11e festival des Correspondances de Manosque du 23 au 27 septembre 2009 – Robert Mac Liam Wilson, Marie NDiaye et Pascal Quignard en tête d’affiche
Par Vincent Jolit • sam 12 sept 2009 • Categorie: LivresDu 23 au 27 septembre 2009
Septembre. À l’heure où nos courageux et assidus écoliers reprennent le chemin des cours et qu’il est temps de dire au revoir aux ultimes soubresauts de l’été, les derniers festivals tirent leur annuelle révérence. Seuls quelques épiphénomènes, sonores pour la plupart, subsistent encore aux quatre coins de la France. Le gros de la vague est passé. Alors autant finir en beauté avec le festival des Correspondances de Manosque dont la onzième édition se déroulera du mercredi 23 au dimanche 27 septembre.
Durant cinq jours, la ville de Jean Giono va être tranquillement assaillie par les amoureux des lettres (en tous genres) dans une effervescence intello-provençale : les apéritifs seront forcément littéraires – tous les jours, à 11h et 19h –, tandis que les places et les ruelles seront investies par les écritoires où chacun pourra y aller de sa missive amoureuse ou de son poème élégiaque en toute liberté. Bref, cinq jours où la ville met un peu de côté huile d’olive et autres produits méridionaux (sauf le pastis, donc) pour se transformer en capitale du livre et de la lecture. The place to be, quoi.

Au départ centré sur les correspondances en tant que telles, le festival a su, au fil des ans, jouer avec le mot correspondance pour ouvrir la porte aux lectures, à la danse, au théâtre ou encore à la musique : tout un monde sensible, cohérent, qui tisse avec le texte et les mots des liens étroits, qui correspond avec eux. Ce sera l’occasion de découvrir mercredi soir, après l’inauguration, Laver les ombres de Jeanne Benameur « mis en danse » par la compagnie Karine Saporta. Puis, à partir de jeudi, les soirées seront doubles, avec lectures et concerts : Nicole Garcia et Polydoros Vogiatzis liront la correspondance entre Marguerite Yourcenar et Constantin Cavafy sur une scénographie de Lambert Wilson, juste avant que Dick Annegarn nous propose ses Quinze lettres chantées dans lesquelles il convoquera entre autres Edgar Allan Poe et Arthur Rimbaud lors d’un concert que nous attendons avec impatience.
Le vendredi, ce sera au tour de Carole Bouquet de monter sur scène pour nous y lire Lettre à Génica, la folie d’amour Antonin Artaud, tandis que Daphné lui succédera avec ses chansons toisant les frontières délimitées par Kate Bush et Björk. Le samedi soir permettra de (re)découvrir la trop peu connue romancière Jean Rhys, celle qu’on appelait la « Colette anglaise », grâce à Dominique Reymond qui interprétera Bonjour minuit, très beau texte sur la liberté des femmes et les rapports entre les sexes. Ensuite, ce sera au tour de Clarika, accompagnée à la guitare par Philippe Desbois, de nous enchanter avec sa Bibliothèque, clin d’œil aux auteurs contemporains qui l’ont touchée et enthousiasmée comme Arundhati Roy, Véronique Olmi, Alice Ferney, Maylis de Kerangal.
Enfin, dimanche, en fin d’après-midi, Nathalie Dessay clôturera le festival – juste avant l’apéritif final – avec Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig. La grande chanteuse, également grande lectrice, nous fera partager sa passion pour cette lettre mystérieuse décrivant un amour total, passionnel, caché.
En marge du festival, inaugurant les hostilités depuis le 05 septembre, le peintre et illustrateur Laurent Corvaisier expose à la Fondation Carzou. Puisque selon lui « illustrer, c’est éclairer un texte », ses œuvres donneront encore plus de relief à l’évènement en permettant au festival de toucher aussi le monde des arts plastiques.
Mais Les Correspondances de Manosque, c’est aussi et surtout un lieu de rencontre1 avec les écrivains. Cette année encore, la rentrée littéraire sera bien présente. En choisissant la fine fleur plutôt que les mastodontes de l’édition (pas de Guillaume Musso ou de Marc Lévy ici), le festival offrira la possibilité de découvrir des univers riches et singuliers. La programmation étant plus que foisonnante – pas une heure ne s’écoule sans qu’il n’y ait à lire, à voir ou entendre dans un coin de la ville – qu’il est presque impossible de citer dans ces lignes l’intégralité des écrivains présents.
Signalons tout de même que notre curiosité ira principalement, jeudi, vers Yannick Haenel et Laurent Mauvignier qui présenteront respectivement leurs nouveaux romans, Jan Karski (Gallimard) et Des hommes (Minuit), alors que Noëlle Revaz lira sont deuxième roman, Efina (Gallimard).
Vendredi sera l’occasion de retrouver Véronique Ovaldé pour Ce que je sais de Vera Candida (L’Olivier) et Iegor Gran pour Thriller (P.O.L.). L’après-midi sera complété par deux rencontres/lectures de choix : Stéphane Velut mettra en relief les prémisses du drame qui se joua en Allemagne dans les années 1930 avec Cadence (Bourgois) et fera ainsi écho au remarquable Démon (L’Olivier) de Thierry Hesse, roman épique relatant la Russie du massacre des juifs d’Ukraine à l’avènement de Vladimir Poutine. Juste avant, Oxmo Puccino, le « Black Jacques Brel » aura distribué ses Pépites textuelles lors d’une rencontre/lecture qui s’annonce atypique.

La journée de samedi devrait tenir ses promesses : Anne Wiazemsky pour Mon enfant de Berlin (Gallimard), Brigitte Giraud pour Une année étrangère (Stock), Pascal Quignard pour La Barque silencieuse (Le Seuil) ou encore Lydie Salvayre pour BW (Seuil), se succéderont lors d’une série de rencontres, d’entretiens et de lectures. Notre attention se portera tout particulièrement sur François Beaune, révélation de la rentrée, qui signe chez Verticales Un home louche, premier roman où, sous la forme d’un journal intime, l’auteur scrute notre époque (la famille, l’école, la folie) avec un humour grinçant. Et pour ceux qui désirent varier leur plaisir, le samedi sera également la journée où Arno Bertina et Ludovic Michaux feront une lecture/projection de La Borne SOS 77 (Le Bec en l’air), alors qu’Olivier Mellano et Barbara Carlotti nous entraîneront dans une lecture musicale au nom prometteur : La Funghimiracolette.
Dimanche, enfin, Manosque verra revenir Pascal Quignard, pour une lecture de La Barque silencieuse, et Lydie Salvayre pour une lecture musicale de Petit traité d’éducation lubrique accompagnée à la contrebasse par Bruno Chevillon. Wendy Guerra (Mère Cuba, Stock) et Marianne Million s’interrogeront sur la relation qui se tisse entre l’écrivain et son traducteur. Puis se sera au tour de Christian Garcin de venir présenter La Piste mongole (Verdier) lors d’une rencontre lecture, tout comme, plus tôt dans la journée, Jean-Marc Parisis pour Les Aimants (Stock). Nous ne manquerons pas non plus Marie NDiaye qui sera présente en ce dimanche après-midi afin de rencontrer ses lecteurs et présenter son Trois femmes puissantes (Gallimard), un des grands romans de cette rentrée littéraire 2009.

Clou du festival, les amateurs de littérature irlandaise et les (férocement) fidèles de Robert Mac Liam Wilson auront la chance de croiser l’auteur d’Eureka Street et de Ripley Bogle dans les rues manosquines puisque, outre deux rencontres organisées jeudi et samedi à l’heure de l’apéritif et du café, le romancier originaire de Belfast est actuellement en résidence d’auteur à Manosque pour peut-être y achever – nous l’espérons vivement – son nouveau roman attendu depuis plus de dix ans2 !

Que de bonnes raisons pour s’octroyer encore un peu de vacances et prendre le TGV (ou la voiture, pour les plus chanceux) en direction de Manosque et du sud de la France. Et si vous hésitez encore, à partir de demain Culturofil vous permet de gagner deux places pour la soirée de samedi3 en jouant sur le site !
Crédit photographique : Les Correspondances de Manosque, Éditions Gallimard, Éditions Verticales, Éditions 10/18
- Toutes les rencontres, les tables rondes et les lectures en journée sont libres d’accès. Seuls les spectacles nocturnes sont payants (entre 5 et 14 €). [↩]
- La douleur de Manfred et Les Dépossédés étant des traductions tardives. [↩]
- Lecture de Bonjour minuit de Jean Rhys par Dominique Reymond (21h) et concert de Clarika (23h). [↩]
Vincent Jolit est un des rédacteurs Livre du magazine.
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