culturofil_header.jpg

Home de Yann Arthus-Bertrand – une vérité qui ne dérangera personne

Par Boeb'is • mer 10 juin 2009 • Categorie: Cinéma

Sortie le 5 juin 2009

On connaît la jolie petite histoire : Yann Arthus-Bertrand, nouveau héros de l’écologie médiatique, sort un documentaire diffusé gracieusement un peu partout dans le monde, le jour de la Journée mondiale de l’environnement, dans des lieux publics, sur youtube, et à faible prix en DVD. Home s’offre même le luxe de « compenser » ses émissions de CO2.

Certes on peut faire la fine bouche en constatant que François-Henri Pinault et Luc Besson sont de la partie en qualité de producteur et de distributeur. On peut également relever que le film n’est pas libre de droit comme cela a été affirmé partout, mais bel et bien soumis au copyright1. Mais après tout, les procès d’intention sont stériles et les multimillionnaires ont le droit d’avoir la fibre environnementale. Oublions donc l’auréole comme les cornes affublées expéditivement à Yann Arthus-Bertrand et ses partenaires et penchons nous sur son film. Car si la cause est assurément bonne, malgré ce que prétendent encore quelques irréductibles grincheux, encore faut-il que le film soit à la hauteur.

Or, si Yann Arthus-Bertrand n’a jamais été un grand photographe, il ne se révèle malheureusement pas non plus être un bon réalisateur. Ses photos vues du ciel étaient à la photo ce que la Vache qui rit est au fromage : pas désagréables, mais sans saveur. Beaucoup se demandaient même si ça relevait de la photo ou de la carte postale de luxe. Le problème est exactement le même avec Home. Des plans de paysages spectaculaires à faire pâlir n’importe quel guide touristique, mais qui ne sont rien de plus. L’intérêt pour ces jolies images décline rapidement, notamment à force d’abus de lumière rasante et de tartes à la crème photogéniques de documentaires environnementaux (l’éléphant, l’ours polaire, la baleine, le champ d’éolienne off-shore…). La musique ne relève même pas le niveau avec des chansons omniprésentes et peu inspirées, entre world music mal digérée et BO de thriller hollywoodien.

Le scénario, et c’est là le véritable ennui, est malheureusement du même acabit. Il énumère les grands problèmes environnementaux (biodiversité, réchauffement climatique, épuisement des ressources, inégalités socio-économiques…) déjà mille fois rabâchés. Mais il ne propose ni un regard nouveau, ni une rigueur scientifique particulière, ni même un ton ou un souffle qui viendraient le distinguer de n’importe quel documentaire. Au contraire, les problèmes qui fâchent sont évités et on reste dans le consensuel mou et gentil. Au fond, Home ressemble à un best-of d’un groupe de punk récupéré par MTV ; on élimine les aspérités et on garde les tubes inoffensifs. Et pourtant, il y avait tant à dire !

Il est vrai qu’on ne peut demander la Lune à ce genre de blockbusters grand public. Il est vrai aussi qu’il vaut peut-être mieux un Home qui sera vu des millions de fois que les petits documentaires de qualité voués à rester confidentiels. Mais ce joujou à douze millions d’euros semble tout de même un prêchi-prêcha un peu vain, et bien trop inabouti et superficiel pour convaincre d’autres personnes que les convaincus. Sans pourtant rien attendre de spécial de ce film, on ressort donc du Champ-de-Mars, outre le dos fourbu et les fesses en compote, déçu.

Home , un film de Yann Arthus-Bertrand
Narrateur: Jacques Gamblin (version cinéma) ou Yann Arthus-Bertrand (version télé)
Scénario: Isabelle Delannoy, Yann Arthus-Bertrand, Denis Carot et Yen Le Van
Musique : Armand Amar
Durée : 120 min
Crédit photographique : EuropaCorp Distribution

  1. une confusion entre libre et gratuit peu surprenante si on se souvient que Luc Besson a clamé haut et fort son incompétence en la matière. []
Tagué comme: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Boeb'is est un des rédacteurs Cinéma du magazine, anciennement présent dans la rubrique DVD.
Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Boeb'is

10 Réponses »

  1. J’ai vu Home ce matin et n’étant pas d’accord avec Boeb’is sur la critique qu’il en fait, je me permets donc d’intervenir (et peut-être, de proposer un autre regard sur ce film).

    Home est, selon moi, un film intelligemment construit qui a le mérite non-négligeable de montrer au grand public que rien, sur Terre, n’est isolé, que notre monde, nos comportements, la vie elle même fait partie d’un grand Tout, que les causes sont indissociables des conséquences et inversement. Il permet aussi de mettre à la portée du plus grand nombre certaines informations que les aguerris connaissent certes par cœur, mais qui échappent bien souvent – et plus qu’il ne paraît – à la masse.

    C’est aussi certain que le film manque résolument de références scientifiques. Mais qu’importe ? La réflexion que l’on se doit de faire est simple : d’un côté, nous prenons un risque en continuant notre activité comme nous le faisons. De l’autre côté, en changeant notre comportement, nous réduisons, voire même annulons ce risque en étant optimiste. C’est là le principe de précaution dont parlent de nombreux scientifiques. Donner des valeurs scientifiques exactes serait-il plus intéressant ou pertinent dans un documentaire grand public ? J’en doute fort. Montrer aux gens le résultat de nos actions et les risques que nous encourrons, voilà qui me semble infiniment plus juste.

    Quand à la beauté des images, je pense que c’est à chacun d’en juger. Pour ma part, je m’émerveille toujours autant de constater à quel point notre planète est belle et je m’effraie toujours autant en voyant le sort qu’on lui réserve. Et je fais pourtant partie des aguerris dont je faisais mention un peu plus haut… Les images montrent sans jamais être consensuelles à quel point l’Homme peut se montrer absurde. C’est déjà beaucoup.

    En ce qui me concerne, je ne saurais trop conseiller d’aller voir ce film, de vous le procurer d’une façon où d’une autre, et de le faire circuler au plus grand nombre : il est un excellent point de départ pour ceux qui n’ont pas encore pris la peine de se pencher sur les problèmes environnementaux que nous connaissons et possède en outre un message final exhortant au changement. Et bien sûr, n’oublions pas les Un Jour sur Terre et autres Une Vérité qui dérange, complémentaire du travail de Yann Arthus-Bertrand sur Home.

    Enfin, je tenais à ajouter qu’un film comme celui-ci, même s’il répète des informations déjà entendues par ailleurs, n’en est pas moins valable. Toute action visant à sensibiliser le grand public sont bonnes à prendre, dès lors qu’elle ne répandent pas de fausses informations. Home, s’il n’est probablement pas une grande œuvre du septième art, est néanmoins une première tentative française de mobiliser l’opinion publique, et c’est déjà beaucoup, là encore.

    Cédric Le Men

  2. Merci pour ton commentaire, ça doit bien être le premier que je reçois depuis que j’écris sur culturofil^^
    Comme toi je salue le fond du film. Mais ce n’est pas parcequ’un film est sincère, nécessaire, bourré de bonnes intentions que ça en fait un bon film. J’aurais peut être été moins exigeant s’il s’agissait d’un documentaire fait avec trois bouts de ficelles passant sur la 5eme à 3h du mat. Mais là, j’ai décidé de le juger comme un film de cinéma, et je n’ai pas eu l’impression de voir du cinéma. Autant, dans les photos de la terre vues du ciel, on avait ces même louanges pour la beauté de la Terre, et ça me dérangeait pas plus que ça. C’était joli, pas orde la photo d’art, mais des très belles cartes postales, et c’est déjà très bien. Autant pour faire un film, il faut plus que ces mêmes images et une voix off. Et sur la demonstration en elle même, je suis resté également sur ma fin. Ce qui était implicite dans les photos de YAB, devient assené comme une vérité. Au lieu de faire réfléchir le téléspectateur, on lui fait la morale. Et sans attendre de pensée géniale, j’attendais quand même plus que “la terre est belle, sauvons là”. C’est peut être le point de départ, mais c’est surtout le degré 0 de l’écologie. C’est comme dire, “il faut respecter les droits de l’homme”, c’est bien mais et après? Finalement, il reste à la surface des choses. Il ne dit pas ce qui devrait changer, sauf tirer sur des ambulances (les émirats arabes, los angeles…). J’attendais plus d’un film qui se dit engagé. A la fin, je trouve pas qu’on ait envie de changer quelque chose. La conclusion serait plutôt, ayons confiance dans les idées de l’homme (microcrédit) et dans le progrès techique (éoliennes etc), et laisse finalement le citoyen/consommateur/spectateur dans une position d’attente passive. Voilà voilà, finalement je paraphrase un peu mon article, mais peut être que j’ai précisé quelques points.

    Boeb’is

  3. Je vois que Cédric m’a devancé ^^

    Un mot rapide, pour dire tout d’abord que je trouve cet article très bon ; je n’en partage pas toutes les vues, mais je ne peux que féliciter Boeb’is pour avoir osé s’attaquer à l’indéboulonnable YAB et brisé le consensuel mou entourant un film qui, dans un autre contexte, n’aurait peut-être pas été si bien accueilli (ce ne sera sans doute pas ton dernier commentaire, vieux, il est même possible que tu te fasses insulter au passage).

    Au niveau des désaccords, je trouve que tu passes un peu vite sur le côté superproduction Besson-Pinault, d’une part. Je comprends que tu ne veuilles pas t’y attarder, mais c’est tout de même révélateur de ce que l’on soupçonne depuis les dernières présidentielles, à savoir qu’à force de récupération démagogique (je parle pour Besson, notamment, qui n’a jamais été connu pour ses positions écolos) il serait gravissime que le réchauffement climatique devienne les nouveaux Restos du Cœur (ou le nouveau problème des mal logés, en d’autres termes), la nouvelle cause consensuelle à la mode dont tout le parle, mais que personne ne résout. Ce n’est assurément pas un film aussi pauvre en idées (au sens “discours intellectuel”) qui peut apporter quoique ce soit au schmilblick, et j’oserai même dire qu’il est donné à peu près à n’importe qui de filmer un truc et de réciter un texte de manière emphatique (c’est quand même incroyable, après autant de docs, que YAB ne soit toujours pas capable de donner un peu de vie à sa diction).

    Concernant le film en lui-même, c’est lui faire beaucoup d’honneur que de le hisser, même pour rigoler dans le titre, à la hauteur du manifeste d’Al Gore, écolo certes, mais aussi extrêmement politisé, concerné et, par extension, intelligent et passionnant. C’est même ce qui le rend si puissant : irrécupérable en théorie, Une Vérité qui dérange a été récupéré par tout le monde, ce qui en dit long sur son impact et n’invalide en rien ses qualités. On peut rapprocher Home d’une Vérité qui dérange, pourquoi pas, mais ça revient à comparer un polar à un polar juste parce qu’il y a un meurtre dedans, si j’osais je dirais que ce serait comme de comparer Mary Higgins Clark à Raymond Chandler. Home est ennuyeux comme pas permis (ce qu’Une Vérité… n’est jamais), et pour le moins vide. L’homme, ce monstre qui détruit tout ce qui est beau… c’est un peu court, comme argumentaire ; j’ignore ce qu’il en est en matière de cinéma (la mise en image n’est pas ma spécialité), mais en matière de narration, l’excessif rappel du contraste entre la Nature évidemment pure et l’homme évidemment impur n’est qu’un anathème lourdingue à peine digne d’une dissertation de 4e (la nature elle est gentille et l’homme il est méchant – je m’étonne au passage que si peu de gens aient noté que Home est au moins autant un chant d’amour à la Terre qu’un cri de dégoût quant à l’humain). D’une certaine manière, je suis effaré qu’un type pourvu d’un tel discours, si simpliste, si binaire, puisse à ce point être populaire écouté.

    Ce qui manque à Home, donc ? Sans le moindre doute un peu de… hauteur de vue, ce qui ne manque de sel :-)

  4. Bien vu l’idée des Restos du coeur, et malheureusement la peopolisation de la protection de l’environnement a déjà fait beaucoup de chemin. On a l’impression que sa” consensualisation” dans sa dimension la plus superficielle est un progrès mais si c’est pour occulter toute la dimension politique et donc conflictuelle de la question, on perd plus qu’on gagne, et comme tu dis, on ne résout rien. Et je suis d’accord également sur l’opposition Homme/Nature de Home, qui n’est certainement pas la bonne manière d’aborder la question. Idem pour la voix off. J’ai cru comprendre que ce n’était pas la même pour la version diffusée en salle que celle pour la version “gratuite” (télé + projection publique), mais celle de YAB était vraiment ratée. Vu le budget du film, un bon acteur n’aurait pas été de trop dans le casting.
    Sinon pour le côté Besson-Pinault, ça illustre bien la récupération. Après, je pense que YAB est sincère dans sa démarche, pour les deux autres, on peut en douter, mais c’est vrai qu’au fond ça n’aurait pas eu trop d’importance si le film avait été à la hauteur…

  5. Au fait, Cédric, tu te trompes sur le sens du principe de précaution. Il ne s’agit pas de réduire un risque, mais de prévenir un risque encore incertain, voir hypothétique (notamment en faisant de la recherche pour déterminer l’existence ou non de ce risque, et non en stoppant la recherche au passage). C’est ce qui le distingue du principe de prévention (prévenir un risque certains, c’est à dire dont on sait qu’il a une probabilité de se réaliser). Je me permets de préciser car j’en ai mangé toute l’année en cours, et que la confusion dans les journaux, et même parfois par les juges est fréquente.

  6. “si c’est pour occulter toute la dimension politique et donc conflictuelle de la question, on perd plus qu’on gagne, et comme tu dis, on ne résout rien”

    C’est très bien formulé. En fait, c’est un des dommages collatéraux de l’effet Hulot de 2007 (et ce n’était assurément pas le but premier de Hulot, j’en suis convaincu). Bien sûr, il était important de montrer que l’écologie était un thème transversal. Mais le discours officiel a rapidement glissé vers quelque chose d’autre : l’idée, totalement fausse, que l’écologie n’était pas un thème partisan, ce qui n’est pas du tout la même chose. Oui, l’écologie est un thème transversal qui touche tout le monde au-delà de son appartenance à un parti (tout comme la santé, l’enseignement, l’économie…). Mais oui aussi, l’écologie est un thème partisan, il y a bel et bien une approche écologique de droite et une approche écologique de gauche, comme pour tous les thèmes transversaux (la santé, l’enseignement, l’économie… BIS), approches qui sont respectables, discutables, comme toutes approches mais qu’il est nécessaire de reconnaître plutôt que de se noyer dans un consensuel inutile et artificiel (le Grenelle de l’environnement a montré que le consensus, c’était mignon, mais complètement accessoire).

  7. “Il ne s’agit pas de réduire un risque, mais de prévenir un risque encore incertain, voir hypothétique”

    C’est pourtant bien ce que je dis : la question n’est pas de savoir si oui ou non il existe un risque, il est avant tout question de faire ce qu’il faut pour que ce risque potentiel soit évité avant qu’il devienne une certitude ou, pire, une condamnation.

    Pour le reste, je comprends parfaitement vos exigences. Je n’en attendais pas tant d’un film destiné clairement au grand public, qui, une fois de plus, n’a pas forcément les bases nécessaires. Parler de monoculture, de déforestation entrainant une érosion des sols, de la fonte de la banquise etc… c’est effectivement des choses dont nous – car vous semblez tous deux renseignés sur la question – avons déjà entendu parler, mais je ne suis pas convaincu que ça soit le cas des 8 millions de français qui ont regardé ce film sur France 2. Ma copine elle-même, pourtant quelque peu informée par mon intermédiaire notamment, a beaucoup appris et a, surtout, vu les résultats de nos comportements égoïstes. Tout le monde n’est pas capable de regarder et de comprendre le merveilleux brûlot d’Al Gore. C’est comme tout : on ne court pas avant d’avoir appris à marcher.

    Le film prend le parti de la naiveté, ça ne me pose pas de problème dans la mesure où ça va dans le bon sens. Le reste m’importe peu.

    Je n’entrerai pas dans le débat stérile de Besson, gentil naif ou méchant opportuniste, c’est quelque chose qui sort du cadre de ce que le film raconte. Ce film aurait été produit par le pape qu’il aurait la même valeur à mes yeux.

    Enfin, la voix-off en salle, par Gamblin, est de très bonne qualité.

  8. “Le film prend le parti de la naiveté, ça ne me pose pas de problème dans la mesure où ça va dans le bon sens. Le reste m’importe peu.”

    Je peux comprendre ça.

    La seule question que je me pose (et honnêtement, je ne saurais pas y répondre), c’est : “est-ce que cette naïveté est réellement un parti-pris ou est-ce que YAB est naïf et simpliste, tout court ?”… je ne sens pas dans son discours (je parle du discours hors-film bien sûr) le propos d’un type cherchant à vulgariser ceci ou cela. Mais je peux parfaitement me tromper (et on va pas épilogueur tout le week-end (que je vous souhaite très bon ^^))

  9. Bah en fait même ça, je m’en fous… Que le mec soit vraiment naïf ou que ce soit un parti pris, j’ai envie de dire que ça ne regarde que lui. Son film n’en est pas moins important, là où, en France, les initiatives de ce genre sont malgré tout encore trop rares.

    Et sur ce, un excellent week end à toi aussi ^^

  10. je suis déçu, la culturofight a perdu de son mordant ^^ Des bon week-end par ci par là, on se rapproche du consensus à la YAB, horreur ;-) Sinon, j’attends de voir ce que fera Hulot avec son Syndrome du Titanic qui après l’été. Ca a l’air exactement le même type de film d’après le synopsis diffusé. Peut être que le côté casse gueule vient que ces projets (mais ne préjugeons pas de celui de Hulot), sont moins le fruit d’une enquête originale et “in progress”, que des films à thèses pré-digérées, et qui veulent tout embrasser et finalement ne brassent que du vide (culturofight inside). Et le côté “à thèse” fait que ce n’est pas non plus de la bonne vulgarisation qui se doit d’être objective et non moralisante. Mais malgré tout, bon week end à tous! :-D

Laisser une réponse