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John Fogerty The Blue Ridge Rangers Rides Again – Parfait mais lisse

Par Thierry The Civil Servant • jeu 19 nov 2009 • Categorie: Musique

Sorti le 7 septembre 2009

Appréciation de Thierry niveau 1

« Dis-moi mec, t’as du retard, il te reste encore en stock le Fogerty, l’artiste maudit de Culturofil » me fit remarquer avec, je le soupçonne, un fond de moquerie dans le clavier, le patron de la rubrique Musique. Diable ! C’est qu’il n’avait pas tort le bougre. Le disque trainait sur une de mes étagères depuis déjà des semaines. Oh, oui, j’aurais bien eu quelques excuses valides à opposer à sa réflexion un brin perfide. Après tout, l’actualité avait été riche1, suffisamment en tout cas pour que je fus en mesure de m’exonérer de toute explication dépassant le strict et sec « Ca vient, ça vient ! Et de ton coté, le Bashung live, tu penses qu’il arrivera avant ou après la réélection de Nicolas Sarkozy ? ».

Mais, vous me connaissez (si c’est pas le cas, sachez que c’est très regrettable), l’honnêteté est pour moi une seconde peau, une tunique de Nessus, hum, comment dire ?, la probité est ma robe de bure comme la pauvreté fut celle de l’abbé Pierre2. En fait, s’il traîne depuis si longtemps c’est que je ne savais par quel bout prendre cet album, me comportant comme un inspecteur de la brigade scientifique sur une scène de crime. Des gants et des pincettes, s’il vous plaît sergent !! Des putains de pincettes.

Fogerty 2009

Eh ! C’est que on va parler d’un album de Fogerty quand même. A ce sujet je m’estime plutôt gâté à Culturofil, puisque, est-ce dû à mon âge avancé, c’est en général à moi que la jeune garde confie ces disques de vieilles gloires, dont elle sait bien qu’elles ont un jour représenté quelque chose dans le monde de la pop, il y a très longtemps, mais qui ma foi aujourd’hui, hein, à l’heure de Montgomery… allez, fourguez ça à Civil, il s’en démerdera toujours.

Fogerty, bon sang. L’homme de Fortunate Son, de Run Through the Jungle, celui sans lequel le Boss, ben désolé mais il tournerait des boulons chez Chrysler, les Replacements idem et je ne vous parle même pas du Gun Club de Jeffrey Lee Pierce. Une légende vivante, oui, encore vivante, il n’y en a plus tellement. Et moi faut que je m’attaque à ce curieux album solo, où il a ressorti ce vieux pseudonyme à la con des Blue Ridge Rangers pour enregistrer des covers de quelques standards de country.
Aïe !
Comment que le terrain se prépare à être glissant. Et souhaitons que les fans transis du bonhomme ne passent pas sur Culturofil cette semaine. Déjà, Nina Hagen l’autre fois, il y eut quelques pèlerins en simili-punk qui s’outrèrent, les pov’, qu’on osât s’attaquer à leur teutonn’idol. Mais Nina Hagen, bon, vous me suivez… Tandis que là c’est de Fogerty qu’on parle. Et s’ils passent et qu’ils m’incendient les fans… Ah je vais culpabiliser, c’est couru cette histoire. Oh, la jeune garde, c’est la dernière fois ! Vu ?

Pochette de l'album

Parce que voilà, je suis bien gêné aux entournures devant cet album. Oh, ce n’est pas qu’il s’agisse d’une mauvaise cuvée, du genre quand l’inspiration a des allures de sirocco, ni que nous soyons face à un de ces disques bâclés, qui ressemblent tellement à ces films de commande que des réalisateurs géniaux sont parfois obligés de tourner pour éponger les dettes accumulées sur leurs derniers fours. Non, ce n’est pas ça. C’est juste que Fogerty s’est fait plaisir, ce que je n’irai certes pas lui interdire, mais que ça ne fait pas pour autant un moment très passionnant pour les auditeurs.

Pourtant, il n’y a rien à dire. Tout y est. Le choix des titres repris est irréprochable (le Garden Party de Ricky Nelson, le Moody River de Pat Boone ou le When Will I Be Loved des frères Everly). Les musiciens qui l’accompagnent3 figurent parmi les pointures de la musique country. L’album est parfaitement produit, jusqu’à sa pochette.

Mais comment dire ? Si on approche de la perfection instrumentale, si la voix de Fogerty reste égale à elle-même, il manque une vraie dimension d’émotion. Quelque chose de palpable. Ce fond de poussière au fond de la gorge qui transcende la country music. Parce que sinon, la country, ce n’est jamais que quelques accords avec une pedal-steel hein ! Et des violons.
Et cette dimension là, je ne la trouve pas ici. C’est parfait, c’est impressionnant d’aisance, mais ça ne râpe jamais vraiment. Un manque d’aspérité, vous savez ce petit rien qui fait que l’on entre dans le monde du rock’n'roll.

Ah juste un dernier point. Le disque annonce en clôture un duo avec Springsteen (la reprise des Everly Brothers justement). Heu, sans vouloir être discourtois, on est quand même aux limites de la publicité mensongère. Le Boss si on l’entend vingt secondes, ça doit être le maximum.

Alors que dire d’autre pour conclure ? Que Fogerty a certainement pris du bon temps en concoctant cet album. Et que c’est sans doute le principal. Et puis qu’on attendra qu’il pointe son nez à Paris pour aller l’applaudir.

The Blue Ridge Rangers Rides Again de John Fogerty publié par Universal Music
Crédit photographique : site Internet de John Fogerty

  1. Triste aussi. []
  2. Voix de stentor, sortant d’un triangle ouvert dans le ciel : « Et ça t’amuses de raconter des inepties pareilles Civil de mes deux – deux autres stades de Ma Sainte Trinité, Ai-je besoin de le préciser – ! Toi tu ne perds rien pour attendre ! » []
  3. C’est d’ailleurs une sorte de nouveauté puisque, lorsqu’en 1973, il avait déjà enregistré sous le nom des Blue Ridge Rangers, John Fogerty avait masqué sa solitude derrière ce nom aux allures de combo texan : seul il avait enregistré tous les instruments. []
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Thierry The Civil Servant est un des rédacteurs Musique du magazine.
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Une Réponse »

  1. Oh ! Mais pour quoi il me fait passer, le bougre ! :D

    (en plus j’aime vraiment pas Montgomery, alors…)

    Je n’ai pas écouté cet album… mon excuse ? Fogerty est vieux. Nan j’déconne, j’adore les vieux. Mon excuse, c’est que la pochette me fait tellement peur que je n’ose pas aller plus loin…