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Akron/Family – Spirit of Ecstasy

Par Thomas Sinaeve • jeu 30 avr 2009 • Categorie: Musique

Sortie le 4 mai 2009

Appréciation de Thom niveau 2

Xavier Plumas, Elvis Perkins, The Delano Orchestra. Trois artistes1, trois albums. Trois visions différentes et complémentaires de la folk. Pour trois évènements musicaux considérables de ce début d’année 2009. Ajoutez à cela l’excellent dernier opus de Wille Nelson & Asleep At The Wheels (Wille & The Wheels, ou encore une autre vision), soit quatre disques du genre parmi les cinq meilleurs du moment, et cela ne fait plus aucun doute : si le rock n’a jamais été autant à la mode que ces derniers mois, c’est surtout la folk qui ne s’était plus portée si bien depuis très longtemps. Et encore s’arrêtera-t-on ici aux albums exceptionnels, oubliant d’évoquer ceux qui sont « juste » très bons, ceux des Marissa Nadler, Alela Diane, Howard Eliott Payne et autres Jeffrey Lewis. Même Chris Isaak vient de publier un de ses meilleurs disques depuis longtemps ! Et Dylan qui revient2

Tonalité générale de l’année 2009 ou simple hasard des calendriers3, il est trop tôt pour le dire. Mais il n’est pas interdit d’y voir la continuité logique d’années 2006, 2007 et 2008 ayant témoigné d’un retour progressif de la folk au premier plan. Car il ne s’agit pas uniquement d’un effet de mode : l’époque où les folkeux à guitares gémissaient leur dernière rupture sur des accords mineurs qui faisaient pleurer de plaisir les auditeurs de RFM semble aujourd’hui préhistorique. Chacun des quatre artistes évoqués en introduction à cet article a apporté sa propre vision et développé sa propre esthétique, c’est folk et acoustique soit – c’est surtout à chaque fois étonnant et singulier.

Inutile de dire que dans un tel contexte, Akron/Family4 vient de frapper un grand coup. Au milieu de ces sorties abondantes et souvent passionnantes, il manquait un chef-d’œuvre absolu pour mettre tout le monde d’accord. On soupçonnait le quatuor de Brooklyn d’en être capable depuis son premier album éponyme, il y a quatre ans. On l’en avait senti très proche en 2007, alors que paraissait le superbe Love Is Simple. C’est désormais chose faite. Et qu’il s’agisse d’une coïncidence ou non (l’histoire nous le dira dans quelques temps), le fait que ce Set ‘em Wild, Set ‘em Free changeant le drapeau américain en banière barbouillée sorte maintenant et pas dans un an a des allures de symbole fort. La folk n’appartient plus aux seuls Américains, semble dire la pochette. Et de fait : on entend depuis deux ans un nombre considérable d’excellents albums folk-rock publiés par des Anglais, des Français… etc.

Pochette de l'album Set 'em Wild Set 'em Free

Qu’on ne s’y trompe cependant pas : si vous voulez entendre de jolies comptines acoustiques aux mélodies immédiatement mémorisables et solubles dans l’eau de votre douche, ce disque n’est pas pour vous. La principale raison pour laquelle on adore Akron/Family depuis des années, c’est justement parce que le groupe ne fera jamais ce genre de disque. Classés par certains dans la catégorie folk expérimentale, ces quatre multi-instrumentistes ont toujours cherché à faire exploser les schémas et autres carcans, plus influencés par le psychédélisme des Byrds ou du Band que par le seul Bob Dylan5. Et cela n’a jamais été aussi vrai que sur Set ‘em Wild, Set ‘em Free, qui les voit asseoir leur statut de groupe majeur et s’accaparer le titre ô combien envié de « Radiohead folk ».

La comparaison est loin d’être abusive tant ce quatrième album propulse la Family (pour les intimes) dans des sphères jusqu’ici inconnues. De la folk, oui, bien sûr. Des guitares acoustiques, évidemment. Mais aussi un rock psychédélique des plus singuliers, incomparable et donc par extension difficilement classable. Dès les premières notes de l’entêtant Everyone Is Guilty on est littéralement renversé par la rythmique syncopée ou la folie furieuse s’emparant des chœurs. Funky, tribale, explosive… cette introduction ahurissante, peut-être la meilleure chanson qu’on ait pour l’instant entendue en 2009, est un parfait résumé de la suite. Une suite qui, de la luxuriante River à la quasi gospel Last Year, en passant par l’electro-folk Creatures ou l’époustouflante Many Ghosts, laisse l’auditeur K.O. debout. L’adjectif « splendide » vient assez vite à l’esprit. Dans tous les sens du terme : « splendide » parce que Set ‘em Wild, Set ‘em Free a des allures de performance tant Akron/Family s’y affranchit des influences et des étiquettes, proposant l’un des disques les plus originaux de ces dernières années… mais aussi « splendide » dans l’absolu, « splendide » parce que c’est toujours très, très beau. Commencer l’article en évoquant la folk est d’ailleurs à la fois juste et trompeur : à la première écoute, Akron/Family semble n’avoir plus grand-chose de folk. Mis à part l’essentiel : un background et un état d’esprit suffisamment affirmés par le passé pour convaincre l’auditeur que l’idée est bien, désormais, de mettre en pièces les schémas habituels du genre. La diluvienne MBF l’atteste : le quatuor de Brooklyn n’a désormais plus peur de brasser les héritages traditionnels d’où qu’ils viennent, qu’il s’agisse de ses États-Unis d’origine comme des îles ou de l’Afrique. Son nouvel album est bien plus qu’un disque : c’est une invitation au voyage, à une étonnante odyssée psychédélique traversant les âges et les styles musicaux. Après tout c’est vrai : à quoi bon se limiter à un disque acoustique, ou électrique, ou électronique… si l’on est capable de faire tout cela à la fois ?

C’est peu dire qu’Akron/Family en est capable. Jamais groupe n’a paru aussi libre et enthousiaste (d’où le titre ?). Cette créativité débridée a-t-elle encore des limites ? La suite nous le dira. D’ici là on ne pourra qu’encourager nos lecteurs à faire un véritable triomphe à cet album – histoire de confirmer ce que l’on devine déjà : que ce Set ‘em Wild, Set ‘em Free va marquer son temps.

Set ‘em Wild, Set ‘em Free, d’Akron/Family, édité chez Crammed Records
Crédit photo : Akron/Family

  1. Dont deux français, cela mérite d’être souligné. []
  2. Difficile d’en dire plus, puisque si à l’heure où vous lisez ces lignes Together Through Life est dans les bacs, à l’heure où nous les écrivons personne ne l’a encore entendu… []
  3. Iron & Wine sera aussi de retour le mois prochain ! []
  4. Voir par ailleurs la biographie du groupe sur Alternative Sound. []
  5. Rappelons que le Band était, tout simplement, le groupe de Bob Dylan, également titulaire d’une triplette de chefs-d’œuvre réalisés sans lui : Music From Big Pink (1968), The Band (1969) et Stage Fright (1970). []
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Thomas Sinaeve est le responsable de la rubrique Musique. C'est aussi un des rédacteurs de cette rubrique.
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6 Réponses »

  1. Première trace laissée ici, mais je reviendrai dès que j’aurai écouté (ou après) l’album du moment.

    Reste ma découverte depuis déjà une demi-heure du premier album, époustoufflant. Effectivement, Radiohead fold n’est absolument pas exagéré. On y rajoutera quand même du Pavement, voire du Beta Band pour compléter l’impression générale que donne le groupe, par son apparente simplicité, alors que c’est si complexe, si complexe ! Abbey Raod a encore un digne descendant, et ils ne sont pas beaucoup à pouvoir tenir la filiation.

    Nous verrons en fin de uiquène si je peux plusser cette claque que je me prends, ou quoi.

  2. Deuxième exercice de style de la journée, sur le thème : commente en direct ta découverte d’un album et fais chier les lecteurs en l’éditant en commentaire d’articles de blogs renommés (bien qu’un opeu surfaits, ceci dit en passant).

    Et donc, Akron/Family, pour son numéro de l’année 2009 :
    1 Everyone Is Guilty Alors bon, ça commence assez mal, avec du prog funk un peu Taï Phong (ce n’est pas négatif pour moi, mais si mais si) et un break monumental à 4’ environ.

    2 River Tien, S&G sont en cabine ? au moins dans la tête des gars. Ca vire un peu irlando-dEUS pour l’ensemble (option musique malienne, mais nous sommes tous les enfants de Damon, bon sang d’bois !),

    3 Creatures Quand je disai par ailleurs que l’album de 2005 est s^putrement celui que Pavement aurait pondu dans les 2000, ce Creatures est du pur Beta band, dans la forme et dans l’esprit : klégèreté, précision, une intensité pas pesante mais qui vous empêche de vous évader, vous tourneboule le ciboulot comme le vortex d’un RobotMarie en slow motion. Vindjiou, ça remet en question la théorie de l’infertilité musicale des années 2000 : rien de neuf, mais le folk le plus supportable de tous les temps est né 40 ans après !

    4 The Alps & Their Orange Evergreen Merde, Bob… En ce lendemain du décès de la Mary de Peter & Paul, c’est mauvais signe, comme une épitaphe en forme de tremplin. Folk is not dead ? Hm, il semblerait que non. Pis : il naît enfin.

    5 Set ‘Em Free Un chtiot relent floydien en intro, une revisite à S&G, me revissent Akron/Family dans la catégorie folk, à mon plus grand désespoir. La découverte de l’album de 2005, pas plus tard que tout à l’heure, m’avait rangé les famille plus prêt de Radiohead et du Lo-Fi high class (… moui, pléonasme) que des folkeux. C’est magnifique, mais bon, j’aime pas le folk. Tiens, c’est fini. Chouette, mais c’était quand même très beau.

    6 Gravelly Mountains Of The Moon Ah, plus complexe que ça. Ceux qui connaissent les Surely (en fait, l’album éponuyme de Supertramp en 71), les premiers Genesis ou encore toute cette prog un peu baroquisante, n’hésitant pas à employer les cuivres d’ensembles à cors plutôt que les violoncelles beatlesiens, sauront qu’on peut rester actif même après un bon LSD. Et pendant que je lance ça, l’enfer joyeux se déchaîne (le refrain à 2’30) sans que je ne l’ai su ! ha ha ha ^^(rire de surprise et de contentement, genre : « j’le savais »)

    Pff, incroyab’ ce délire et cet atterrissage.

    7 Many Ghosts Bon, on se détache un chouia du folk depuis quelques minutes, pour revenir davantage dans l’autre grande inspiration, ce prog un peu jazzeux un peu folkeux (le mixage de la voix très devant et très plate, incroyable comme c’est typé et agréable quant on a été élevé à ça), un peu baroque. Qui saura me dire en quoi il est honteux d’écouter les premiers Tai Phong, Yes, Genesis, Supertramp ou les PF de 70-72 ? Hm ? Qui ?
    C’est quand même Genesis et yes qui, très étonamment prennent le pas avec un morceau comme celui-ci. Et on en vient à réfléchir à ce que deviendra cet album dans quelques années. On ne peut pas lui coller une construction qui serait trop cliché, archétypale, téléphonée. Loin de là. Reste qu’il y a une cohérence qui peut paraître datée, et dont on ne peut parier du succès à venir.

    8 MBF À nouveau, très 71 ! Allez, sans commenter, j’écoute et je fais le pari que je serai surpris dans quelques minutes par un break ou autre.

    he he, bingo ! limite Zappa. Pour un final JSBE meets Mike Patton. Géant

    9 They Will Appear Putain, mais ces mecs n’arrêteront-ils donc jamais. Le boum boum mets la pression, une guitare à peine distordue apporte une fausse légèreté, mais la tension est posée, là.

    Retour malien en fin d’un morceau d’anthologie (c’est à dire qu’il est à la fois digne de figurer dans de nombreuses anthologies thématiques, et qu’il est lui-même une anthologie de tellement de choses qu’on en ferait un excellent sujet de master 2 aux Beaux-Arts).
    Whaou.

    10 Sun Will Shine (Warmth Of The Sunship Version) Ces mecs vont-ils se calmer. À la presque fin de l’album, je n’y trouve pas la même cohérence que le premier album. Mais en revanche, il y a par-delà la diversité une telle force par les éructances de la plupart des morceaux qu’on se dirige qu’il y a fort à parier que j’écouterai encore au moins une fois.
    Ou 2.
    Ou 30.

    11 Last Year Je capitule. ^^.

  3. [...] lorsque votre serviteur évoquait avec moult superlatifs le fabuleux dernier album d’Akron/Family. Difficile ceci dit de ne pas en remettre une couche. Oh bien sûr, pour un Elvis Perkins In [...]

  4. Sinon Love Is Simple est très très beau (et bon) aussi (certains le préfèrent d’ailleurs encore à celui-ci, notamment notre ami Nyko, je crois…)

  5. [...] ait un peu de mal à vraiment comprendre ce que Dana veut dire lorsqu’il déclare que Set ‘em Wild, Set ‘em Free, dernier album en date et chef-d’œuvre encensé dans nos pages, est un album « plus [...]

  6. [...] qu’on ait un peu de mal à vraiment comprendre ce que Dana veut dire lorsqu’il déclare que Set ‘em Wild, Set ‘em Free, dernier album en date et chef-d’œuvre encensé dans nos pages, est un album « plus collectif [...]