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Les Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati

Par Eva Markovits • mer 1 juil 2009 • Categorie: Cinéma

Sortie originale en 1953. Reprise le 1er juillet 2009

Appréciation de Eva niveau 2

Une exposition Jacques Tati à la Cinémathèque française sans les films de Jacques Tati serait comme… comme… un film sans bande-annonce ! Une rétrospective intégrale de ses films a donc lieu à la Cinémathèque française qui s’est véritablement transformée en temple voué à Saint-Jacques (Tati) avec avatars et statues qui inspireraient presque des dévotions ! Et comme lors de toutes les grandes rétrospectives de ce lieu sacro-saint, les petites salles d’art et essai ressortent trois, quatre grands classiques du réalisateur à l’honneur. Ainsi, les principaux films de Jacques Tati, à savoir Mon Oncle, Jour de fête, Playtime et Les Vacances de Monsieur Hulot ressortent en ce moment dans diverses salles en France. A défaut de pouvoir tous les chroniquer, j’ai tiré à la courte paille et c’est Les Vacances de Monsieur Hulot qui en est sorti vainqueur. Ça tombe bien, il s’agit de mon préféré. Donc, vous l’aurez compris, ma critique sera dithyrambique ou ne sera pas.

Monsieur Hulot

Il s’agit de la première apparition du personnage de Monsieur Hulot, interprété par Tati lui-même, jeune homme dégingandé aux attributs incontournables que sont son chapeau, son pantalon trop court, ses chaussettes rayées et sa pipe. On ne sait rien de lui, à part son nom et qu’il a décidé de prendre des vacances. Se mêlant aux estivants de l’Hôtel de la plage de Saint-Marc-sur-Mer, Monsieur Hulot bouleverse la monotonie du repos recherché par ses camarades vacanciers encore trop citadins. Il tombe notamment sous le charme d’une jolie blonde, attirée par la charmante maladresse de cette grande perche qui essaye de l’impressionner en cavalier adroit qui ne parvient pas même à enfourcher son âne. Les séquences se succèdent les unes après les autres en commençant par l’arrivée de Monsieur Hulot, et ne font que s’amplifier pour terminer en un véritable feu d’artifice qui parachève la fin des vacances et son départ, regretté par certains. Mais Monsieur Hulot est foncièrement un marginal qui ne parvient pas à se faire une place dans une société bien rangée où les gens ne savent plus être en vacances.

Comme tous les films comiques, Les Vacances fonctionnent sur le mode du gag ; mais un gag non pas continuel et frénétique mais construit et travaillé. À l’inverse de ses confrères, le comique de Tati est toujours vraisemblable, ancré dans la réalité, et dépend exclusivement du jeu des acteurs. Une précision et une fluidité de l’action caractérisent chaque plan où plusieurs actions simultanées ont lieu en même temps, compliquant la tâche du spectateur qui doit être très actif pour survivre ! Tati a à peine recours à la parole, à l’instar de ses prédécesseurs et influences principales que sont Buster Keaton ou Charlie Chaplin mais il n’en est pas moins un vrai comique du parlant. La bande-son de ses films est un élément primordial et celle des Vacances a été maintes fois retravaillée, même des années après la sortie du film. Un seul son peut être à l’origine d’un gag ; travail entamé dès la première séquence du film, absolument hilarante, où un groupe de vacanciers va d’un quai à un autre en suivant les instructions incompréhensibles d’un haut-parleur de gare. Une porte qui grince peut être un personnage à part entière, un leitmotiv sonore qui rythme le film et dont l’effet, toujours à point nommé, est intarissable. Ou encore sa vieille Salmson pétaradante.

La Salmson de Monsieur Hulot

La musique légère et entraînante accompagne un spectateur ébloui par la maîtrise aussi bien scénique que cinématographique. Un merveilleux noir et blanc revêt ces plans superbement construits, remis en valeur par la belle restauration qui a été faite et qui intègre les plans que Tati a tournés dans les années 70 après avoir vu Les Dents de la mer de Steven Spielberg…

Tati était plus que tâtillon – surnom qu’on lui donnait. Il l’était maladivement. Trait de caractère qui l’a conduit à de grandes catastrophes comme le projet trop ambitieux que fut Playtime mais qui l’a poussé à forger l’œuvre quasi parfaite qu’est Les Vacances. Critique dithyrambique bel et bien confirmée et justifiée par ces propos d’André Bazin1, qui ne le sont pas moins : « Les Vacances de Monsieur Hulot est l’oeuvre comique la plus importante du cinéma mondial depuis les Marx Brothers2 et W.C. Fields.3 »

gag

Les Vacances de Monsieur Hulot, un film de Jacques Tati, scénario de Jacques Tati et Henri Marquet
Avec : Jacques Tati (Monsieur Hulot), Nathalie Pascaud (Martine), Michèle Rolla (la tante), Valentine Camax (L’anglaise)
Photographie : Jacques Mercanton et Jean Mousselle
Durée : 83 minutes
Musique : Alain Romans
Crédit photographique : Carlotta Films

  1. André Bazin est un critique de cinéma français et un des fondateurs de la revue Les Cahiers du cinéma en 1951. []
  2. Les Marx Brothers sont des comédiens américains qui ont fait des films à Hollywood, notamment La Soupe aux canards réalisé par Leo McCarey []
  3. W.C. Fields est un jongleur, humoriste de vaudeville, scénariste et acteur américain. []
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Eva Markovits est une des rédactrices Cinéma du magazine.
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