Unborn de David S. Goyer
Par Cédric Le Men • mer 11 mar 2009 • Categorie: CinémaSortie prévue le 11 mars 2009

Tout n’est qu’une affaire de références. Quand, en 1973, William Friedkin dévoile son Exorciste, il accouche sans le savoir d’un véritable chef-d’œuvre du cinéma d’épouvante et place la barre à des hauteurs hallucinantes, que beaucoup tenteront d’atteindre sans y parvenir. Sept ans plus tard, Stanley Kubrick réalisait la trahison la plus réussie de l’histoire du cinéma en adaptant Shining du Maître de Bangor1. Conspué par Stephen King en raison de la présence de Jack Nicholson dans le rôle principal ou des choix narratifs du réalisateur, qui font l’impasse sur les thématiques principales du livre – l’alcoolisme, la déconstruction du couple – pour se concentrer sur la folie du père, le film n’en est pas moins une merveille du cinéma d’horreur.

Pourquoi ces deux films ? Tout simplement parce qu’ils résument l’essentiel d’Unborn. David Goyer, le scénariste-réalisateur à l’origine du projet, en bon fan-boy qui se respecte, est allé puiser d’assez nombreux éléments dans ces deux films pour les incorporer à son scénario, pour le meilleur ou pour le pire.
Il est donc question cette fois-ci d’une belle jeune femme qui, traumatisée par le décès de sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant, se met bientôt à faire des cauchemars et à avoir des visions particulièrement macabres, lors desquelles un enfant démoniaque lui apparaît. Elle va donc mener l’enquête pour découvrir, grâce à l’aide d’un rabbin, qu’elle est tombée sous l’emprise d’un Dibbouk, une entité maléfique issue de la mythologie juive et kabbalistique de l’Europe de l’Est qui a pour fâcheuse habitude de pénétrer le corps d’un vivant et d’en prendre possession. Comme si ça ne suffisait pas, elle va apprendre qu’une terrible malédiction pèse sur sa famille depuis deux générations.
Tout ceci vous semble familier ? C’est plutôt bon signe.

Il est parfaitement étonnant de voir à quel point un scénariste talentueux, révéré et respecté pour son travail, tel que David Goyer – il est l’auteur de plus de vingt-cinq scripts, parmi lesquels de nombreux films adaptés de comic books, une de ses grandes passions – parvient à verser dans la simplicité dès lors qu’il s’agit d’un film qu’il réalise. Le problème s’était posé en 2004 avec Blade : Trinity qu’il s’était vu confier, passant ainsi après le génial Guillermo del Toro. Si Blade 2 était un monument de cinéma de genre, Blade : Trinity versait sans honte dans la gaudriole la plus craspec et le film n’échappait pas une seule seconde au ridicule des choix narratifs et de mise en scène2 du scénariste3.
Son film suivant, Invisible, étant sorti dans une confidentialité totale en France, nous héritons donc aujourd’hui de Unborn, qui, bien qu’inégal, présente toutefois quelques qualités. La principale étant que, en dépit de ses références un peu trop marquées, il cherche malgré tout à ne pas tomber dans le cliché facile et détourne ainsi certains gimmicks du cinéma d’horreur. On retiendra comme exemple cette scène ou la ravissante héroïne ouvre son armoire vitrée, la referme une première fois, pour la rouvrir. On s’attend bien évidemment à ce qu’un visage apparaisse dans le reflet, comme c’est souvent le cas dans le cinéma de fantômes, mais Goyer nous réserve une surprise plutôt bienvenue. Autre bon point, David Goyer parvient à conférer à son film quelques rares, mais véritables moments de frayeur.

De l’autre côté, le film souffre de quelques erreurs typiques du cinéma d’horreur actuel. Trop désireux d’attirer le jeune public, Goyer laisse sombrer son film dans un « jeunisme » affligeant : tous les personnages sont riches, brillants, beaux et en bonne santé. L’héroïne, ravissante Odette Yustman dont on a pu récemment admirer la très belle plastique dans Cloverfield de J.J. Abrams, prend les événements avec un calme olympien, continue à aller faire son jogging comme si de rien n’était… L’histoire se déroule en deux temps trois mouvements et ni vu ni connu je t’embrouille, elle est exorcisée (là où Friedkin y passe un film presque entier). Le rabbin, interprété par un Gary Oldman convenable sans être non plus génial, se laisse convaincre en quatre minutes montre en main et réunit une douzaine de personnes pour participer à l’exorcisme en aussi peu de temps. Autant de raccourcis qui sont « justifiés » par la courte durée du film, mais qui peuvent se révéler particulièrement frustrants et pénibles.
On ne mentionnera que très rapidement le score désastreux de Ramin Djawadi, compositeur déplorable dont la seule bande originale acceptable reste Iron Man, bien que celle-ci perde totalement de son intérêt en dehors du contexte du film.

Le fait est qu’Unborn n’est pas un mauvais film. C’est un spectacle efficace et rondement mené qui plaira sans doute à toute une génération de spectateurs qui n’a pas grandi en regardant les grands classiques du cinéma de genre, auxquels David S. Goyer se réfère bien volontiers. Mais malgré les quelques bonnes surprises qu’il réserve, l’amateur indulgent n’y verra qu’une compilation de meilleurs moments de ses films adorés, tandis que le fan moins charitable y verra une redite longue, pénible et sans intérêt.
Unborn (The Unborn), un film de David Goyer, scénario de David Goyer.
Avec : Odette Yustman (Casey Beldon), Gary Oldman (Rabbin Sendak), Cam Gigandet (Mark Hardigan), Meagan Good (Romy) et Jane Alexander (Sofi Kozma).
Musique : Ramin Djawadi.
Photographie : James Hawkinson.
Durée : 87 minutes.
Crédit photographique : Universal Pictures.
- « Le Maître de Bangor » est un des surnoms de Stephen King. Bangor est sa ville de prédilection (il la cite dans de nombreux écrits) et il y vit depuis de nombreuses années. Elle se situe dans l’État du Maine, au nord des États-Unis, de même que la ville de Portlan, où Stephen King est né en 1947 (à ne pas confondre avec la ville du même nom située dans l’État de l’Oregon). [↩]
- En vrac : un Dracula beauf qui se balade en plein soleil chemise ouverte, pectoraux saillants, un personnage qui menace de tuer un vampire en pétant après avoir mangé de l’ail, des chiens – parmi lesquels un Loulou De Pomeranie – vampires… [↩]
- Il faut bien préciser, à sa décharge, que sa relation avec Wesley Snipes, rôle-titre et producteur du film, a été plus que tumultueuse. [↩]
Cédric Le Men est responsable des rubriques Cinéma et DVD. C'est aussi un des rédacteurs DVD & Blu-ray du magazine.
Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Cédric Le Men

