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Buzz-moi : touchante Aurita

Par Julien Meyrat • lun 31 août 2009 • Categorie: Bande Dessinée

Parution le 21 août 2009

Appréciation de Julien niveau 1

Aurélia Aurita est de retour. Après son désormais célèbre Fraise et Chocolat, la suite opportunément intitulée Fraise et Chocolat 2 et le beaucoup moins sexy (mais pas moins intéressant) Je ne verrai pas Okinawa, la fille qui dessine du cul revient pour nous faire partager une autre de ses expériences.

La couverture

Souvenez-vous, en mars 2006 paraissait Fraise et Chocolat, première publication d’une jeune auteure qui défraya la chronique par son contenu extrêmement explicite. Aurélia Aurita y contait dans le détail sa relation avec son compagnon (qui se trouve être Frédéric Boilet, figure célèbre du neuvième art), en particulier l’aspect sexuel. Si beaucoup n’ont retenu que le côté « du cul, du cul, du cul », la grande force de cette bande dessinée reste encore aujourd’hui l’incroyable romantisme qui s’en dégage. Las, bien sûr, comme tout succès actuel, celui de la BD s’est fait sur un buzz essentiellement axé sur l’aspect pornographique. Et Aurita de se retrouver interviewée par Libération, Elle, invitée sur le plateau du Grand Journal… bref, la tournée classique des artistes en tournée promo. Une étape pas forcément facile à vivre, et qu’elle a décidé de raconter dans son quatrième livre, au titre judicieusement provocateur : Buzz-moi.

La BD reprend des moments forts de cette étape de buzz, précisément, quand la jeune auteure a été plus ou moins « contrainte » d’aller se vendre devant la presse. Parce qu’il faut bien vendre le livre, parce qu’il y a une demande, parce que l’œuvre avait dépassé le « simple » témoignage d’amour qu’elle constituait à l’origine, qu’elle avait touché les gens et que ceux-ci avaient besoin de réponses. Mais voilà, l’auteure a une tête plutôt bien faite (Aurita cite pêle-mêle Bourdieu, Baudoin, Depardon, Groland, Plympton…) et une assez bonne conscience des dégâts que peuvent provoquer les médias sur une existence. Dès lors, comment ne pas concevoir l’amère ironie de devoir aller « se vendre » à la télé alors qu’on a gagné de l’argent avec ses ébats ? L’auteure alterne entre cette étrange expérience et le récit de nombreuses rencontres avec des fans, souvent édifiantes et parfois même assez émouvantes.

Le buzz a peut-être été nécessaire pour le faire reconnaître, mais rien ni personne ne pourra dire le contraire : Aurita a du talent. Elle a ce petit truc qui fait naître une émotion d’un rien, cette magie qui transforme des instants simples en moments beaux. Elle a ce sens de la formule, cette vision un peu spéciale de l’artiste qui voit les détails demeurant invisibles aux autres. Que ce soit dans ses récits érotico-romantiques ou dans ses pérégrinations médiatiques, Aurita touche son public, de son trait simple et sensible. Sans hurler, sans appeler à la révolution, sans rien renverser, Aurita bouleverse. Bien sûr, on pourrait lui reprocher, quelque part, de « se donner le beau rôle » (il faudrait toutefois avoir une conception sacrément masochiste du « beau rôle »). Il est certain qu’une fois qu’on referme le livre, on a envie de rencontrer cette personne si simple et si franche, qui parle sans fard devant une société un peu engoncée dans ses tabous.

Le tout est maintenant d’aller au-delà de Fraise et Chocolat, cette première œuvre dont les stigmates se font ressentir jusque dans la quatrième ! On se doute qu’un tel talent n’a pas envie de rester catalogué comme « la fille qui dessine du cul » toute sa vie. La boucle est maintenant bouclée, on attend le prochain travail de cette artiste avec une grande impatience.

Buzz-moi, texte et dessin d’Aurélia Aurita, Les Impressions Nouvelles.

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Julien Meyrat est un des rédacteurs Bande Dessinée du magazine. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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