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Morrissey : musclé !

Par Thierry The Civil Servant • jeu 5 mar 2009 • Categorie: Musique

Sortie le 17 février

Appréciation de Thierry niveau 1

On ne chroniquera pas au hasard un album qui commence par une chanson indiquant que « quelque chose m’enserre le crâne » et qui se termine par une autre titrée « je suis en accord avec moi-même » ou « je suis bien moi-même » (traduction un peu approximative de I’m ok by myself). On se dit qu’entre les deux il va sans doute s’en dire des choses, s’en avouer des tourments, s’en libérer des haines et des ressentiments, s’en désespérer des amours impossibles et s’en défaire d’autres tout aussi improbables. De toute façon on ne parle pas légèrement d’années de refus. Et puis, on n’écrit pas à l’arrache sur le dernier Moz, c’est tout.

Encore un album qui va déchirer les fans en deux camps, qui d’ailleurs, à mesure que Morrissey avance dans la carrière, finiront par être irréconciliables. À ma gauche, les inconsolables des Smiths, ceux pour qui Marr n’a jamais été remplacé et qui considèrent que, aussi louables soient ses efforts, le Moz s’enfonce dans un chemin sans issue quand il testostérone sa musique (comme son petit corps sur la pochette). À ma droite, leurs anciens frères de communion autour de Heaven Knows et autres Big Mouth qui n’ont jamais tenu rigueur à celui qui fut le chanteur d’un des rares groupes pop des années 80 dignes de ce nom d’avoir, justement, définitivement tourné une page en quittant ses camarades.

Pochette de Years of Refusal

Oui, clairement ce Years of Refusal, en recourant à nouveau aux services de Jerry Finn, producteur de power punk bands californiens d’un intérêt que l’on qualifiera de contrasté1, et déjà à l’œuvre pour You’re the Quarry, l’antépénultième album de Morrissey, ne peut qu’être un coup de couteau supplémentaire dans la brèche entre les deux camps. Car le moins que l’on puisse en dire c’est qu’on y entend les guitares et la batterie. Hormis deux ou trois titres au tempo un peu plus alangui, Morrissey envoie du bois tout au long des douze chansons de cet album2.

Le Moz est en forme !

On pourra d’ailleurs regretter éventuellement que les mélodies ne suivent pas toujours, que la voix de Morrissey peine un peu à réaliser les prodiges d’antan. On pourra surtout s’amuser du décalage, nécessairement voulu, entre des textes dont les thèmes ne changent guère, d’un Morrissey montrant en pleine lumière ses plaies, les léchant puis balançant dessus ce qu’il faut de sel pour les aviver et une musique heavy qu’on croirait écrite pour déclencher quelque baston au fin fond d’un pub au fin fond de Manchester. Et après deux ou trois écoutes, on finit par se convaincre que la réussite de ce disque (car il faut maintenant passer aux aveux : même s’il ne possède pas en son sein un titre de l’acabit de Irish Blood ou de First of the Gang, Years of Refusal est bien supérieur à You’re the Quarry, pourtant considéré par beaucoup comme une de ses meilleures productions), tient à ce grand écart assumé entre textes larmoyants et cordes agressives, entre auto flagellation et rock hormonal, entre part féminine et portion masculine de l’artiste.

Subtil équilibre que Morrissey délaisse même pour deux ou trois titres où il se fait chroniqueur arrogant et fier. Dont le dernier titre de l’album, ce I’m Ok by Myself : « After all those years / I find I’m OK by myself / and I don’t need you / or your homespun philosophy /No no no no/ This might make you throw up in your bed / I’M OK BY MYSELF », meilleure chanson sans doute de Years of Refusal. Tellement brillante, tellement anglaise, et finalement aussi tellement rock and roll et inattendue (même si Irish Blood English Heart…).

Bon ben voilà j’ai rejoint la ténacité musculeuse, le rock carré et bruyant. L’efficacité. La droite. Désolé.

Years of RefusalMorrisseyPolydor
Crédits Photographiques : Site officiel de Morrissey

  1. Greenday, Sum41, Blink 182 entre autres []
  2. Voilà j’ai fait mon Manœuvre – pari stupide !!! []
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Thierry The Civil Servant est un des rédacteurs Musique du magazine.
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3 Réponses »

  1. C’est vrai qu’il y a deux cliques distinctes chez les fans… moi, je suis un peu entre les deux. Je ne considère aucun album de Morrissey comme un chef d’oeuvre au même titre que ceux des Smiths, mais je reste un inconditionnel du Moz en solo (que de bons albums, que de grandes chansons…). Reste que le dernier en date ne m’a pas du tout convaincu, en dépit de deux ou trois grandes chansons (”All You Need Is Me”, “Last Time I Spoke”, “I’m Ok By Myself”)… parce que vraiment, cette production clinquante, je ne peux pas, c’est trop pour moi. Qu’on nous rende Stephen Street, ou à défaut Tony Visconti, qui avait fait un travail remarquable sur l’album d’avant. Parce que les arrangements façon Green Day / Offspring sur les deux premiers titres… c’est franchement indigne d’un artiste du calibre, que dis-je du calibre : de la classe, de l’élégance, du raffinement de Morrissey.

  2. “I’m ok by myself” se traduit plutôt par “je suis bien tout seul”

  3. [...] Complications, en fait, c’est un peu tout ce que le dernier album de Morrissey aurait voulu être sans toutefois y parvenir faute d’avoir réuni le casting idéal : un [...]