Whatever Works de Woody Allen
Par Rémi Prin • mer 1 juil 2009 • Categorie: CinémaSortie le 1er juillet 2009
Face à la nouvelle livraison annuelle de l’ami Woody (Vicky Christina Barcelona est sorti il y a moins d’un an !) on peut rapidement faire un constat plus ou moins amer : si Whatever Works semble en effet marquer la naissance d’une nouvelle période dans la filmographie du réalisateur, force est de constater que cette nouvelle tendance n’aura rien de très originale pour ses fans inconditionnels. Dès lors, un petit retour en arrière s’impose pour tâcher de comprendre pourquoi Whatever Works apparaît comme un film douloureusement anecdotique.

Woody Allen a commencé sa carrière avec une série de petits films hilarants (Bananas, Prends l’oseille et tire-toi, etc…) dans lesquels c’est bien le comique plus que le cinéaste que l’on découvrait.
Il faudra attendre les années 80 pour voir réellement le cinéaste éclore avec une période beaucoup plus sombre ponctuée par quelques chefs-d’oeuvres parmi lesquelles Intérieurs, Une autre femme, September ou encore Hannah et ses soeurs… Woody Allen s’abstient de plus en plus de faire le comédien dans ses films et cherche plutôt à s’inscrire dans l’héritage des Ingmar Bergman et autre John Cassavetes pour trouver son propre style.
Plus légères, les années 90 permettent à Woody Allen d’explorer plusieurs genres : le polar avec Meurtre mystérieux à Manhattan, le film noir avec Coups de feu sur Broadway, la comédie musicale avec Tout le monde dit I love you, et même le (faux) biopic avec Accords et Désaccords.
C’est avec le nouveau millénaire qu’une nouvelle période commence pour Woody qui effectue alors un retour aux sources avec une série de pures et simples comédies sur lesquelles tout repose sur sa performance d’acteur comique. Mais le timide succès public et critique de Escrocs mais pas trop , Le Sortilège du Scorpion de Jade et Hollywood Ending vont alors frapper de plein fouet non pas le cinéaste, mais l’acteur.
Dans une sorte d’autocritique paranoïaque, l’acteur va alors progressivement disparaître de ses films. Ce sera d’abord le touchant Anything Else, film aux allures de testament, dans lequel avec le jeune Jason Biggs (fraîchement sorti des American Pie) Woody Allen revisitait la figure du maître et de l’élève à travers un délirant rite de transmission.
Puis ce fut le totalement oublié Melinda et Melinda, dans lequel Woody Allen, bien décidé à ne rester que derrière la caméra, donnait clairement au comédien Will Ferrell un personnage écrit pour lui-même. Est-ce que Melinda et Melinda aurait eu un destin plus glorieux avec Woody Allen dans le premier rôle, la question reste posée et ne peut que revenir sur le tapis aujourd’hui avec Whatever Works.

En effet, après un rôle assez effacé dans le gentil Scoop et deux films plus sombres et inattendus de sa part à Londres (Match Point et Le Rêve de Cassandre), Woody Allen réalise de nouveau une comédie au sein de laquelle, à travers la présence du sympathique Larry David dans le rôle principal, c’est l’absence de Woody Allen qui saute aux yeux. Comme pour Will Ferrell dans Melinda et Melinda, on regarde alors avec un malaise effroyable Larry David se débattre pendant une heure et demi dans une imitation assez vaine du personnage misanthrope, hypocondriaque et dépressif que Woody Allen aurait merveilleusement interprété.
Il est d’ailleurs très étrange de voir que malgré son indéniable valeur comique, on ne rit que très peu durant Whatever Works tant le film parait annoncer la disparition du comédien/cinéaste remplacé ici par un double que les fans inconditionnels de Woody ne pourront voir que comme l’usurpateur à abattre. Nous sommes donc bel et bien face à une comédie involontairement funèbre. Funèbre non pas à cause de ses allures de film testament (le personnage principal s’adresse directement à nous spectateurs à plusieurs reprises, jusqu’à un monologue de fin qui résonne bel et bien comme un adieu), mais parce que Woody Allen semble avoir dirigé son film comme s’il était déjà mort.
À ce titre, le film déçoit également esthétiquement. Qu’on se souvienne des magnifiques photographies de Vilmos Zsigmond, Remi Adefarasin, Wedigo von Schultzendorff ou encore Fei Zhao dans les derniers Woody Allen pour ne pas comprendre l’esthétique assez mal fichue du directeur de la photographie Harris Savides dans Whatever Works. Quand on sait que Woody Allen a travaillé à plusieurs reprises avec Sven Nykvist, sûrement l’un des plus grands directeurs de la photographie de toute l’histoire du cinéma, il y a de quoi se poser des questions.

Ainsi, si Whatever Works a tendance à ressembler parfois à la copie d’un Woody Allen, peut-être est-ce dû au fait que ce projet est issu d’un scénario de jeunesse. Cela expliquerait beaucoup de choses. On sait que le réalisateur n’a jamais aimé laisser ses projets de films prendre la poussière dans des tiroirs et qu’il procède méthodiquement à leur réalisation. De là à dire que, par la force des choses, il en réalise certains sans passion, il n’y a qu’un pas. Parions que Whatever Works en fait partie. Car si on retrouve son style dans les dialogues et les situations, force est de constater que ce style paraît bien plus laborieux et qu’après des films comme Annie Hall, Manhattan ou Maudite Aphrodite, l’histoire de ce vieux physicien cynique tombant amoureux d’une jeune nymphette fait pâle figure et sent la redite à plein nez.
Ainsi, tel le Beaujolais nouveau, le Woody Allen millésime 2009 déçoit, mais permet de perpétuer ce rendez-vous annuel et tout de même savoureux avec un cinéaste qu’on ne peut s’empêcher de retrouver toujours avec plaisir. Bien sûr, l’originalité de ses films est de moins en moins palpable, mais comme le dit le personnage principal de ce film : Wathever works ! , tant que ça marche !
Whatever Works de Woody Allen, scénario de Woody Allen.
Avec : Larry David (Boris), Evan Rachel Wood (Melody), Ed Begley Jr. (John), Patricia Clarkson (Marietta), Conleth Hill (Leo Brockman) et Michael McKean (Joe)
Photographie : Harris Savides
Durée : 92 minutes
Crédit photographique : Wild Bunch
Rémi Prin est un ancien rédacteur Cinéma du magazine.
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