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Cœur ardent d’Alexandre Ostrovski

Par Delphine Kilhoffer • ven 10 avr 2009 • Categorie: Théâtre

Jusqu’au 8 avril 2009

Appréciation de Delphine niveau 1

Dans les années 1840, le marchand Kouroslépov accumule les problèmes : on lui a volé deux mille roubles, il refuse toute discussion avec sa femme qui ne fait que lui chercher des noises et sa fille n’en fait qu’à sa tête. Comme si cela ne suffisait pas, sa consommation très généreuse d’alcool lui fait croire que le ciel menace à tout moment de lui tomber sur la tête ! Le bourgeois, pas vraiment gentilhomme, n’en a pourtant pas fini : le prétendant de sa fille étant incarcéré à tort pour « volerie », celle-ci s’enfuit de la maison pour l’aider.

La référence à Molière n’est pas gratuite, puisque Cœur ardent est une comédie de mœurs comme en écrivait l’auteur français. Amours déçues, autorités incompétentes, travestissements et bourgeois bouffons : tous les ingrédients sont présents. La critique sociale est explicite, c’est l’argent qui gouverne et rien d’autre. La police n’est motivée pour attraper les voleurs que si elle peut obtenir une part substantielle du magot, le richissime entrepreneur Khlynov est au-dessus des lois et même le bel amant rejette son amoureuse lorsqu’il la croit pauvre. Alexandre Ostrovski n’est pas tendre dans sa vision de la société russe qui semble survivre grâce à la corruption et l’alccol.

Visuel Coeur ardent

Qui dit farce ne dit pourtant pas gesticulation creuse. C’est bien là le défaut majeur de cette version, où les comédiens extériorisent tellement leur jeu qu’il en est vidé de sens. À chaque fois que Paracha, la fille de Kouroslépov, expose ses idéaux, elle se retrouve à brandir le poing comme une révolutionnaire. Pourquoi pas, encore faudrait-il qu’on la sente vibrer, habitée par ce qu’elle défend, mais non. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, car c’est l’ensemble des acteurs qui a été ainsi dirigé. Seul le couple formé par Kouroslépov et son épouse arrive à s’en sortir – peut-être parce que de toute façon leurs personnages sont superficiels. Plus gênant encore, à certains moments le texte ne passe pas, du fait de la diction soit trop rapide soit pas assez accentuée.

Dommage que l’interprétation ne soit pas plus équilibrée, car par ailleurs Christophe Rauck créé un univers visuellement très réussi et multiplie les bonnes idées de mise en scène. Cela fonctionne très bien lorsqu’il surligne le texte truculent de Cœur ardent – on pense notamment à la scène où Kouroslépov explique au gouverneur qu’il ne faut jamais écouter sa femme, mais juste lui « montrer son cul ». Le metteur en scène n’hésite pas à faire des ralentis drôlissimes autour des scènes de combat ou encore à mélanger de façon flamboyante les genres et les époques lorsque l’on se trouve chez le décadent Khlynov.

Cœur ardent est un spectacle frustrant. Au cours des trois heures de représentations, on se laisse parfois emporter, certains passages de comédie font rire, mais d’autres moments s’étirent et agaçent. Il serait injuste de rejeter en bloc le travail qui nous est présenté, mais l’on regrette d’autant plus que Christophe Rauck n’ait pas su totalement nous séduire, qu’il est évident qu’il a une vraie vision théâtrale à partager.

Cœur ardent d’Alexandre Ostrovski, mise en scène de Christophe Rauck, Théâtre de l’Ouest Parisien
Avec : Jan Hammenecker (Kouroslépov), Hélène Schwaller (épouse de Kouroslépov), Marc Chouppart (le gouverneur), Jean-Luc Couchard (Khlynov), Camille Schnebelen (Paracha)

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Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
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