Contes d’Andersen et Grimm
Par Delphine Kilhoffer • dim 27 déc 2009 • Categorie: JeunesseJusqu’au 26 février 2010
À partir de 6 ans

Récemment encore, avec Pierre et le loup, nous évoquions comment la compagnie ECLA théâtre avait établi sa réputation sur des pièces bien faites, de facture classique. Avec cette nouvelle production, qui est aussi leur première collaboration avec le jeune metteur en scène Quentin Defalt, on sent souffler un sympathique air de modernité dans leur scénographie. Le fond, lui, est un peu vieillot.
L’idée des cubes de verre modulables pour seul et unique décor renvoie avec bonheur au monde de l’enfance. De la version traditionnelle en bois à Tetris en passant par les Lego, sous une forme ou une autre, nous avons tous construit et déconstruit des univers entiers avec des cubes. Avec eux, il y a sur scène assez pour suggérer, tout en laissant l’imagination faire son travail, et nous emmener d’un conte à un autre.

Le choix des contes est pertinent, mélangeant des histoires très connues (La Belle au bois dormant, Les Habits neufs de l’empereur) à d’autres moins célèbres (Neigeblanche et Roserouge, Le Rossignol et l’empereur ou La Reine des neiges), l’adaptation, elle, est plus discutable. L’ensemble reste convenu au niveau narratif et on regrettera notamment que les rôles féminins soient pour la plupart limités à des jeunes filles bien falotes. Si une partie des tournures des textes ont été remises au goût du jour, il est dommage que les éléments des contes qui s’y prêtaient n’aient pas eu droit à un traitement similaire.
La direction d’acteurs est quelque peu inégale, les seconds rôles étant souvent plus caractérisés que les personnages principaux. Si par exemple Valentine Erlich crée une fille de brigand qui n’est pas sans rappeler la folie de Zézette du Père Noël est une ordure dans La Reine des neiges, Les Habits neufs de l’empereur tombe un peu à plat du fait du manque de direction claire donnée au rôle titre.

Les changements de décor à vue, bien assumés, donnant aux comédiens l’occasion de saynètes amusantes, sont bienvenus. Paradoxalement, certains choix de lumière laissent perplexe : plusieurs scènes se passent dans la quasi obscurité, rendant parfois l’action un peu difficile à suivre. De manière générale Quentin Defalt n’a d’ailleurs pas hésité, au sens propre comme au figuré, à faire ressortir le côté sombre et effrayant de ces contes.
Ces Contes d’Andersen et Grimm, bien que réussissant à installer un univers cohérent, laissent un peu partagés, entre de bonnes idées et d’autres qui fonctionnent moins bien. Mais que la compagnie ECLA théâtre explore de nouvelles voies, voilà une démarche plutôt courageuse qui mérite le respect – il est très facile de s’endormir sur les ronrons d’une formule qui marche et nombreux sont ceux qui s’en contentent. On attend la suite avec une vraie curiosité.
Contes – Andersen et Grimm, mise en scène de Quentin Defalt, théâtre de la Porte-Saint-Martin
Avec : Nicolas Bachelier, Xavier Catteau, Juliette Coulon, Hamid Reza Djavdan, Valentine Erlich, Leïla Guérémy, Maïa Guéritte, Baptiste Haslay, Guillaume Laloux
Crédit photographique : Philippe Crochard
Delphine Kilhoffer est la Rédactrice en chef du magazine. Elle est aussi responsable de la rubrique Théâtre, et rédactrice pour cette même rubrique.
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