Jules des chantiers de Frédérique Jacquet et Sébastien Vassant — L’air du large et les effluves du passé
Par @ude • dim 20 déc 2009 • Categorie: JeunesseParution le 26 novembre 2009
À partir de 11 ans

Second album très réussi de la collection “L’histoire Sensible”, Jules des chantiers donne envie, au lecteur qui ne le connaît pas, de découvrir le premier de la série, Jeanne de la Zone. Bien écrit, ce roman d’une centaine de pages est publié sous forme d’album : format carré esthétique et plaisant, dessins en noir et blanc dont le style épouse harmonieusement le récit, ensemble cohérent, de qualité et original.
On découvre la vie quotidienne d’un enfant, à Saint-Nazaire, la ville ouvrière des chantiers navals, dans les années cinquante. Le sujet est ciblé, assez pointu mais traité de façon très littéraire, ce qui donne à l’histoire de Jules une dimension sensible et poétique. On n’est pas dans la reconstitution documentaire, ni dans le roman historique. C’est un style à part, comme le format carré utilisé, original et réussi.

Tout commence et finit par une rentrée des classes. L’histoire débute le jour de l’entrée au CP — Jules fait l’école buissonnière ! — et s’achève à l’époque où il a réussi l’examen qui lui permet d’intégrer l’École d’apprentissage des Chantiers. Tranche de vie et roman d’apprentissage, au sens propre et au sens littéraire, témoignage sur une vie qui n’existe plus. « Nous, on est rythmés aux Chantiers. » dit souvent Monsieur Gabory, le balayeur municipal. Sirène appelant à l’embauche, arrivée des ouvriers à vélo ou par cars entiers, retrouvailles au Café Tranquille après le travail, etc.
L’auteure raconte avec simplicité cette vie de tous le jours, émaillant le récit d’anecdotes qui en font la richesse, situant les faits dans leur contexte socio-historique sans pédagogie pesante. L’histoire de Jules proprement dite est complétée par un abécédaire illustré détaillant « Le monde de Jules » puis par le dialogue entre un grand-père, Jules, et sa petite-fille, en juin 2008, intitulé« La petite fille de Jules ».

Suggérée sans être explicitée, laissée à l’appréciation de l’imagination et de la sensibilité du lecteur il y a une blessure chez l’enfant : il n’a pas de maman. Sa famille, c’est son père, son frère et sa grand-mère. Ses premiers souvenirs sont ceux de sa Mémé Mélie.
Il grandit sur fond de construction du France et grève aux Chantiers, guerre d’Algérie et histoire d’amour du grand frère, etc. Et sur sa relation avec son père, faite d’un dialogue muet, qui ponctue son parcours, depuis l’âge du CP jusqu’à l’adolescence. Le premier jour de CP-école buissonnière :« Gaspard, son père, est resté muet. Il a pris son gars dans ses bras et ils sont rentrés.» Et l’histoire se termine un jour de printemps : […] Jules a entraîné son père […] ils sont allés vers la mer. […] Ils se sont assis au pied du phare. Et ils ont regardé ensemble le soleil rouge s’enfoncer dans l’eau.»
Une relation de « taiseux », sensible, entre un petit garçon et son père.
L’histoire d’une génération, d’une ville et d’une classe sociale, à travers l’histoire personnelle d’un enfant.
Un récit fait avec talent, finesse et sensibilité, des illustrations au style original.
Des annexes didactiques mais pas ennuyeuses.
Jules des chantiers : un ouvrage de bonne facture !
Jules des chantiers de Frédérique Jacquet (texte) et Sébastien Vassant (illustrations)
108 pages
Éditions de l’Atelier
Collection L’Histoire Sensible
Crédit photographique : Éditions de l’Atelier
@ude est une des rédactrices Livre du magazine, spécialisée dans le polar.
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