Faith No More – Un menu maxi best of difficile à avaler…
Par Thomas Sinaeve • jeu 4 juin 2009 • Categorie: MusiqueDisponible depuis le 1er Juin 2009

En ces temps de crise du disque rabâchée jusqu’à l’écœurement, de lois anti-téléchargement et de révolte historique d’une poignée de passionnés de musique à l’encontre de l’industrie qui la régit, il est possible que d’aucuns s’interrogent sur la défiance des esthètes vis-à-vis de major companies se voulant garantes d’un système de plus en plus décrié. Pourquoi tellement détester le music-business, alors que, précisément, le rock n’a jamais été qu’une musique commerciale et assumée comme telle (mieux encore : à l’origine, le rock’n'roll est né de l’envie de vendre plein de disques à plein de gens1) ? À cette question légitime, et si toutefois les nombreux articles parus ces derniers mois2 n’ont pas suffi, Faith No More vient de fournir une réponse aussi involontaire qu’éclatante… Faith No More ?

Faith No More (FNM pour les intimes), c’est bien sûr ce grand groupe des années 80 et 90, ce collectif considérable emmené par Billy Gould, Jim Martin3 et (à partir de 1989) Mike Patton, qui révolutionna au moins autant le rock que le show-business en imposant sur les ondes de MTV une insolence créative jamais remise en question, un véritable ovni musical pour lequel l’adjectif « inclassable », souvent employé à tort et à travers, semble avoir été inventé. Faith No More qui a (très bien) vécu, distillant durant quinze ans des albums fantastiques avant de séparer en 1998. Faith No More qui a annoncé une prévisible reformation il y a quelques mois, sans véritablement provoquer d’engouement tant sur leur dernière tournée, les musiciens donnaient l’impression de monter sur scène comme d’autres vont au bureau4. Il n’empêche : nous ne saurions que trop conseiller aux lecteurs de Culturofil, et notamment aux plus jeunes qui connaissent sans doute moins bien que leurs aînés ce groupe un peu oublié par l’histoire récente, de se pencher au plus vite sur ses trois chefs-d’œuvre : The Real Thing (1989), Angel Dust (1992) et King for a Day… Fool for a Lifetime (1995). Faith No More s’y montre aussi à l’aise dans la fusion (Epic) que dans la soul-pop (indispensable reprise d’Easy), dans le metal (Digging the Grave, Ashes to Ashes) que dans l’électronique planante (Stripsearch), inventif, sans complexe et – ce qui ne gâte rien – pourvu d’un humour souvent imparable (We Care a Lot, Be Agressive… et toutes les autres, en fait). Des titres cultes, souvent doublés de tubes, qui figurent bien entendu tous sans exception au menu du best of qui paraît ces jours-ci.

Car oui, Faith No More publie cette semaine un best of. Un de plus. Un de trop, pour ne pas dire « un de plus de trop », puisque c’est rien moins que la sixième compilation publiée par le groupe depuis 1998. « Par le groupe » étant bien entendu une façon de parler ; on peut légitimement s’interroger sur la part réelle de Mike Patton et de ses camarades dans la réalisation de cet objet copieux (deux cds), quand bien même celui-ci (contrairement aux autres) porte un de ces titres goguenards typique du collectif : The Very Best Definitive Ultimate Greatest Hits Collection. Au moins la couleur est-elle annoncée d’entrée de jeu, même si en l’occurrence on est sans doute plus proche du cynisme le plus irritant que d’un véritable sens de l’humour. On avait connu Faith No More plus inspiré, notamment lorsqu’il intitulait son greatest hits de fin de contrat Who Cares a Lot?, renvoyant subtilement dans les cordes son label de l’époque, qui lui avait forcé la main concernant la publication hâtive5 de cette compilation plutôt inégale (litote).
Il est vrai que si le best of est un exercice toujours fastidieux et très souvent absurde, son ineptie est poussée au paroxysme dès lors qu’il concerne un groupe comme Faith No More, dont aucun album (voire souvent aucune chanson) ne ressemble aux autres. Mis à part leurs intitulés sarcastiques il y a si peu de points communs entre un We Care a Lot (le premier, en 1985) et un Album of the Year (le dernier, douze ans plus tard) que l’idée de compiler FNM a quelque chose de profondément risible. A plus forte raison en 2009, à l’heure où, sans même aller jusqu’à télécharger illégalement, il est déconcertant de facilité de se procurer tous les albums du groupe pour une somme encore inférieure au prix de cette Very Best Definitive Ultimate Greatest Hits Collection. Dont le seul pauvre titre de gloire, en dehors du fait de compiler pour la sixième fois en dix ans les mêmes dix-huit chansons6, sera donc de proposer sur le second cd une poignée de morceaux scandaleusement présentés comme inédits, ce qu’aucun d’entre eux n’est vraiment – pas étonnant : à force de se fendre d’une poignée de raretés à chaque nouvelle compile, il ne reste plus des masses de matériau frais. Et quand bien même : là encore, en 2009, le concept de raretés semble très relatif tant le Net a rendu tout disponible pour tout le monde. On peut trouver cela bien ou mal, formidable ou regrettable… peu importe : les faits sont là. Faut-il que le label éditant cet objet7 soit crédule pour oser penser qu’un fan (synonyme en langage libéral à « vache à lait») mettra la main au porte-feuille pour acheter un album dont il connaît déjà quasiment tous les titres à l’exception d’un ou deux qu’il pourra tout aussi bien se procurer autrement (y compris en les copiant chez un ami moins retorse dans l’hypothèse où il ne disposerait pas d’un ordinateur !). Si encore le groupe, puisqu’il vient de se reformer, avait eu la politesse minimale de nous offrir ne serait-ce qu’un nouveau titre… mais non, c’était sans doute bien trop demander en pleine période de crise économique et alors que les stars ont tant de mal à payer leurs impôts…
Bref. Ce n’était probablement pas son but, il n’empêche : The Very Best Definitive Ultimate Greatest Hits Collection, peu importe la qualité (forcément) excellente de son contenu, symbolise typiquement le genre de procédé commercial d’un autre temps que l’explosion du Web a rendu totalement caduque. Signe du progrès, sans doute : il y a dix ans, le principe d’une sixième compile de suite nous aurait révolté. Aujourd’hui, il nous fait surtout rire.
The Very Best Definitive Ultimate Greatest Hits Collection, de Faith No More, édité chez 101 Distribution
Crédit photo : Faith No More
- Et en cela le traditionnel procès fait à certains artistes sur le mode du « pouah ! c’est commercial » ne peut que faire sourire, rien de plus commercial en effet que la manière dont a été lancé Elvis Presley ! [↩]
- Citons notamment celui-ci, signé de notre collègue G.T. [↩]
- Qui partira voir ailleurs si l’herbe est plus verte aux alentours de 1993. [↩]
- Rappelons d’ailleurs pour l’anecdote que dans le communiqué de presse annonçant sa séparation, le groupe avait bizarrement remercié ses fans et ses « associés » [↩]
- Une poignée de mois après le split. [↩]
- Disons : à peu de choses près… [↩]
- Il est d’ailleurs pour le moins triste de constater que ledit label n’est pas une major, mais un label indépendant clamant sur son site s’opposer au système de rémunération des artistes imposé par les majors… tout en reproduisant un système d’exploitation strictement mercantile de l’auditeur, inventé par devinez qui ? Lesdites majors… [↩]
Thomas Sinaeve est le responsable de la rubrique Musique. C'est aussi un des rédacteurs de cette rubrique.
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Personnellement, c’est plutôt la reformation du groupe qui me laisse pantois. On peut légitimement se demander ce que va apporter le fait de voir ces types en live 10 ans après leur dernier album. Je dis ça alors que manquer FNM en live a été l’un de mes “grands” regrets mais je ne pense pas que j’irais les voir s’ils passaient par ici… Question de principe…
Ce best of, comme tu dis, c’est une énième farce de la maison de disque, donc il devrait être traité avec l’indifférence qu’il mérite…
SysT
Moi je les avais vus sur leur dernière tournée… pas terrible…
(en plus il ne se reforment pas dans le line-up originel, il faut le préciser, Jim Martin ne tournera pas avec FNM cet été…)
Oui, c’est le dernier line-up, période Album of the Year… bon le line-up originel, on aurait pas Patton, mis à part ça
SysT
Oui
Tu m’as compris : je voulais parler du “line-up historique” de The Real Thing et Angel Dust.
Perso j’y serai ^^
J’avais loupé leur dernière tournée, et comme SysTool, j’avais bien eu les boules… Quand à leur reformation, le projet ne date pas d’hier. Contrairement à ce qu’on pense, ils ne se sont pas séparés en mauvais termes, ils en avaient juste un peu plein le cul de ne faire que ça. Patton surtout, qui avait envie de se consacrer à ses autres et nombreux projets. D’ailleurs il a plutôt bien fait.
Bref, vivement le 29 aout :p
Ouais enfin… faire “que” ça… il a quand même sorti, du vivant de FNM, deux albums de Mr Bungle, et non des moindres, l’un et l’autre comptant sans doute parmi ce que les années 90 nous ont offert de meilleur
Sur scène, ça poutrait en 1995 comme en 1997 quand je les ai vus.
Je ne comprends pas trop le “principe” de ne pas aller les voir, faut peut etre aller se faire son avis soi-même.
Si c’est moins bien qu’avant j’irais écouter du Cabrel mais au moins je regretterais pas pendant 10 ans de les avoir raté.
PS : stripsearch et ashes to ashes c’est sur album of the year et donc sur aucun des 3 albums “références” précités.
Personne n’empêche personne d’aller les voir
>>> “PS : stripsearch et ashes to ashes c’est sur album of the year et donc sur aucun des 3 albums “références” précités.”
Je sais bien… je ne comprends pourquoi cette précision ??
Béh parce que généralement quand on cite 3 albums à écouter, ensuite on ne cite que des morceaux qui sont dessus, histoire que le néophyte ne se paume pas.
M’enfin soit, on va dire que c’était pour faire mon malin
Evidemment que personne n’empeche d’aller les voir, je voulais juste rééquilibrer la balance vu que les commentaires sont plutot négatifs jusque la.
Toi t’as pas aimé la dernière fois, moi oui, y a qu’un seul moyen de se faire une idée.
En tout cas FNM doit maintenant être le seul groupe qui ait sorti plus de best of que d’album studio, faudrait qu’ils se remettent au taf contrairement aux autres qui ont fait leur come back ces dernières années pour renflouer les caisses.
Ah d’accord ^^
Tu as donc raison de le préciser (je ne pense pas assez au néophyte). Il faut dire qu’en réalité, comme il n’y a pas de mauvais album de FNM, et qu’il y a très peu de mauvaises chansons… ça vient un peu comme ça vient
Plus de best-of que d’albums studios ? En fait je ne sais pas combien il y a de best-of (j’en avais compté six au moment d’écrire cet article, apparemment, mais il est possible qu’il y en ait plus). The Jimi Hendrix Experience a sorti plus de best-of que d’albums, aussi. Et les Doors également, il me semble. Il y en a quand même pas mal dans le genre… mais c’est vrai que dans l’époque contemporaine, ils sont peu nombreux à pouvoir se targuer d’avoir à ce point capitalisé de manière posthume (même si je suis toujours réservé sur qui touche les sous avec ce genre de disque)…
J’en connaissais que 3 des best of mais d’apres wiki c’est bien le 6ème
Contre 5 albums studios.
Comme exemple contemporain y KYO qui a sorti un best of apres 2 albums studio, mais la j’ai un peu honte de savoir ça.
Je sais pas a qui profite le crime exactement, mais la j’ai cru comprendre que l’excuse c’est que les morceaux sont “remasterisés 2009″. Pourquoi pas réarrangés par Phil Spector aussi !?!
Enfin au moins ils changent la set list, parce que Police, the doors notamment c’était bien souvent le même best of, seule la pochette changeait ou ils rajoutaient un carton autour
Comment ça, 5 albums studios ?
We Care A Lot / Introduce Yourself / The Real Thing / Angel Dust / King For A Day / Album of the Year
… ça fait bien six, non ?
Et je m’inscris en faux, cher monsieur : Kyo a sorti trois albums studio (mais je ne suis pas très fier de le savoir
)
C’est vrai qu’ils changent (un peu) la set-list… mais bon… on peut se demander pourquoi il n’ont pas encore sorti un gros coffret des faces B. et inédits, histoire d’en finir (ou alors ils se gardent ça pour leurs vieux jours…)
“il a quand même sorti, du vivant de FNM, deux albums de Mr Bungle, et non des moindres”
Nous sommes parfaitement d’accord, mais j’ai envie de dire que FNM restait quand même son activité principale, et quand on voit ce que Patton a fait depuis FNM, on sent comme une frustration. D’ailleurs il le dit lui même, et c’est une des raisons du split de FNM.
Et de toute façon, on s’en fout de tout ça, le meilleur best of de l’année c’est la bande (pas) originale de Good Morning England ^^
Là, par contre, nous sommes d’accord ^^