Pushing Daisies : l’intégrale de la saison 1 en DVD
Par Fabrice De Martino • mar 3 mar 2009 • Categorie: DvdSorti le 11 février 2009
Il y a des types qui n’ont vraiment pas de bol, malgré leur talent. Bryan Fuller en fait partie : brillant scénariste pour la télévision, il crée en 2003 la série Wonderfalls, qui narre les aventures d’une vendeuse de souvenirs au pied des chutes du Niagara, dont la vie va être bouleversée quand un petit lion de cire se met à lui parler pour lui permettre de faire le bien autour d’elle. Prévoyait à l’origine pour durer treize épisodes dans sa première saison, la série reçoit des critiques dithyrambiques ; pourtant, la Fox décide d’en arrêter la diffusion après seulement quatre épisodes, faute d’audience. Heureusement, les treize sont disponibles en DVD, après que les fans aient fait le forcing auprès de la chaîne. Loin de se dégonfler, Bryan Fuller crée dans la foulée la série devenue culte Dead Like Me1. De nouveau, la série se voit interrompue après seulement deux saisons, pour leur part diffusées entièrement, heureusement. Il faudra donc attendre le film, qui, dans le cas de nombreuses séries écourtées, clôt véritablement le show2. Qu’à cela ne tienne, Fuller revient en 2007 avec Pushing Daisies, qui sort enfin chez nous en DVD.

La série3, produite entre autres par Barry Sonnenfeld4, nous raconte comment le jeune Ned apprend qu’il dispose d’un don des plus singuliers : il peut ramener les morts à la vie simplement en les touchant. Néanmoins, pour résurrection, un vivant doit mourir. C’est ainsi que, lorsque sa mère meurt d’une rupture d’anévrisme et qu’il décide de la ressusciter, il provoque sans le vouloir la mort du père de Charlotte « Chuck » Charles, sa petite voisine dont il est amoureux depuis toujours et dont il a été séparé à la suite des tristes événements de sa jeunesse. Pire, sa mère meurt une nouvelle fois quelques heures plus tard quand elle embrasse Ned pour lui souhaiter une bonne nuit ! Car le « don » de Ned est aussi une malédiction : ce qu’il touche et ramène à la vie, il ne peut le toucher à nouveau, sous peine de le tuer définitivement.
Les choses vont bien évidemment se corser lorsque Ned va tomber par hasard sur le corps de Chuck, qui a été assassinée. Sa décision étant prise et l’acte commis, ils vont vivre ensemble pour le meilleur et pour le pire, condamnés à s’aimer sans jamais pouvoir se toucher.

Visuellement, Pushing Daisies est tout bonnement somptueux. Colorée, extrêmement audacieuse dans son design – les bâtiments, notamment, ont la forme de leur fonction : le « Pie Hole », la boutique de tartes de Ned, est en forme de tarte ! – la série, narrée par une voix-off omnisciente, nous ramène à d’assez nombreuses références : Tim Burton bien sûr, tant pour cette voix-off que sur les décors, mais aussi, plus proche de nous, Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet pour le traitement visuel et l’aspect décalé, un peu « foufou ». Mais Fuller va un peu plus loin en introduisant un détective privé cynique qui nous plonge droit dans le domaine du film noir, mais aussi plusieurs passages musicaux dignes des meilleures comédies musicales.
A la lumière, pas moins de trois chefs opérateurs, et non des moindres : Michael Weaver, connu des amateurs de séries pour son travail sur la série-choc Californication ainsi que sur la très célèbre Malcolm In The Middle, qui fait l’essentiel du travail sur cette première saison et définit, avec Barry Sonnenfeld, l’identité visuelle de toute la série. David Klein, bien connu des fans de Kevin Smith pour être le chef opérateur de la plupart de ses films depuis Clerks. Il se charge aussi de composer la lumière du pilote de la série Reaper (Le Diable et moi), créée par Tara Butters et Michele Fazekas. Enfin, le doyen de ce trio lumineux, Jamie Anderson, a commencé sa carrière de directeur de la photographie avec rien de moins qu’Hollywood Boulevard et Piranhas de Joe Dante. Étrange coïncidence, il signe aussi la lumière de Jay and Silent Bob Strike Back de Kevin Smith ! Une belle brochette d’as du projecteur !

La musique est quant à elle signée James Dooley, dont le travail de compositeur jusqu’alors ne reflète pas franchement la direction artistique qu’il a suivie dans Pushing Daisies, puisque sa musique est toujours très bien sentie, en décalage et jouant d’instruments variés (cordes, harpes, orgues, glockenspiel, pianos…), rappelant parfois un peu trop le travail de la rockstar des musiques de films : Danny Elfman. Bien qu’il s’agisse d’une référence malgré tout prestigieuse, on aurait peut-être apprécié que le jeune compositeur new-yorkais se démarque un peu plus de l’« évidence » Elfman. Reste que la musique est, à l’image de la série, d’excellente facture.
On parlera enfin du casting, simplement parfait. Tous les acteurs se définissent les uns par rapport aux autres, créant une véritable cohérence et renforçant les liens entre les personnages qu’ils composent. Lee Pace est diablement touchant dans le rôle de ce pâtissier condamné à ne jamais toucher la femme qu’il aime, et la belle Anna Friel, face à lui, fait une Chuck pétillante de vie – un comble – et redoublant d’efforts pour lui rendre son amour et lui faire ressentir sa présence en usant de stratagèmes tous plus drôles et émouvants les uns que les autres (on se souviendra par exemple de la scène du baiser, magnifique de tendresse et déchirante de tristesse). Kristin Chenoweth vient compléter le trio amoureux en incarnant avec brio la mélancolique amoureuse éconduite n’ayant d’yeux que pour le beau Ned, et enfin Chi McBride apporte une grande touche d’humour dans la peau d’un privé cynique, vénal et adepte de tricot.

Vous l’aurez compris, Pushing Daisies est un véritable ovni télévisuel, probablement trop ambitieux pour remporter les faveurs de la majorité et gagner une « légitimité » aux yeux d’exécutifs, plus souvent concernés par l’audimat que par la qualité intrinsèque de ce qu’ils considèrent comme des produits jetés en pature au public. Mais les images et la liste des prix ou des nominations sont là pour le prouver : Pushing Daisies restera très certainement gravée dans les mémoires.
Cette édition DVD, plutôt simple, comprend trois disques enfermés dans deux boîtiers slims, eux-mêmes glissés dans un packaging cartonné de belle facture. Côté son, on devra se contenter d’une version originale ou d’une version française en 2.0, accompagnées d’une belle quantité de sous-titres. Toutefois, la série n’y perd pas trop puisque le dynamisme est à l’honneur et le mixage est parfaitement équilibré. Côté image, cette édition DVD rend tout à fait hommage au travail de Michael Weaver et Jamie Anderson en offrant une image nette et des contrastes savamment dosés, tout en respectant l’étalonnage acidulé qui confère à la série son ton si original. Seuls les bonus, quasi-inexistants, font pâle figure dans cette édition qui ne laisse finalement la place qu’à quelques featurettes réunies en neuf chapitres – pour les neuf épisodes de la saison – d’une durée totale d’un peu plus de quarante-deux minutes.

On aurait apprécié d’en savoir plus, via un commentaire audio de l’équipe par exemple, mais la qualité de la série est telle que toutes ces lacunes sont vite oubliées. C’est d’ailleurs là où le bât blesse : bien qu’excellente, bien qu’ayant, contrairement à bien d’autres, la possibilité et le temps de disposer d’une véritable fin, Pushing Daisies a pourtant été arrêtée après sa deuxième saison, alors qu’on aurait sans doute apprécié quelques saisons de plus de cette série au ton humoristique et décalé, aux personnages touchants et hauts en couleurs. Hélas, mille fois hélas, il nous faudra sans doute nous contenter d’une énième saison des insipides Experts, qui entérinent à grand coups de talon l’idée selon laquelle l’originalité et la poésie ont de moins en moins leur place sur le petit écran.
« Monde de merde », comme qui dirait.
Pushing Daisies, de Bryan Fuller.
Avec : Lee Pace (Ned), Anna Friel (Charlotte « Chuck » Charles), Chi McBride (Emerson Cod), Kristin Chenoweth (Olive Snook), Swoosie Kurtz (Lily Charles) et Ellen Greene (Vivian Charles), édité par Warner Home Video.
USA, 450 minutes environ, couleurs, format 1.77, VO et VF en Dolby Digital 2.0 – sous-titres français, anglais, espagnols, italiens, allemands…
Édition DVD testée sur lecteur DVD Pioneer DV-340 avec vidéoprojecteur Epson EMP-TW2000 et ampli Pioneer VSX-808.
Crédit photographique : Warner.
- Les aventures de George, morte après s’être pris la cuvette des toilettes de la station Mir sur le coin de la figure et qui va devenir une « faucheuse », ce qui va consister à récupérer l’âme des humains juste avant leur mort. [↩]
- On peut notamment mentionner la série Firefly créée par Joss Whedon, dont le succès critique et public incontestable n’a pas empêché la Fox – encore eux – de refuser le tournage de ses trois derniers épisodes, « faute d’audience », la chaine étant très exigeante à ce sujet. Il a fallu attendre le film Serenity pour connaître la fin des aventures du Sergent Reynolds et son équipage. [↩]
- Diffusée depuis le 3 octobre 2007 sur ABC aux Etats-Unis, la série est diffusée en Belgique depuis le 29 septembre 2008 sur Be TV ; en France, depuis le 27 novembre 2008 sur Canal+ et au Québec, du 8 décembre 2008 au 18 décembre 2008 sur TQS. [↩]
- Réalisateur de films tels que les deux Famille Addams, les deux Men In Black ou encore Wild Wild West, et producteur notamment de Ladykillers d’Ethan et Joel Coen. Il débute d’ailleurs sa carrière en tant que chef opérateur pour ces deux frères sur Arizona Junior et leur chef d’oeuvre, Miller’s Crossing, mais aussi pour Rob Reiner sur Quand Harry rencontre Sally et Misery. [↩]
Fabrice De Martino est un des rédacteurs DVD & Blu-Ray du magazine.
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C’est vrai que Fuller n’a pas de bol, et paie le prix de son ambition et de son talent, car s’il y a bien un créateur de séries qui mérite le titre d’auteur, c’est lui. Bon… d’un autre côté, autant la saison 1 de PD était merveilleuse, autant la deux s’essoufflait aussi un peu. Il m’arrive de me dire que Fuller est un véritable génie pour ce qui est des concepts, mais qu’il peine à tisser des intrigues soutenues. A noter, puisqu’on en parle sur Culturofil, que Fuller est retourné travailler sur Heroes (dont il avait en grande partie écrit la saison 1)… je ne sais pas encore ce que ça donne, mais je ne serais pas étonné qu’on y retrouve encore quelques unes de ses obsessions…