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Mustang : A71, l’autoroute royale

Par Thierry The Civil Servant • jeu 5 nov 2009 • Categorie: Musique

Sorti le 12 octobre 2009

Appréciation de Thierry niveau 2

Ah franchement ! Chanter du rockabilly en français, tu parles d’une gageure ! Encore que… Rockabilly… Mouais… Encore que ! Faudrait peut être voir à se mettre un minimum au clair avec le vocabulaire qu’on emploie. Surtout si le groupe dont on parle, place en ouverture de son disque un instrumental surf, tendance Ventures ou si l’on veut quelqu’un de plus connu, façon Dick Dale (celui-là il sait pas ce qu’il doit à Pulp Fiction de Tarantino).

Le vocabulaire. Oui. C’est vrai. On peut pas jouer avec le vocabulaire. On ne doit pas. Non. Il y en a qui ont pris des bouffes à cause du vocabulaire. Un emploi malheureux de Cat devant un Teddy Boy et vous voilà accroché par les pieds à une Norton qui déboule les ruelles du village à en faire frémir son pot d’échappement. Contusions et bleus irrémédiables pour peine de malséance. Non, rigolez pas, c’est arrivé. Ou ça aurait pu.

Il fut une époque, disons le tout début des seventies, où tout était d’une simplicité biblique. Toute la musique « moderne » c’était la pop music. Toute… sauf les pionniers. D’Elvis à Gene Vincent, de Roy Orbison à Chuck Berry, de Little Richard à Billy Lee Riley, il était alors question de rock ! Peut-être suis-je exagérément simpliste, mais j’étais petit encore, et puis il me plaît qu’il en ait pu être ainsi. Ou ça aurait dû. Les glissements sémantiques ont ensuite brouillé les pistes, et les vieux guides aux chapeaux texans, bientôt se perdirent au sein des ramifications que l’on se plaisait à créer à l’envi. Tout devint rock, le préfixe seul prenant alors une importance diamétrale : Prog-Rock, Soft-Rock, Blues-Rock, KrautRock… Jusqu’à ce qu’un jour vint le punk rock qui balayant… oh et puis bon, c’est pas cours d’histoire aujourd’hui.

Hum ! C’était juste histoire de dire que les mots c’est pas simple. Surtout quand leur usage change si vite. Alors disons ! Chanter du rock’n'roll fifties (là on sait à peu près où on en est) en français ? Bonjour ! Et bon courage. Tant d’autres s’y sont limés les stylos.

Three Cool Cats

Déjà, rien que chanter en français (du rock je veux dire), il faut s’armer d’une bonne dose de courage et d’inconscience. Voyez, kids, vous qui voulez vous y essayer, quels sont les pères qu’il vous faudra tuer : Gainsbourg, Dutronc, Bevilacqua, Bashung-Bergman ou Polnareff, sans compter les Hadji Lazaro ou Taï-Luc, écrivains rock’n'roll encore mal reconnus. Oh ! Sûr ! Il est plus aisé d’ânonner trois phrases en un anglais de lycée sur une mauvaise comptine folk ou en frappant un riff éculé en Ré. Là, que voulez-vous, ça passe. On n’est pas regardant sans doute. On aurait dû.

Mais alors du rock’n'roll inspiré des fifties, du, attention, je prends les gants hein… du rockabilly. Aïe. Sans aller jusqu’à convoquer les mânes des grands anciens, Chats et Chaussettes1, les derniers qui me semble-t-il s’y essayèrent2 furent les groupes du renouveau Big Beat au tout début des années 80, comme les Alligators ou les Costards. Bons musiciens, piètres écrivains. Comme une malédiction posée sur cette musique.

Et bien dites-vous que c’est fini ! Il y a un gang de Clermont-Ferrand qui vient d’envoyer ad patres le signe indien. Trois jeunes types qui claquent un rock’n'roll fort inspiré de Buddy Holly, d’Elvis nécessairement, de Duane Eddy pour les guitares claires, mais aussi des groupes de doo wop des fifties (entre autres). Et un écrivain. De chansons. Un bon. De la graine de grand.

Pochette de l'album A71

Hop, hop, hop. On reprend. Mustang vient de sortir le disque de rock’n'roll français de l’année et ça s’appelle A71. Oui, oui, comme l’autoroute qui relie Clermont à Paris. Qui commence par un… Ah oui ! Je l’ai dit d’emblée de jeu. Un excellent échauffement pour les guitaristes. Et après, enquille les uns derrière les autres des titres qui pourraient, à une ou deux exceptions près, être de futurs standards du rock français. En évitant, talent pas si fréquent chez les musiciens de rockabilly, le caractère trop souvent mécanique du style (mais si, ne dites pas le contraire, un peu répétitif quand même le rockab‘, il faut bien le reconnaître).

Du reste, il n’est pas question ici de rockabilly. À l’aune de la conception actuelle du terme, les Mustang ont une approche bien trop large de la chose pour ne pas se risquer de se faire jeter dans un contest fifties où, malheureusement, la qualité des compétiteurs est largement jugée sur leur capacité à singer les gestes, les poses, les riffs et la sonorité de nos grands anciens. Non, soyons clair : c’est bel et bien de rock’n'roll moderne dont il s’agit ici. Qui va chercher son inspiration aussi bien, comme on l’a dit plus haut, chez les tenants de la guitare claire (Je M’emmerde, Sexy-Symphonie), que dans les riffs un rien plus secs d’un Cochran, voire des rockeurs glam des seventies (En Arrière En Avant), le western ou le Bo Diddley Beat (King of The Jungle). C’est peut-être, s’il faut absolument chercher des poux dans les bananes de nos rockers auvergnats, la seule réserve que l’on pourrait opposer à ce disque : il y a un aspect vaguement démonstratif parfois dans cette quasi perfection, un peu comme ces copies de philosophie auxquelles il ne manque aucune des citations et adages ad hoc.

Enfin, car il faut savoir finir un papier, il y a et c’était bien le propos initial, un parolier de chansons de rock’n'roll. Qui arrive à le faire rimer avec le français. C’est si peu fréquent qu’on ne peut s’empêcher de penser à un certain Claude Moine, voire à Vian (Le Pantalon ou Ma Bébé me quitte)3.

Si vous m’avez bien suivi, vous devriez déjà être en train de consulter l’annuaire pour trouver le disquaire le plus proche. Ah ? C’est fait ? Déjà ? Parfait !

Mustang – A71 – A Rag Sony Music
Crédit Photographique : Dimitri Costes

  1. Combien de « Est-ce que tu les chais dis-moi », pour un « Dactylo Rock » ? []
  2. Je vous épargne les parodies aux bananes médiatisées Sacrée Soirée du début des années 90, Vagabonds ou Forbans []
  3. Après tout, Vian n’est-il pas celui qui posa les bases de l’écriture de paroles rock ? []
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Thierry The Civil Servant est un des rédacteurs Musique du magazine.
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2 Réponses »

  1. Ouais, c’est un peu du Jesse Garon quoi…

  2. Oh lui… (tout ça parce que Dragibus a mis Nous Deux dans un blind test).
    Et encore j’aime bien Jesse Garon que je croisais à l’aube des eighties sur les terrasses ensoleillées des rades du vieux port de La Rochelle.
    Mais on n’est pas dans la même cour avec Mustang. Vraiment pas.