Fausta, la Teta Asustada de Claudia Llosa – Viva el Perú carajo !
Par Boeb'is • mer 10 juin 2009 • Categorie: CinémaSortie le 17 juin 2009
Inutile de dire que le cinéma péruvien est peu présent sur les écrans français. À part éventuellement No Se Lo Digas A Nadie de Francisco José Lombardi ou Madeinusa, le précédent film de Claudia Llosa, il faut être un assidu des festivals1 pour prétendre connaître le cinéma péruvien ! C’est donc en toute candeur que nous découvrons la jeune cinéaste péruvienne Claudia Llosa pour son deuxième film, Fausta, la Teta Asustada .
La Teta Asustada ( « le sein effrayé »), désigne une « maladie » magique frappant les enfants des femmes violées. Le traumatisme maternel serait transmis par le lait à ses enfants. Fausta, l’héroïne, est jeune péruvienne touchée par ce syndrome. Elle est perpétuellement effrayée par les hommes et rongée de l’intérieure, au sens propre, par la pomme de terre qu’elle a cachée dans son vagin pour se prémunir d’un viol hypothétique. Mais quand sa mère meurt, elle va devoir affronter ses démons.

On ne saura rien sur le contexte politique dramatique qui a conduit à ses viols. Paradoxalement pour un film sur la mémoire, la réalisatrice ne donne aucun détail sur les terribles années de terrorisme acharné (et de répression non moins acharnée) qui ravagèrent le Pérou durant les décennies précédentes ! Le film se concentre donc sur Fausta et sa difficile ouverture au monde.
Accablée par cette patate2 qu’elle refuse d’extraire de son corps, comme du cadavre de sa mère qu’elle n’arrive pas à enterrer dans son village natal, le chemin est long et difficile. On rencontrera au passage l’oncle de Fausta mariant sa fille, un jardinier sympathique, une riche créole3 défraîchie et un dragueur maladroit. Au fil des relations (et des non-relations) qui se nouent avec ces personnages, Fausta, apprendra à s’ouvrir aux autres et à dépasser sa peur… Le parcours initiatique est assez convenu. Le personnage de beauté-fragile-traumatisée se révélant parfois même légèrement tête à claque.

Pourtant, malgré ce côté film-à-festival, il reste étonnamment fascinant. On peut invoquer comme raisons la beauté des images ou le talent de l’actrice Magally Solier. Mais cette grâce vient peut-être du parti pris de ne pas juger les superstitions de ses personnages, donnant au film un ton se rapprochant du réalisme magique cher aux auteurs latino-américains4. Les meilleurs moments du film sont ainsi ceux qui sortent de ce ton grave un peu pesant et nous offre un portrait assez incroyable du Pérou. On assiste ainsi à des fiançailles et un mariage d’anthologie, dynamitée par de superbes chichas ((Variante péruvienne des cumbias colombiennes. On entend notamment plusieurs chansons de notre groupe de chicha préféré, les cultes Destellos, qu’on avait pu écouter sur youtube, ou sur de trop rares compilations telles que Latinamericarpet: Exploring The World Of Latin American Psychedelia et The Roots of Chicha: Psychedelic Cumbias from Peru. Espérons que ce film offre l’exposition internationale que ce groupe mérite!.)). L’aspect social et culturel est également d’un intérêt saisissant, avec par exemple cette déchirure entre la langue espagnole et la persistance du quechua pour l’intimité et quelques chansons magistralement chantée par Magally Solier. Le spectateur occidental sera également frappé par le gouffre matériel et social séparant les créoles et les cholos et leurs relations paternalistes malsaines.
Au final, ce tableau captivant du Pérou vient sans peine contrebalancer le personnage un peu trop linéaire de Fausta et confère au film un intérêt de premier plan. Couronnée d’un Ours d’or, Claudia Llosa pouvait difficilement introduire avec plus d’éclat son pays sur la carte de la cinéphilie mondiale. Gageons qu’elle saura l’y maintenir aux côté de ses fringants voisins que sont le Mexique, l’Argentine et le Brésil.

Fausta, La Teta Asustada , un film de Claudia Llosa
Avec : Magaly Solier (Fausta), Efraín Solís (Noé), Marino Ballon (Tío Lúcido), Susi Sanchez (Aída)
Photographie : Natasha Braier
Musique : Selma Mutal
Durée : 93 min
Crédit photographique : Jour2Fête
- Rencontres cinémas d’Amérique latine de Toulouse, Reflets du cinéma ibérique et latino-américain de Villeurbane, Festival international de cinéma latin à Paris et bien sûr le Festival du cinéma péruvien de Paris organisé par Perú Pacha. [↩]
- La patate est un motif récurent du film. Emblème du Pérou pré-hispanique, on la retrouve dans la cérémonie du mariage. Coïncidence ou non, c’est également le mot d’argot péruvien pour désigner le sexe féminin. [↩]
- Une criolla , c’est-à-dire une péruvienne d’ascendance européenne, par opposition aux cholos, les péruviens d’ascendance indienne ou métissés constituant 90 % de la population péruvienne. [↩]
- Notamment Mario Vargas Llosa qui n’est nul autre que l’oncle de Claudia Llosa. [↩]
Boeb'is est un des rédacteurs Cinéma du magazine, anciennement présent dans la rubrique DVD.
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Bonjour,
Je suis péruvien résident à Rennes. L’objet de mon message es une certitude: La teta Asustada aura “son” Oscar le 7 marz 2010
Vou pouvez me contacter pour plus de renseignements
Codialement
[...] La cumbia péruvienne par exemple a toujours eu un certain succès dans le reste de l’Amérique latine. Elle a influencé la cumbia argentine (cumbia villera) via la diaspora péruvienne installée à Buenos Aires mais aussi la cumbia colombienne. On peut citer le groupe colombien Afrosound mais surtout Rodolfo y su Tipica qui reprit la cumbia péruvienne La Colegiala de Los Ilusionistas et lui fit faire le tour du monde dans la célèbre pub nescafé avec le train ! Le dernier épisode de l’aventure cumbia est certainement l’avènement bouillonnant de la neo-cumbia (ou cumbia nueva). Il s’agit de la cumbia revisitée par la culture DJ dans la mouvance « global-ghettotech ». Une sorte de relecture hype de ce genre snobé pendant des décennies. Le jeune mouvement n’a pas encore pris au Pérou, mais on voit parfois poindre des remix neo-cumbia de classiques péruviens par des Argentins, et notamment Sonido Martines. La cumbia péruvienne est enfin disponible en Europe grâce à la compilation remarquée The Roots of Chicha: psychedelic cumbias from Peru. Enfin, plusieurs titres des « pères de la cumbia péruvienne » Los Destellos sont inclus dans la bande originale du film Fausta, la Teta Asustada. [...]