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Joseph Léon – Hard as Love – Le mince sourire du survivant

Par Thierry The Civil Servant • jeu 21 mai 2009 • Categorie: Musique

Sorti le 26 mars (diable, je suis en retard)

Appréciation de Thierry niveau 1

Oh putain encore du folk. Et français qui plus est ! Et chanté en anglais !

Les talons me chatouillaient pour que je les tourne. Je pense que ça peut se comprendre. Le renouveau folk a eu le destin de toutes les modes. Cantonné dans un ghetto indie dans un premier temps, alors qu’on ne jurait que White Stripes ou Strokes, il s’en est, par la grâce de quelques très grand(e)s artistes (Chan Marshall bien sûr, mais bien d’autres aussi) échappé pour redevenir genre à part entière à mesure que la lassitude des stridences électriques commençait à gagner. On redécouvrit Hardin ou Drake (il est curieux d’ailleurs qu’il n’en fut pas de même de Fairport Convention et en particulier de Richard Thompson qui est, du genre, peut être le plus grand guitariste de tous les temps)1, et puis l’on se dit qu’il y avait là le nouveau eldorado, et qu’il convenait d’abreuver de guitares sèches et de ruralité la masse des auditeurs2.

Alors on ouvrit grand les oreilles sur les MySpace qui fleurissaient de par le monde comme du chiendent dans un jardin écologique (non traité le jardin, vous aviez suivi !). Pour le meilleur (Alela Diane évidemment, Jesse Sykes dans un registre plus americana, Marissa Nadler, même si je regrette chez elle un certain manque d’aspérité, Moriarty chez nous) et pour le pire (ces palanquées de chanteurs et chanteuses que chaque blog, jaloux de sa mini-découverte, sort à tour de rôle, pour une gloire d’une semaine). Bon j’arrête le name dropping3.

Joseph en son jardin assis

Alors Joseph Léon, ancien col blanc, juriste, qui refait sa vie en troquant ses codes contre des cordes, et qui est le énième à s’inscrire dans la lignée des folkeux américains (Saint Dylan, Père Guthrie, pardonnez-leur, ils ne savent pas toujours ce qu’ils font), autant vous dire qu’il ne partait pas avec des points bonus sur ma platine. Et…

…trois écoutes plus tard, je suis persuadé que je ne serais qu’un foutu petit con4 si je réglais en trois lignes son compte à un homme qui a manifestement un truc ; de ceux que l’on acquiert malgré soi, au contact des autres, ces autres dont on sait bien qu’ils sont l’Enfer. Un truc, dont on n’a pas envie qu’il soit étouffé à peine éclos, juste parce que, faire du folk en 2009 est à peu près aussi hype que de se présenter chez un éditeur avec un bouquin-rock (« Vous êtes bien aimable cher monsieur, mais on a notre comptant »).

Pas un album très gai, Hard as Love. En interview, Joseph Léon assume le fait que lui non plus ne l’est pas tellement. Dont acte. Apprêtons-nous, donc, pour une quarantaine de minutes dépressives me dis-je in petto.

pochette de Hard as Love

À tort. On a plutôt affaire à une musique comme dégagée, apaisée, une musique qui toucherait la grève après avoir affronté les tempêtes en haute mer, trop longtemps et trop violemment, et qui n’en reviendrait pas d’être encore de ce monde. Oui, une musique de survivant. Possédant en elle la mélancolie de ceux qui ont vu leurs camarades chuter par delà les rambardes quand les vagues se faisaient meurtrières, et qui savent que jamais l’océan ne les rendra ; et la sérénité que donne la certitude qu’après avoir doublé les caps les plus sournois, affronté les maelströms et les brisants, où qu’on portera sa coque, elle aura tant été giflée qu’il sera désormais difficile à la mer de la briser.

Les premières chansons de l’album, que je vous engage à écouter plusieurs fois pour mieux en découvrir les richesses mélodiques cachées, vous diront mieux que ces mots l’ambiance clair-obscur que dégage Hard as Love dans ses meilleurs moments. Up in the Air, Myriam ou Painless surtout. Malheureusement, Joseph Léon fait quelques détours (les a-t-il crus obligés ?) par une country dispensable (San Francisco Bay) et un titre laid back piano bar (Forever Cold). Et c’est bien regrettable, car, comme si ces chansons brisaient le charme qu’avaient installé les premières, Hard as Love baisse d’un ton vers la fin, The Long Drink apparaissant comme l’exception, une sorte d’ultime systole5 avant électrocardiogramme plat.

Ce qui nous fait une bonne moitié des chansons qui sont habitées de cet étrange et beau sentiment de déréliction détendue, d’olympienne déprime, de quiète neurasthénie, entre regrets et sourires, et qui emportent bien au-delà des limites que semblent s’être assignées une large partie des groupes de la scène folk francophone actuelle (et pas que francophones d’ailleurs), limites que, hélas, Joseph Léon croit utile de respecter sur le reste de ses titres. Bon, une moitié d’excellentes chansons, chacun sait que cela fait en général un bon album. Dont on va attendre la suite en faisant nôtre l’attitude de calme tourment qui marque le meilleur de Hard as Love.

Joseph LeonHard as Love – Real Time Records/Diese
Crédits Photographiques : MySpace de Joseph Leon – Photo de Joseph Léon dans le jardin : Edward Silhol

  1. Peut être a-t-il à cet égard, simplement, le, tout relatif, malheur d’être toujours vivant []
  2. Exagération de ma part bien sûr, mais on n’est pas là pour être tout à fait objectif – des historiens s’en chargeront bientôt - []
  3. Qui n’a d’autre but que d’attirer les égarés de la requête Google – ben oui désolé, les cheftaines nous donnent des objectifs de visites qu’on a tout intérêt à atteindre []
  4. Ouais allez-y c’est facile.. []
  5. Contraction cardiaque évacuant le sang vers le système circulatoire []
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Thierry The Civil Servant est un des rédacteurs Musique du magazine.
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Une Réponse »

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