La Vida Loca – L’ultime folie de Christian Poveda
Par Boeb'is • mer 23 sept 2009 • Categorie: CinémaSortie le 30 septembre 2009
Dix-huit. Un chiffre qui désigne un des principaux maras, des gangs ultra-violents implantés du sud des États-Unis jusqu’en Amérique centrale. En guerre perpétuelle contre la police et contre les gangs rivaux, nourris de la misère endémique, ils sèment la terreur et fragilisent la démocratie. Christian Poveda a posé sa caméra à la Campanera, quartier où vit une bande d’une cinquantaine de jeunes salvadoriens membres de la 18. Le documentaire ne débordera de ce quartier que pour de rares et sinistres escapades : cimetière, tribunal, commissariat, hôpital.
En se focalisant sur ce petit groupe avec lequel il a vécu toute une année, Poveda se détourne de la fascination médiatique morbide qui accumule les faits divers aussi sanglants qu’édifiants. Il s’écarte aussi de l’approche explicative et dépassionnée des sociologues et des historiens. Il l’expliquait lui même: « Mon intention de base n’était pas de faire un film sur les gangs mais de comprendre et de rencontrer des jeunes qui intègrent ces gangs, de connaître, de voir l’aspect humain de ces gangs. Je voulais essayer de comprendre pourquoi des enfants de 12 ans intègrent un gang et deviennent des assassins.». Sans négliger les aspects politiques et sociaux qu’il connaît par cœur1, tel le photographe qu’il est, il dresse donc avant tout des portraits : El Bambam, Little Crazy, la Liro, Spider, la Chucky… autant de jeunes pris dans cette invraisemblable « vie folle ».

Une vie folle passée dans ce quartier de la Campanera d’où ils ne peuvent sortir en sécurité, traqués par la police et le gang rival des MS13. Une vie d’une violence inouïe jusqu’à une mort précoce pour nombre d’entre eux. Mais bel et bien une vie, aussi courte et folle soit-elle, comme en témoigne l’incroyable solidarité liant les membres de la 18, les quelques scènes familiales, ou encore un étrange anniversaire. Trempés dans le crime jusqu’aux os, fiers et vengeurs, désespérés et seuls, Poveda filme ces déclassés avec toute son empathie. Avec espoir quand il montre les fragiles projets de réinsertion dans une boulangerie ou par la religion. Avec colère également quand il pointe l’inefficacité des politiques répressives gouvernementales.
C’est cette passion qu’a Poveda pour ces déclassés qui fait tout l’intérêt du documentaire. Sans elle, l’intelligence de la construction, la photographie impeccable, la judicieuse musique de Rocca2 n’auraient servi à rien. Car c’est elle qui lui fait gagner leur confiance pour aller beaucoup plus loin que les autres films sur des sujets équivalents3, tels le décevant Young Yakuza de Jean-Pierre Limosin sur la mafia japonaise, ou l’honorable Carlitos Medellin de Jean-Stéphane Sauvaire sur la violence dans la banlieue de cette ville colombienne. Tous tentent une plongée dans le réel, mais seul La Vida Loca évite les interviews convenues, les voix-off explicatives, les commentaires donneurs de leçon4. De cette plongée sans protection, faut-il le rappeler, Poveda n’est pas revenu, assassiné le 2 septembre dernier d’une balle dans la tête dans le nord de la capitale salvadorienne, vraisemblablement par un membre de la 18.

La Vida loca , un film de Christian Poveda, photographie de Christian Poveda, musique de Sebastian Rocca. Produit par La femme Endormie (France), El Caiman (Mexique), Aquelarre (Espagne), 90 min, couleurs. Espagnol.
Distribué par Ciné Classic.
Crédit photographique :La Femme endormie
- Il a couvert pendant plusieurs décennies le Salvador comme photo-reporter, de son premier court-métrage en 1981 jusqu’à un documentaire photo. [↩]
- Remarquable rappeur colombien ayant passé sa jeunesse en France notamment dans le groupe culte de rap français la Cliqua, avant de repartir pour l’Amérique où il a fondé le non moins remarquable crew Tres Coronas. Les chansons de la BO de La Vida Loca ont été composées pour l’occasion, à l’exception du titre El Original et son fameux beat à base de salsa. [↩]
- À noter, le documentaire difficilement trouvable Hijos de la guerra de 2006 sur le gang MS 13 au Salvador. Le 21 octobre 2009 sortira également la fiction Sin Nombre de Cary Fukunaga. Sur le petit écran, mentionnons le reportage sur les Maras diffusés dans l’Effet Papillon sur Canal+ que nous n’avons pas vu. [↩]
- Il est vrai que la compréhension du contexte socio-politique en pâti un peu et on est heureux de disposer de l’interview de Poveda dans le dossier de presse pour nous éclairer. Nous vous conseillons pour notre part l’excellente interview donnée à l’Express. [↩]
Boeb'is est un des rédacteurs Cinéma du magazine, anciennement présent dans la rubrique DVD.
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Merci Boeb’is et culturofil.net pour cet article qui donne vraiment envie de voir le film…
Bonjour
Je cherche les titres de la BO du film.
Quelqu’un sait où je peut trouver ça ?
Je recherche aussi les titres de la BO, si tu as des infos envoie moi un e-mail et pareil pour moi
A bientot
Ce que je peux vous dire c’est que les titres sont indiqués au générique du film, et que le dossier presse du film ne parle pas de la BO. Et comme ce sont des inédits, (à part la chanson El original qu’on trouve facilement sur youtube), ils ne sont pas encore sortis en CDs, si jamais ils sortent…
jai vue le film trop beau et choquant a la fois jaimerai avoir le titre de la chanson bang bang je lé cherché mes jai rien trouvé alor svp si quelq’un le trouve partagé
La chanson ” la vida loca” extraite du film est écoutable par ici: http://www.youtube.com/watch?v=bVo5ysBYoyk
Pour les personnes intéressées par du très bon rap latino/hispanophone, je vous conseille outre bien sûr Tres Coronas de Rocca (qui a sorti un nouvel album il y a quelques mois, La Música es mi Arma!), Control Machete (Mexique), Los Aldeanos (Cuba), Pedro Mo (pérou), Violadores Del Verso (Espagne)…
[...] de bout en bout. L’outrance de la violence du gang mexicain peut paraitre exagérée mais le récent documentaire de Poveda témoigne de sa [...]
Bonjour,
je cherchais aussi la bande originale, le groupe est tres coronas nyc.
j’ai trouvé le remix de bang bang sur leur myspace : http://www.myspace.com/trescoronasnyc
ENJOY
Merci pour cet article, merci de faire passer le message pour ce film, il est tout simplement ENORME.
Il bouscule, il dérange, il fait bouger les neurones qui parfois, “occidentaux oblige” restent léthargiques et peu alertes…
J’aimerai pouvoir faire une révérence à Monsieur Poveda, peu d’Homme aurait su avoir tant d’humanité, de coeur, et d’esprit pour faire un pareil docu….
Merci à ceux qui ont permis que ce film voit le jour. Bref, je crois que je verrais jamais la vie de la même façon, je l’ai vu il y a deux semaines, et les images, les réflexions qui en ressorte me hantent jour et nuit…
Il est vraiment à voir (et à revoir…ce que je fais demain matin =P).
Et merci pour les infos sur la musique, je suis contente d’avoir pu écouter la “vida loca”. J’avais déjà trouver bang bang. Bref, vivement qu’ils en sortent un album, ça vaut vraiment le coup… Et le DVD hihi
@Charlotte : merci beaucoup de partager avec nous votre enthousiasme !