Entre fleurs et violences de Viviane Campomar
Par Martine Galati • sam 23 mai 2009 • Categorie: LivresParution en mars 2009

« Consciencieusement, Madeleine soude ses paupières, s’enfouit un peu plus sous la couverture. Ne pas lui accorder la victoire trop tôt. Il se doute bien qu’elle est réveillée, que Muriel, dans la chambre attenante, bout, sa meilleure arme à elle est de faire comme si elle n’entendait rien, comme si elle dormait encore, ça l’énervera. Piètre revanche, certes, mais c’est toujours ça de pris. La voix monte d’un cran, le registre devient plus grossier, plus provocant.
- Enfin bordel de merde, qui c’est qui les a pris ces chaussettes ?… » (extrait de Les chaussettes)

Enfin, oui, qui les a prises ces fameuses chaussettes ?
Et pourquoi commencer cette chronique par un extrait d’une nouvelle tirée du recueil de Viviane Campomar Entre fleurs et violences paru aux éditions D’un Noir Si Bleu ?
Pour donner le ton tout simplement. Vous mettre de suite dans le bain, dans la confidence de ces nouvelles ordinaires et extra-ordinaires tout en même temps.
Ordinaires parce qu’elles nous parlent de notre quotidien, de situations vécues ou connues, de personnages comme il nous arrive d’en croiser régulièrement, peut-être pas tous les jours quoique… en y réfléchissant bien…
Extra-ordinaires, volontairement écrits en deux mots, car le fil conducteur de ces nouvelles est la Femme, avec un grand F. Ce recueil est paru en mars, mois de la Journée Internationale des Femmes, et commence d’ailleurs par une nouvelle titrée de cette date Le huit mars. Faut-il y voir un signe ? Visiblement, la réponse est oui.
Qu’elle soit épouse modèle atteinte d’un cancer du sein, vagabonde sans domicile fixe, mère au foyer, employée d’usine victime de harcèlement moral, sans papiers craignant à chaque seconde un retour forcé au pays, ou encore épouse fuyant du mieux qu’elle peut la tyrannie domestique de son mari et tentant le tout pour le tout pour éviter l’anéantissement complet de sa personnalité, chacune de ces femmes pourrait être notre voisine, une amie, une sœur, nous aussi, pourquoi pas ? Tellement on a l’impression évidente de les connaître, de partager vraiment cet espace de vie avec elles.
Treize nouvelles composent ce recueil. Treize nouvelles pour treize rencontres. Là aussi faut-il y voir un signe ? Je ne m’y hasarderai pas mais le fait reste troublant.
Viviane Campomar nous expose ainsi treize tranches de vie. Avec pudeur, sensibilité et affection. De la poésie également affleure à chaque mot, chaque phrase, dans chaque texte.
L’écriture est douce et se partage comme un secret qu’on se confierait tout doucement, à fleurs de mots.
Par petites touches légères, l’auteur nous entraîne bien volontiers à sa suite dans ces univers à la fois familiers et inconnus. Avec ces femmes, on a envie d’avancer, de tourner une page, de croire en un avenir meilleur. Parfois ça marche. Parfois pas. C’est la vie qui veut ça, pourrait-on dire avec fatalisme.
Et si, au contraire, on ne se contentait pas de cette réponse trop convenue ?
Roseline, Petit Bonnet qui a oublié jusqu’à son prénom, Adriana, Myriam fragile adolescente, Madeleine, Jiang-Li, Stanika, Jamila, et toutes les autres qui ne sont pas nommées mais qui nous sont si proches par leur histoire ou par leur combat, à vous toutes, vous remettez les femmes, la femme, au cœur du débat, à sa place, sans ostentation, sans revendication vindicative ! Seulement à sa place. Ni plus, ni moins. Surtout pas moins ! Rien que pour cela en effet on est avec vous, on vous soutient, vous encourage et on ne peut qu’apprécier et s’incliner.
Un beau recueil, au ton juste, à lire pour le bonheur des mots et la justesse du propos.
Entre fleurs et violences de Viviane Campomar
Illustration de couverture : Vanité – Alfred Pierre Agache (détail)
Crédit photographique éditions D’un Noir Si Bleu
Martine Galati est la responsable de la rubrique Livre. C'est aussi une des rédactrices de cette rubrique.
Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Martine Galati

