Gutter Tactics de Dälek
Par G.T. • jeu 5 mar 2009 • Categorie: MusiqueDisponible depuis le 26 janvier 2009
Dommage collatéral de l’effet Obama, le hip-hop se ramollit. A l’instar du fan n°1 d’Obama, Springsteen, qui nous sort un album consternant de niaiserie et d’optimisme béat, les rappeurs ont perdu de leur hargne. Rien de transcendant en 2008, Jay-Z sample Véronique Sanson… manque plus qu’un featuring de Julien Clerc sur le Dr. Dre à venir. Heureusement, il y a Dälek. Intransigeant, radical, le groupe de hip-hop le plus sombre de la décennie a su garder le cap qu’il s’est fixé depuis ses débuts : toujours tout droit dans le noir.
Pourtant, ce nouveau Dälek pourrait être considéré comme l’album du « consensus ». Il ne faut pas entendre par là que l’album est « consensuel », capable de plaire au plus grand nombre… non, si consensus il y a, c’est parce que Gutter Tactics rassemble les qualités des deux précédents chefs-d’œuvre du groupe, Absence (2005) et Abandoned Language (2007). Absence était dur, puissant, groovy ; Abandoned Language hypnotique, glauque, beaucoup plus lent et atmosphérique… les savants fous de Dälek (duo, composé de MC Dälek et DJ Octopus) ont su trouver la parfaite alchimie entre les deux sur Gutter Tactics.

Certains pourraient faire la fine bouche, penser que Dälek aurait dû continuer sur la voie tracée par Abandoned Language, s’engouffrer encore plus profond dans l’expérimentation… mais Dälek n’oublie pas d’où il vient, ne renie pas ses racines hip-hop. Quelles possibilités s’offraient à Dälek après un album de la trempe d’Abandoned Language ?
1. Faire du sur-place et sortir un Abandoned Language II
2. Revenir en arrière et sortir un Absence II
3. Pousser encore plus loin l’expérimentation
4. Passer à quelque chose de totalement différent
5. Trouver un équilibre entre Absence et Abandoned Language.
1 et 2 : Faire du sur-place ou revenir en arrière, très peu pour eux, ils sont suffisamment créatifs pour trouver une autre voie.
3 : S’ils avaient poussé encore l’expérimentation, il n’y aurait plus grand-chose de hip-hop dans leur musique, déjà très éloignée du commun des rappeurs.
4 : Se lancer dans un genre totalement différent… un caprice d’artiste qui cherche l’originalité à tout prix. Ils ont su trouver leur style (de l’abstract hip-hop très sombre, tourmenté, hypnotique, oppressant, avec ce « mur du son » implacable), style qu’ils maîtrisent à la perfection, ils ont une identité forte… autant creuser ce sillon. Un musicien n’est pas un acteur, il n’est pas obsédé par l’idée de « tout jouer », de chercher des « rôles à contre-emploi »… Voilà pourquoi la 5° voie était en fin de compte la plus pertinente. Une synthèse ici particulièrement réussie, où Dälek ne rejette rien ni d’Absence, ni d’Abandoned Language, ni de leur origine hip-hop.
Posologie :
Il y a des disques passe-partout, qui peuvent s’écouter à tout moment, dans n’importe quelle situation, en fond sonore, en boucle… ce n’est pas le cas des albums Dälek. Une musique trop dense, éprouvante pour des écoutes distraites. Peu indiquée comme fond sonore, à moins de chercher à créer une ambiance véritablement anxiogène et malsaine. Non, l’écoute d’un album de Dälek, ça se mérite, ça se respecte, il faut s’y abandonner… ou ne pas l’écouter du tout. S’y abandonner ne signifie pas non plus rester immobile sur sa chaise (son canapé, divan, lit… ou ce que vous voudrez). Tétanisé par cet impressionnant maelstrom sonore, l’auditeur aurait de quoi se sentir vite mal-à-l’aise… Car pour l’apprécier pleinement, il faut se laisser porter par le groove… Si la musique de Dälek peut s’avérer aussi déstabilisante que la musique contemporaine pour le non-initié (et même l’initié), elle a ce groove qui permet de se mouvoir avec fluidité « entre les balles » (ou les boulets de canon, les bombes, les tirs de roquettes… bref, ce que vous voudrez…) qui fusent de toute part dans cet impressionnant déluge sonore apocalyptique.
Contre-indiqué pour les tièdes, mais vivement recommandé à tous les amateurs de sensations fortes, un très grand album qui place la barre très (trop ?) haut dès le premier mois de 2009.
La chronique de Systool
Gutter Tactics, de Dälek, édité chez Ipecac
Crédit Photo : Dälek
G.T. est un ancien rédacteur Musique du magazine.
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Placer la barre trop haut… je ne le jurerai pas. Je ne trouve pas cet album aussi “parfait”. Excellent, très au-dessus de la moyenne… mais pas parfait. Pour une raison que tu expliques très bien, d’ailleurs : c’est un compris (admirable) entre les deux albums précédents… la fraicheur et l’effet de surprise en moins. “Rien de nouveau sous le sol… le tunnel” aurait pu être un titre de chronique éventuel
(c’est trop cool Culturofil… je t’ai pour moi tout seul
Pour l’instant mon album de l’année… dans le domaine du hip hop, le dernier POS n’est vraiment pas mal non plus…
Merci pour le lien!
SysT
je salue ton retour sur culturofil
et m’en vais écouter cet album dont j’ai entendu tant de bien!
@ Thom : je comprends… mais pour moi, il est quasi-parfait, c’est le meilleur d’Absence et le meilleur d’Abandoned Language dans un nouveau disque…
@ Systool : Pour l’instant, c’est aussi toujours mon album de l’année… pas écouté le dernier POS, je vasi voir ça…
(et de rien pour le lien… par contre, j’ai réalisé après coup que tu avais aussi choisi comme point de départ “l’effet Obama”… mais bon, on ne dit pas exactement la même chose non plus sur le sujet…)
@ Boeb’is : bonne écoute, alors… (ou bon courage, c’est selon^^)
(ce n’est pas mon “retour” sur Culturofil, je ne suis jamais parti… c’est juste que je somnolais dans le fond de la classe depuis 6 mois^^)
Non, mais j’apprécie également le fait que l’on soit en phase sur l’aspect “compromis” de cet album, à mi-chemin entre les 2 précédents…
SysT
J’étais à leur concert d’hier soir à Reims. Un grand moment, d’une intensité formidable, avec une mise en place impeccable. Leur album n’a qu’un “défaut” : son homogénéité, mais on peut appeler cela de la rigueur. Il y a là une ligne, un projet, un univers.
@ Syst : désolé, j’avais oublié de répondre à ton commentaire… mais bon, rien de plus à ajouter, on est d’accord^^
@ Dionys : Veinard ! Je n’ai toujours pas eu la chance de les voir en concert…