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Suveillance de Jennifer Chambers Lynch, le DVD

Par Willy Gilboire • mar 3 mar 2009 • Categorie: Dvd

Sorti depuis le 25 février 2009

Appréciation de Willy niveau 1

Deux agents du FBI débarquent dans une petite ville paumée pour enquêter sur une série de meurtres. Ils retrouvent sur place trois témoins : un policier blessé, une junkie et une petite fille de 8 ans encore sous le choc. Au cours des interrogatoires, les témoins donnent chacun leur version de ce qui s’est passé… Qui donc dit la vérité ?

Sacré meilleur film au festival de Sitges en 2008, en sélection officielle au 61e festival de Cannes la même année, Surveillance de Jennifer Chambers Lynch n’a laissé personne indifférent tant son ambiance et ses influences témoignaient de la présence prononcée de David Lynch1. Sur ces aspects du film, nous vous invitons d’ailleurs à vous replonger dans notre article publié lors de la sortie du film.

Film instable dont l’univers nous propulse à la croisée des genres, Surveillance mérite le détour avec ce DVD édité par Wild Side Video. Deuxième réalisation de Jennifer Lynch après l’étrange Boxing Helena, œuvre mineure dont les polémiques et les critiques désastreuses avaient sensiblement plombé sa carrière, Surveillance est un film qui s’articule autour de l’usage du pouvoir, et ce jusqu’à son abus.

Surveillance

Trois personnages survivent à un massacre sur la route. Interrogés par deux officiers du FBI (Bill Pullman et Julia Ormond), ces derniers font chacun le récit du drame et nous propulsent dans différents flashbacks. Au centre de ces séquences, des officiers de police tendance « redneck »2 passent le temps en tirant sur les pneus d’automobilistes en excès de vitesse. De ces scènes au départ comiques et limite ubuesques, le film bascule progressivement dans le thriller lorsque les officiers s’abandonnent à la violence gratuite. L’horreur atteint son sommet lorsque deux maniaques s’invitent à leur tour dans ce jeu de massacre.

En s’aidant d’une structure gigogne que beaucoup n’ont pas hésité à comparer au Rashomon d’Akira Kurosawa, Jennifer Lynch prend ainsi son temps pour instaurer l’ambiance singulière et perverse de son film. À partir de ce schéma ludique où des flashbacks se confrontent au présent3, la réalisatrice oppose les récits de ses personnages, visite et télescope les genres, du comique jusqu’à l’horreur, en passant même par l’érotisme.

La réalisatrice de Surveillance instaure ainsi une toute autre ambiance lorsque les agents du FBI installent un jeu de caméra pour mener leurs interrogatoires. Surveillance et voyeurisme, pouvoir du voyeur sur ceux qui sont épiés, pouvoir de ceux qui connaissent la vérité. Le film témoigne d’un climat très riche, au point qu’il finit par se conclure dans l’érotisme le plus pervers lorsque Éros et Thanatos4 s’unissent dans un climax romantico-morbide que nous ne vous dévoilerons pas sous peine de gâcher la surprise du film.

Menu du DVD

Cette thématique du pouvoir, aspect sur lequel revient justement la réalisatrice dans le supplément promotionnel À propos du film : conférence de presse au Festival de Cannes 2008 (29 min) inclu dans le DVD, était déjà très présente sous la forme du voyeurisme et de la séquestration dans Boxing Helena5

Autres suppléments disponibles, trois scènes coupées comme la Fin alternative, une séquence où la morale est sauve et l’optimisme demeure. Des deux autres scènes on retiendra moins L’Attaque de Keith et Tina que Latex Love, séquence jouissive et sexuelle où Bill Pullman et Julia Ormond s’enduisent amoureusement d’une matière proche du sperme6. Mémorable quand on connait la filmographie plutôt sage de ces deux grands acteurs du cinéma américain.

Bonus du DVD

Sachez enfin que des Liens Internet, une Galerie photos, et la Bande annonce de Surveillance s’ajoutent à l’interactivité assez complète de ce DVD. Peut-être manque-il à l’appel un supplément qui serait revenu sur le film en lui-même, et cela sous la forme d’une analyse.

Une image léchée 2.35 qui respecte les jeux chromatiques de la photographie travaillée de Peter Wunstorf, un son DTS 5.1 clair et puissant que nous nous sommes empressés d’essayer, Surveillance bénéficie d’une copie DVD soignée.

Visuel du DVD Surveillance

Surveillance, réalisation de Jennifer Chambers Lynch, scénario de Jennifer Chambers Lynch et Kent Harper. Musique de Todd Bryanton. Photographie de Peter Wunstorf.
Avec : Bill Pulman (Sam Hallaway), Julia Ormond (Elizabeth Anderson), Pell James (Bobbi Prescott), Michael Ironside (le capitaine Billings) et Ryan Simpkins (Stephanie).
États-Unis, 2008, 94 min, couleurs, format 2.35 – 16/9 comp 4/3, version originale Dolby Digital Stéreo 5.1 et DTS 5.1, version française Dolby Digital 5.1, sous-titrée en français. Édité par Wild Side Video.
Édition DVD testée sur Samsung HT-A100 et Samsung Full HD LE40F71B.
Crédit photographique : Wild Side Video.

  1. Producteur exécutif du film, David Lynch est également le père de la réalisatrice. []
  2. Les « ploucs » américains, descendants des pionniers de l’Amérique. Des années soixante à soixante-dix, le cinéma américain est souvent revenu sur ces habitants de l’Amérique profonde dans ses road movies. []
  3. Code classique du cinéma, les flashbacks ne mentent jamais. L’officier de police survivant du massacre voit ainsi son récit contredit par ces séquences. []
  4. Le sexe et la mort. []
  5. Dans ce film non moins étrange sorti en 1993, une femme superbe (Sherilyn Fenn) se retrouve à la merci d’un médecin un peu fêlé (Julian Sand) après un terrible accident. Ce dernier va progressivement céder à ses fantasmes et la façonner, psychologiquement et physiquement… []
  6. Non sans humour, Bill Pullman ne manque pas de revenir sur cette expérience avec Julia Ormond dans le supplément À propos du film : conférence de presse au Festival de Cannes 2008. []
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Willy Gilboire est un des rédacteurs DVD & Blu-ray du magazine.
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