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Angela et Marina de Nancy Huston

Par Delphine Kilhoffer • ven 13 mar 2009 • Categorie: Théâtre

Jusqu’au 28 mars 2009

Appréciation de Delphine niveau 1

Angela et Marina sont les deux filles d’une danseuse internationale qui les a très tôt abandonnées aux bons soins de leur père pour pouvoir vivre sa carrière artistique. Devenues adultes, les deux sœurs confrontent leur vision de leur mère et l’héritage psychologique qu’elle leur a donné à porter. Angela, l’aînée, veut transposer leur histoire familiale dans son prochain spectacle, alors que Marina cherche désespérément à comprendre.

Angela et Marina est à ce jour la seule escapade vers l’écriture théâtrale de Nancy Huston, auteure avant tout connue pour son œuvre littéraire et ses essais. La dame a l’art des mots et des émotions. Le texte est superbe, foisonnant, plein de cet amour de la langue qui caractérise cette grande romancière, qui la fait jouer avec les mots, leur rythme, leur sonorité. On retrouve dans cette pièce de nombreux thèmes qui traversent son œuvre : la filiation, la place de la création artistique, l’ancrage de chaque destin dans l’histoire. Des thèmes fondamentaux, qu’elle traite avec humanité, en n’ayant peur ni du cru ni du rire.

Affiche Angela et Marina

Il est évident que les deux comédiennes, Ana Torralbo et Lucie Mandon, s’en donnent à cœur joie, quitte à parfois jouer un peu trop « grand » pour une salle somme toute assez intimiste. Elles sont toutes deux émouvantes, drôles, et font passer avec justesse la complexité des relations entre sœurs. Elles s’aiment et se jalousent, se protègent et se mettent en danger, se déchirent et se câlinent… Deux femmes qui se démènent comme elles peuvent, chacune avec ses moyens, pour surmonter l’absence de la mère, cet abandon malgré lequel – ou grâce auquel – elles se sont construites.

Comme elle est vraie, cette Marina qui est comme harcelée par le « pourquoi » et qui se laisse envahir par les chiffres pour calmer son angoisse. Toujours, elle compte : les marches d’escaliers, les lattes du plancher ou le nombre de personnes exterminées pendant la Seconde Guerre mondiale. Comme elle est vraie aussi, cette Angela qui préfère jouer, mettre en scène la vie, plutôt que de se poser des questions qui seraient trop douloureuses.

Si l’on se laisse emporter par la force de la pièce et par la générosité des deux actrices, on sent encore un côté un peu brut dans cette production. Un aspect qui, à la deuxième représentation, ressortait dans des accrocs techniques (les lumières, notamment) et des passages joués un peu trop rapidement, ne laissant pas toujours assez d’espace aux spectateurs pour recevoir les émotions dont vibrent les comédiennes. Angela et Marina étant à l’affiche pour un mois, il y a fort à parier que l’ensemble va gagner en fluidité au fil des représentations.

Angela et Marina de Nancy Huston, mise en scène d’Anaïs Coq, Aktéon théâtre
Avec : Ana Torralbo et Lucie Mandon

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Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
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2 Réponses »

  1. je ne savais pas que nancy huston avait écrit du théâtre. Le texte est publié ?

  2. Oui, le texte est publié chez Actes Sud, dans la collection Papiers. Bonne lecture !

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