Oncle Vania de Anton Tchekov
Par Delphine Kilhoffer • ven 6 mar 2009 • Categorie: ThéâtreJusqu’au 03 avril à Paris
Tournée à Marseille, Blagnac, Nevers, La Rochelle, Nice et Lyon

L’oncle Vania et sa nièce Sonia travaillent dur à maintenir à flot le domaine familial qui ne génère que de chiches ressources. Cet été-là, ils sont rejoints par le père de Sonia, professeur à la retraite qu’ils soutiennent depuis toujours, ainsi que sa jeune et très belle femme Eléna. Le grand homme est irascible, son épouse désoeuvrée retourne sans le vouloir les sangs de Vania et son ami médecin, pendant que Sonia se désespère d’attirer un jour les regards d’un homme – si possible ceux du médecin… Comme nous sommes en Russie, l’ensemble est bien sûr largement arrosé d’alcool et d’un pessimisme désespéré à toute épreuve.

Égal à lui-même, dans ce superbe texte, Anton Tchekov déroule la mécanique subtile et puissante des enjeux qui lient ses personnages. Des enjeux amoureux, bien sûr, les personnages s’épuisant à désirer celui ou celle qui ne lui est pas accessible. Des enjeux de réussite sociale, Vania ayant sacrifié sa propre carrière pour celle du professeur, le médecin essuyant le mépris des aristocrates car sa vraie vocation est de sauver la forêt1. Des enjeux de pouvoir sous toutes leurs formes donc, que seul le professeur semble traverser sans grand mal, en s’emparant avec sans gêne et égoïsme des rênes de la maisonnée. Autour de lui, les autres se torturent l’esprit, partagés qu’ils sont entre devoir, culpabilité, honte et le besoin de vivre, parfois malgré eux-mêmes. Toute la tragédie de l’âme russe et son incapacité au bonheur sont mises à jour devant nous.
La mise en place se fait doucement, Oncle Vania se déploie au fur et à mesure que l’histoire nous emporte dans son maelström émotionnel. Comme dans tous les grands drames, l’humour est présent, planche de salut pour ces personnages aux vies frustrées qui manient l’ironie pour tout simplement survivre. C’est aussi ces moments de drôlerie qui permettent aux spectateurs de respirer et de s’attacher à ces êtres malheureux.
Dans sa mise en scène, Claudia Stavisky utilise de façon judicieuse le plateau, grâce à des avancées en bois qui se réorganisent au fil des scènes, modulant l’espace en fonction de ce que vivent les comédiens. La verticalité est elle aussi mise à profit, deux niveaux scéniques et une table sur laquelle les comédiens n’hésitent pas à monter forment des symboles intéressants dans ce monde fait d’enjeux. On regrettera néanmoins que cette répartition ne soit pas mise particulièrement en valeur par la salle tout en balcons des Bouffes du Nord, car une bonne partie de l’avant-scène n’est pas visible pour les spectateurs hauts placés.
Oncle Vania de Anton Tchekov, mise en scène de Claudia Stavisky, théâtre des Bouffes du Nord
Avec : Didier Bénureau (Oncle Vania), Philippe Torreton (médecin), Marie Bunel (femme du professeur), Agnès Sourdillon (fille du professeur), Georges Claisse (professeur), Maria Verdi (nourrice), Jean-Pierre Bagot (propriétaire ruiné), Joséphine Derenne (mère d’oncle Vania)
- Une obsession qui, comme le souligne à juste titre Claudia Stavisky, fait d’Oncle Vania le premier texte théâtral ouvertement en faveur du respect de l’environnement. [↩]
Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
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[...] il y a eu un concours de circonstances puisque des acteurs m’ont demandé de mettre en scène Oncle Vania. Je me suis dit que cela faisait vingt ans que je faisais de la mise en scène et que je pouvais. [...]