Jad Wio – De la Batcave à la Maison des métallos
Par Thomas Sinaeve • jeu 2 juil 2009 • Categorie: Musique
Certains groupes très (trop) populaires éprouvent le besoin exacerbé de suraffirmer leur longévité en multipliant les best-of, compilations prétendument événementielles et autres projets sangsues n’ayant d’autre but que de vider les portefeuilles de fans trop souvent consentants. D’autres, plus confidentiels mais bien plus passionnants, multiplient outre les albums de grande classe les initiatives originales… ainsi Jad Wio, à l’affiche deux jours de suite (aujourd’hui et demain) d’une exposition récapitulative, La Ballade de Jad Wiolenski1 – comme de juste accompagnée d’une paire de concerts qui promettent de changer la Maison des métallos en fournaise.
Jad Wio ?

Oui lecteur : Jad Wio. Groupe sensationnel s’il en est, incontournable du rock français trop souvent contourné, hydre à deux têtes – celles de Denis Bortek et de Christophe K’Bye – et rare collectif national à pouvoir prétendre au statut très prisé de « groupe culte »2 – comprendre par-là : adulé par les uns, respecté par les autres. De par leur longévité et leur goût du risque, ces deux-là font en effet partie de ces artistes qu’on peut éventuellement s’autoriser à ne pas aimer – jamais à mépriser. C’est que Bortek a fait montre depuis longtemps de son audace et de sa classe, qu’il s’agisse de narrer avec malice les aventures d’Ophélie la zoophile, ou de consacrer un concept-album3 à celle d’un beatnik de l’espace (et il en fallait, de la classe et du talent, pour raconter une histoire pareille sans avoir l’air bébête).
C’est que, bien plus pop que ne le pensent tous ceux qui en ont entendu parler sans jamais l’avoir écouté, Jad Wio doit avant tout son (relatif) anonymat à son goût pour le souffre et les sujets qui fâchent. Le groupe caresse rarement l’auditeur dans le sens du poil et les textes, quoique très au-dessus de ce qui se publie de nos jours en matière de musique francophone, laissent généralement assez peu de doutes sur leurs intentions. Charmante ironie : Marilyn Manson et Eminem peuvent balancer autant de « fuck » et autres « bitch » qu’ils le veulent sur les ondes FM de notre beau pays, mais on n’est pas près d’entendre Les habitudes n’existent pas (pourtant très supérieure textuellement4 parlant) sur les ondes de Virgin Machin et de Radio Télévision Bidule… peu importe que cette chanson, à l’image de l’ensemble du récent Sex Magik : Histoire de Lilith Von Sirius, soit un de ces tubes en puissance comme Jad Wio en tricote à intervalles irréguliers depuis ses somptueux débuts discographiques au milieu des années 80.

Ses débuts, justement, sont peut-être aussi plus ou moins à la source du malentendu. Dans un pays où les étiquettes collent plus vite et plus longtemps qu’un chewing-gum sous une chaussure un soir de canicule, il fait rarement bon être inclassable et Jad Wio, qui n’a pas publié deux albums identiques, en a assurément fait les frais. Car le sais-tu, lecteur ? Lorsque les médias et autres supermarchés du disque ne savent pas classer quelque chose, ils ont une fâcheuse tendance à l’occulter. On se gargarise à longueur d’année, en matière de musique rock, de soi-disant innovation, de nouveauté, on fustige des groupes ne se renouvelant pas assez à notre goût… mais les artistes caméléons s’ils ne s’appellent pas David Bowie ont rarement bonne presse et la plupart du temps, la grande majorité des auditeurs préfère le confort d’albums faciles à catégoriser – qui dans pop, qui dans rock… etc. Jad Wio n’est ni pop ni « chanson française », pas plus qu’il n’est post-punk ni électro. Ou plutôt il fut tout cela tour à tour. L’est encore par bien des aspects. A excellé dans toutes ces catégories tout en refusant farouchement de se laisser enfermer dans l’une ou l’autre. Une seule règle : rester fidèle à l’esthétique glam, car dans le fond Jad Wio a toujours été au moins autant une question d’esthétique que de musique.
Son premier opus (Cellar Dreams5), tient sans rougir la dragée haute au meilleur post-punk anglo-saxon de l’époque, rageur et racé comme du The Fall. Contact6 a un peu vieilli, mais sa new-wave ne manque pas de charme. Fleur de metal7 est une merveille de pop psychédélique bénéficiant de la production remarquable d’un Bertand Burgalat alors encore débutant – autant dire qu’il n’a pas pris une ride. Quant à Monstre-toi, réalisé sans K’Bye en 1995, c’est tout simplement un chef-d’œuvre, d’une richesse rarement égalée en matière de rock hexagonal.
Depuis sa résurrection au milieu des années 2000, Jad Wio n’a publié que deux albums (l’inégal Nu-Clé-Air-Pop en 2005 et le somptueux Sex Magik – peut-être son meilleur – il y a un an et demi), mais fondamentalement son éthique n’a pas changée d’un iota. Comme si sa démarche artistique secrète était de continuellement adapter le glam-rock aux standards de l’époque, de se réinventer à chaque nouveau chapitre. Toujours pareil, sans cesse différent. Initialement, Jad Wio se nommait Wiolenski et était le personnage d’un roman de Bortek. On ne l’a bien entendu jamais lu, mais on imagine volontiers son héros métamorphe et androgyne, probablement damné et pourquoi pas condamné à revivre éternellement la même histoire avec une apparence différente. L’idée est à travailler. Il est assez étonnant de noter qu’en vingt-sept ans, Bortek nous a raconté bien des histoires… mais jamais celle de son double scénique au pseudonyme énigmatique et un peu effrayant. Il n’est pas exclu qu’il nous en livre quelques bribes ce soir, à la Maison des métallos. Auquel cas, si le cœur vous en dit et si vous ne craignez pas trop de vous mêler à un lancinant Bal des fantômes, vous voici armés pour découvrir un groupe à nul autre pareil.
Jad Wio, en concert ce soir et demain, 20h30, à la Maison des métallos, dans le cadre de l’exposition La Ballade Jad Wiolenski (à partir de 19H00 ce soir, 14h00 demain après-midi)
Réservations : reservation@maisondesmetallos.org
Toujours dans les bacs : Sex Magik, Histoire de Lilith Von Sirius, édité chez Discograph.
Crédit photo : Mehdy Boussaid & Jad Wio.
- Sous-titrée non sans humour : Une histoire secrète du rock’n'roll mondial [↩]
- Enfin… tout dépend où l’on place le curseur du « culte », le rock n’ayant jamais beaucoup intéressé la France on pourrait tout aussi bien considérer que tous les groupes français sont cultes… [↩]
- Généralement synonyme rappelons-le de « guillemets français », même – surtout – lorsqu’il raconte des histoires de martiens montant un groupe de rock… suivez mon regard. [↩]
- J’ai bien écrit « textuellement », bandes de fripons qui savez déjà que cet album est une simili-biographie de l’artiste extrême et icône SM Diana Orlow… mais sexuellement aussi, bien sûr ! [↩]
- En 1986 – en fait une compilation de 45 tours. [↩]
- Le second, en 1989. [↩]
- 1992 : le fameux album au beatnik sidéral. [↩]
Thomas Sinaeve est le responsable de la rubrique Musique. C'est aussi un des rédacteurs de cette rubrique.
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Pas un seul comm ou report du concert d hier soir??…
J y vais ce soir.Tellement hâte !
Ah mais je ne te le fais pas dire ! Les gens sont pas bavards, ici
Je ne pense pas qu’il y aura un report dans ces pages, au sens où je ne me vois pas écrire deux semaines de suite (la musique, ici, c’est tous les jeudis) sur le même sujet.
Mais rassure-toi : c’était TRES bien. Impressionnant, ne serait-ce que par la longueur du set (commencé à 20h45 et achevé à 23h55 !), toutes les époques du groupes revisitées au rythme de (environ) quatre titres par album (y compris Monstre-toi, ce qui n’était pas gagné), la plupart des classiques joués (et même “Paint It Black”), et des versions des morceaux pour la plupart exceptionnelles (à l’exception notable de “Tsé-Tsé”, complètement foirée). Le tout dans une ambiance presque familiale (il n’y avait quasiment que des fans absolus), chaleureuse et intimiste.
Je n’en dirai pas plus (il y avait pas mal de “surprises” que je ne voudrais pas gâcher), mais franchement, ça vaut infiniment plus que son prix et tu as bien raison d’y aller
(par contre je ne sais évidemment pas si ce sera exactement le même show où s’il y aura quelques nuances dans la set-list)
Merci Thomas !
Je ne doute pas une seconde que ca va être terrible…Je ne compte plus les fois ou je les ai vus en live mais n ai jamais été décue.J y vais ce soir avec 2 personnes qui ne connaisent pas du tout (j essaye de convertir, c est pas gagné) ! Il n y aura donc pas QUE des fans absolus ;o)
Merci de ne pas avoir dévoilé les surprises
Qui ne connaissent pas du tout du tout ? Alors ça, c’est chouette… surtout pour eux
Découvrir sur scène, surtout dans le cadre d’un show “best of” exceptionnel, c’est vraiment l’idéal (c’est d’ailleurs ce qui m’était plus ou moins arrivé, enfin je connaissais déjà Jad Wio depuis pas mal d’années, mais avant la “résurrection” de 2004 et la réédition de la discographie il y avait beaucoup de chansons que je ne connaissais pas du tout…)
Je vous souhaite de passer une très bonne soirées tous les trois, et n’hésite pas à repasser nous dire ce que tu en as pensé.
Me voilà de retour après LE concert.Quel pied ! Suis nulle en report, je ne m étendrai donc pas.Mais quelle bonne idée ce concept tout con de faire 2-3 morceaux de chaque album… dans l ordre…
Comme d’hab’ tout nickel, allez…juste un bémol (ah ah) sur le premier morceau ou j ai trouvé Bortek un peu à coté de ses pompes mais sinon…Rien à redire.Même tsé tsé…Et avec un KBye fidèle à lui même !
Quant à mes 2 accolytes, et bien la copine (je précise: son groupe préfére: Assassin !) a eu du mal au début puis est complètement rentré dedans au fur et à mesure du concert.Est sortie enchantée.Et le pote ben….comment dire un musicien comment dire….un peu… borné qui ne comprend pas que l on puisse se présenter sur une scène sans le sacro saint trio “batterie guitare basse”.Je connais ce genre de reproche de personne hermétique à l electro et qui continue a n écouter AC/DC ou Satriani en 2009….Suis un peu moqueuse mais en aucun cas c est méchant, avons evidemment passé un long moment après le concert à discuter de çà et lui ai dit ce que j en pensais.
Pour ce qui est des surprises, ai trouvé très jolie l idée d’Olga (il me semble) la trapéziste et evidemment le 1er morceau de la seconde partie (que je ne connais pas par coeur.Je n ai pas les 2 derniers albums).Quelle superbe ambiance !
Enfin….heureusement que je ne devais pas trop “m’étendre”
En tout cas, Thomas je tenais aussi à te dire que tu avais écrit un bien bel article ! (Dont j ai donné le lien aux quelques personnes qui ne comprennent pas que j’écoute encore JW depuis bientôt 20ans)
Et ai oublié l esentiel: la sobriété de Bortek ! Ai été très surprise, pas d’échasses, pas de bas résille, pas de maquillage…Mais toujours aussi charismatique !
Salut Lydia !
Tout d’abord… merci pour les compliments
Ensuite… merci pour ce compte-rendu enthousiaste ! Et enchanté que le spectacle ait plu à tes amis (il aurait fallu être difficile, enfin cela dit j’imagine la tête de ton pote durant la partie où ils n’étaient que deux à jouer avec la boite à rythme
)
Pour le titre que tu ne connais pas… je peux peut-être te le dire : si c’était le même que nous, il s’agissait d’ “Invisible But Real” (extrait de Nu-Clé-Air-Pop), morceau assez facile à identifier puisque c’est un titre assez particulier, très planant, avec un sample de voix féminine et une bande playback. Tu peux vérifier ici (piste
: http://www.musicme.com/#/Jad-Wio/albums/Nu-Cle-Air-Pop-3283451150723.html . Moi aussi il y en avait un que je ne connaissais pas et que je ne suis même pas parvenu à identifier en réécoutant tous les disques… un titre du “chapitre Nu-Clé-Air-Pop” aussi, d’ailleurs, très abrasif, dans lequel Denis martèle les mots “toxic boy”… je soupçonne que ce soit le morceau bonus qui figure sur l’édition limitée de cet album, mais comme je n’ai jamais pu me procurer cette édition (je ne savais même pas qu’elle existait jusqu’à hier), je n’ai pas pu vérifier
Enfin… merci pour le nom de la trapéziste, que je n’ai pas pu réussir à dinstiguer dans le brouhaha !
Bonjour à vous,
pour information : “Invisible but real” est chanté par Mona Soyoc (Kas Product) en vrai et pas un simple échantillon, misère il ne manquerait plus que ça.
Toxic Boy effectivement est le titre interdit de l’album Nu Cle Air Pop par l’armée d’avocats des intérêts de Tim Burton dont c’est un des textes extrait de “l’enfant huitre…” la musique est de Christophe Schwob et la mélodie de votre actuel serviteur. ce morceau est une bombe et nous avons interdiction formelle de l’interprêter. Pardonnez du peu, c’est de l’humour.
La fille des airs se nomme Luna Mosner enfant de la balle, fille du peintre Ricardo Mosner et de l’actrice-musicienne Elysabeth Wiener (La Prisonnière de Clouzot, Castafiore Bazooka).
Tsé tsé si manqué le premier soir était super le suivant, ma déconvenue du début le second soir tenait au ratage, tout simplement de l’intro. Bah oui ça arrive sur trente titres de parfois en massacrer un, ou deux.
Voilà pour les précisions qui je l’espère vous éclairerons et vous enchanterons comme moi-même je l’ai été de vous lire et d’avoir participer à cet événement magique.
Merci de l’attention portée à Jad Wio cela fait chaud au coeur.
Bien à vous
denis Bortek
Franchement, de rien… le rock et la pop de l’Héxagone ont trop peu de monuments nationaux (en tout cas en activité) pour qu’on puisse se permettre de les négliger. Toutes les occasions sont bonnes pour parler de Jad Wio, même les plus mauvaises (encore pardon pour ma bêtise sur “Invisible”…).
Merci pour toutes ces informations complémentaires (ils ont l’air charmants, les amis de Tim Burton…), merci pour le concert, merci pour le merci…
(je m’arrête là, on va finir par se croire chez Drucker)