Polly Jean Harvey et John Parish : un palindrome luxuriant !
Par Thierry The Civil Servant • jeu 9 avr 2009 • Categorie: MusiqueSortie le 30 mars

Le rock and roll anglais traverse un printemps de roses1. Après un album de Doherty comportant quelques unes des plus belles chansons qu’il ait jamais écrites, et sur lequel mon camarade Thomas Sinaeve n’a peut être pas fait preuve de tout l’enthousiasme que Grace/Wastelands méritait, voici le disque que beaucoup attendaient pour 2009 : le nouvel opus de Polly Jean Harvey.

Ou, car il convient que je sois un peu plus précis, le cinquième album de la paire John Parish2 Polly Jean Harvey3 et qui ne va pas lasser de surprendre l’auditeur averti de la belle (?) du Dorset (quoique l’effet de surprise a toujours été sa marque de fabrique). Mais ce n’est que le deuxième où son nom apparaît en tant que tel sur la pochette4. Il s’agit donc bien d’un album de PJ Harvey ET John Parish.
White Chalk, il y a deux ans, avait du désarçonner plus d’un fan de PJ, avec ses sonorités de folk pianistique et ses ballades cruelles et monocolores, telles la chanson du même nom ou The Mountain5.
La nouvelle production de la future quadragénaire (eh oui déjà !) pourrait fort bien en laisser d’autres sur la rive, tant il est malaisé de lui trouver la moindre ligne directrice. Si chacun, lorsque tombent les premières notes de Black Hearted Love, est en droit de penser que A Woman A Man Walked By renoue avec un grunge pop déjà amplement défriché sur Story from the City, Story from the Sea, il ne lui faut attendre que le second titre pour changer d’avis. Sixteen, Fifteen, Fourteen le renvoie bien plus loin dans les limbes américano-indiennes qu’on a pu traverser parfois sur To Bring You My Love, ou chez Sixteen HorsePower6. Puis, ayant sans doute définitivement décidé de perdre leur auditoire, les compères PJ-JP offrent une mélodie qui fleure la violette de nos grand-mères, comme évadée d’un vieux microsillon poussiéreux oublié depuis des décennies au fond du grenier (Leaving California, qui n’est pas précisément un hymne à l’Etat de l’ouest américain), et plus loin une autre (April) que n’auraient pas reniée quelques chanteuses de blue-eyed soul. Sans doute toutefois l’auraient-elles différemment interprétée.

Le but d’une chronique n’est certes pas de décrire un album titre après titre (comme un vendeur d’automobile fait la promotion de son dernier modèle, mécanique et accessoires de série, quelle horreur, quelle erreur). Il n’en sera donc rien en ces lieux. Jouons plutôt ensemble à l’impressionniste. Ici des tâches fauves, là des traits tremblés, plus loin des rouges criards que viennent adoucir des pastels grisonnants. Un ensemble, qu’une grande variété de tonalités empêche de voir de trop près, comme si tout rapprochement était interdit tant l’osmose semble exclusive entre PJ et JP.
Seul, alors, un repli sur un prudent Aventin offrira la hauteur nécessaire pour comprendre que le couple a volontairement brouillé les pistes et semé des cailloux en tous lieux. Et de l’impressionnisme, on glissera vers Pollock, ses traits crachés épars sur la toile, aux couleurs vives qui s’entremêlent, jusqu’à ne plus composer qu’un entrelacis dont on ignore le sens mais pas la puissance évocatrice.
Une musique brouillard et dense qui, s’il faut absolument dropper des noms, va s’enraciner aussi bien auprès de Lou Reed que de Robert Wyatt. Un disque entre deux aventures pour Polly Jean, et dont il est plus que probable qu’il n’aura pas de petit frère. Ce qui le rend d’autant plus fragile. Et attachant.
Polly Jean Harvey et John Parish – A Woman A Man Walked By – Island
- Ce qui est bien le moins pour les Brittons. [↩]
- Effectivement, l’homme a collaboré à l’écriture et la production des albums To Bring you my Love, Is this Desire, Dance Hall at Louse Point et plus récemment à White Chalk. [↩]
- Amusant de constater le palindrome parfait que forment leurs initiales JPPJ. [↩]
- Après Dance Hall… [↩]
- Entre nous soit-dit, un album que j’avais adoré, une fois passé le choc de voir Polly troquer sa guitare contre une guimbarde Newsonienne, et ce en pleine mode des chanteuses nordiques et/ou froides et évanescentes. [↩]
- Produits en leur temps par John Parish. [↩]
Thierry The Civil Servant est un des rédacteurs Musique du magazine.
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PJHJP
Le palindrome était presque parfait, comme le crime.
Le H en trop, ce qui vaut mieux que trop de H
@ude
Oui, j’ai aspiré le H pour les besoins du palindrome.
“sur lequel mon camarade Thomas Sinaeve n’a peut être pas fait preuve de tout l’enthousiasme que Grace/Wastelands méritait”
Et attends un peu de lire mon avis sur le palindrome