolée de te décevoir mais je suis très satisfaite de mon groupe. Vraiment, on s’entend bien et on travaille bien ensemble. Il n’y a donc pas de raison de changer. Par contre, si tu veux d’autres noms de gens dont je trouve le travail intéressant, je peux te parler de Camille. J’ai beaucoup aimé ce qu’elle fait sur scène, elle dégage une vraie énergie qui m’a impressionnée.
Toujours à propos de succès, tu as réussi un tour de force en Suisse lors de la sortie de l’album puisque tu es devenue en très peu de temps un élément à part entière du paysage musical. Ce n’est pas forcément facile à assumer tout ça, surtout quand on ne s’y est pas préparé. Ça a changé des choses pour toi ?
S.H. : Pas vraiment, c’est sûr que mon emploi du temps a changé. Aujourd’hui, je suis à Paris. A la fin de la semaine, je pars en Allemagne et en Autriche pour la sortie de l’album mais la promotion et les médias ne m’ennuient pas pour le moment. La chose la plus étrange qui soit arrivée finalement, c’est le succès de l’album : c’est assez impressionnant finalement de se dire que tant de gens se sont reconnus dans ce que j’ai fait, ça donne des responsabilités qui font un peu peur.
Tu as des projets pour le futur ?
S.H. : J’ai déjà commencé à écrire des chansons pour le prochain album, trois ou quatre et, si tout va bien, il va falloir réserver un studio dans un mois ou deux pour enregistrer.
Monday’s Ghost, de Sophie Hunger, publié chez Universal Music Jazz.
- Le réalisateur de l’album [↩]
Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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